60 ans de la PRC : Le Grand Bond en Avant, la famine et Mao.
Mardi, 03 Novembre 2009 00:00
dawi
Il y a environ un mois, le premier octobre, la République Populaire de Chine célébrait ses soixante ans. Un pays entier en liesse, des drapeaux nationaux à chaque devanture, et environ un milliard de personnes devant leur télé pour suivre le show rituel de CCTV1, première chaine nationale, publique bien sûr.
Devant leur télévision et pas dans la rue -toute manifestation étant interdite suite aux récentes émeutes et à la tension bien actuelle dans la province du Xinjiang, immense territoire principalement désertique couvrant un sixième du territoire chinois, au nord-ouest. Dans cette province, les Hans (communauté largement majoritaire en Chine, équivalent pour le reste du monde à « Chinois », contrairement à la cinquantaine de minorités du pays) ont été artificiellement importés pour contrebalancer la présence du peuple ouigour, minorité turcophone et typique de l'Asie centrale. Aujourd'hui, les chiffres de population donnent 47% (des habitants du Xinjiang) à la fois pour les Hans et pour les Ouigours. D'où de très fortes tensions : ces derniers ripostent à la pression militaire du gouvernement central par des enlèvements et par des attaques à la seringue empoisonnée.
Que célèbre exactement cette grand-messe nationale ? Pourquoi tous ces feux d'artifice et cette liesse populaire, ces chants nationalistes et cette agitation de la fourmilière chinoise ?
Pour fêter l'avènement, il y a 60 ans, de cette nouvelle « République Populaire », grâce à l'emblème national, toujours présent sur tous les billets chinois, Mao Ze Dong. La Grande Marche, le Grand Bond en Avant... La Chine ? C'est lui. Que l'on distingue une montagne qui a un profil vaguement humain, c'est Mao, assurément. Une calligraphie magnifique ? Beaucoup de chances que ce soit une citation de Mao ou un extrait de son petit livre rouge.
Aujourd'hui, les spécialistes chinois et internationaux s'accordent à peu près. Le Grand Bond en Avant, application de la collectivisation soviétique aux campagnes chinoises, a tué par famine entre 40 et 50 millions de personnes. Dans le même temps, des milliers d'opposants au régime, d'intellectuels ou plus simplement de gens qualifiés en agriculture ont été également « tus », que ce soit par exécution sommaire ou envoi en camp de travail, notamment lors de la Campagne des Cent Fleurs. Mao croyait dur comme fer au collectivisme soviétique, et il a personnellement décidé que la Chine réussirait à le mettre en place de manière exemplaire et irait même plus loin. Malgré de nombreux avertissements d'experts soviétiques revenus de leurs illusions, il s'entêta. Il va tripler la production agricole. S'impliquer personnellement en Chine équivaut à jouer son honneur, sa face, et il est impensable de perdre la face, qui plus est lorsque l'on est Mao.
Alors le lent massacre des institutions et du peuple s'installa, dans le silence le plus complet. Les médias sont verrouillés, les campagnes isolées n'ont aucune idée du drame national qui se joue. Les autres puissances mondiales sont impressionnées, François Mitterrand après sa visite en 1961 dira que « Tout semble aller pour le mieux ». En effet à Pékin, des jeunes filles choisies, à la peau blanche et au profil agréable, respirent la santé et l'abondance en accueillant les officiels, les campagnes que l'on visite sont vertes et souriantes, les animaux du zoo sont en pleine forme, les chiffres sont brillants, tout va pour le mieux.
Ailleurs, il faut suivre les nouvelles méthodes, les terres sont confisquées et il faut produire et payer l'impôt, impôt qui ne laisse bien souvent rien au paysan et à sa famille que le grain pourri, et encore. Mao a annoncé une augmentation de la production de 60%, il ne faut pas le faire mentir, alors on taxe plus, on taxe tout. A cette époque le pays exporte énormément, à battre des records, pour montrer au monde entier le succès de la méthode chinoise. On saigne à blanc ses voisins, ses cousins, ses enfants, pour ne pas perdre la face. La famine gronde en 1959, il n'y a plus rien dans le pays. Jasper Becker affirme : « Dans l'histoire du XXe siècle, c'est sans doute le moment où le cannibalisme a été le plus répandu. »
Est-il possible que Mao n'en sache rien, qu'il agisse simplement par idéalisme naïf? La réponse est non, bien sur, cela est consigné dans les mémoires de son médecin personnel, mais quel est le poids de ces millions de vies face à la promesse du resplendissement et de la réputation de la République Populaire de Chine ?
Sources : Bibi lui-même en reporter sur le terrain et une interview de Jasper Becker par l'Express que je vous recommande chaudement.

by dawi
Ah mon grand A. - Merci pour tout ce ...
Belle lecture, merci, que ce moment v...
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