Bruges
Jeudi, 18 Juin 2009 03:22
sand
Marcher. C'est comme ça qu'on l'appréhende le mieux. La ville ne s'offre pas. Il faut la prendre, la forcer un peu. Parcourir les ruelles, les pieds trouvant difficilement un équilibre sur les moellons inégaux. Dans certains passages, il est presque possible en étendant les bras de toucher chaque mur. Mesurer l'étroitesse de la ville à se déployer comme un goéland. Et toujours, tourner les yeux vers le ciel, les nuages. Les toits. Éclairés d'un soleil luisant, ces éclairs, ces escaliers inutiles qui mènent au bleu grisé et nulle part à la fois. J'ai en moi, bien que francophile, francophone, francofolle, un peu de cette essence flamande.
"I've got a hole in my soul".
Un peu de cette nostalgie sauvage des gens du Nord, qui les oblige à décocher des flèches vers l'univers afin d'oublier qu'ils sont monstrueusement terriens. Ancrés.
Elle se découvre le nez en l'air. Ne rien manquer de ces pointes farfelues et sublimes, du Beffroi culminant à 84 mètres, tout habillé des légendes des sorcières et des chats noirs que l'on précipitait de sa plus haute terrasse, de Notre Dame qui le nargue de plus de quarante mètres encore, hissée de toute sa hauteur, dentelée, découpée, apprêtée, courtisane.
"J'frappe ma tête contre le ciel avec mes fantaisies, je n'sais plus du tout où j'en suis"
et moi non plus. J'erre. Je prolonge la ballade, la main dans la sienne. Ce serait si tentant de se poser là, sur la place. Prendre un siège, et se laisser envahir les yeux par la complexité et la force des pierres taillées.
A photographier chaque détail, chaque figure, les armoiries.
"C'est magnifique".
Le liquide troublé dans les verres, odeur de bergamote et de cédrat, amertume du houblon, fraicheur, se laisser aller. Et si... Si c'était là, la clé? Laisser passer le temps, faire couler les minutes, oublier...
"Je ne peux pas te dire le mensonge parfait. Pour la vérité, je te paie après".
Ses yeux de chien perdu m'ont troublée encore plus que la bière. Envie de courir comme une gosse, émerveillée.
" C'est toujours mieux, de ne pas être comme il faut".
Plus tard. Il faut se lever, il faut encore découvrir. Il se moque un peu de moi.
"Son esprit n'a rien changé, mais Katmandou c'est le passé".
Marcher, encore de plus belle. Le béguinage. Le grand calme blanc, la sérénité, la beauté simple et sans dentelles. Un peu à l'écart du monde, hors temps. Des petits pas précis, pressés. Des chapelets de mots qui viennent, et pourtant... Silence.
Pousser un peu plus loin. Encore. Le lac d'amour. S'abandonner à la contemplation, les cygnes forment sur l'eau des volutes éphémères. Devant ses yeux, une mèche poivre et sel qu'il repousse avec agacement et il me souffle:
"Love is madness. Love is big joke. Is it me ? Or just a teenage fantasy ?"
C'est à mon tour d'être agacée.
" Sa bouche pleure. Ses yeux crient des larmes d'amour. "
Envie de le bousculer. L'emmener sur les bateaux.
Profiter du doux roulis de l'eau, se laisser aller à des confidences. Il se fait poète. Je lui déroule mes vers. Les façades marquées des dates, l'hôtel de Bourgogne, la reconstitution moyenâgeuse. Guido de Zelle nous hante. Van Eyck nous poursuit de sa palette, là, près du vieux port qui mène encore vers le Zwin. Il ne sourit pas. Plus.
"J'suis pas malheureux, mais ça pourrait être mieux."
L'ancien couvent devenu école.
"Je suis triste et gai, à la fois".
La plus petite fenêtre de la ville, fenêtre espion. Jalousie.
"She makes me suffer, she makes me cry, she makes me mad".
Il est temps d'arrêter de tanguer. Reprendre souffle. Et pied.
"Mon âme est en solde, mon âme est soldée".
S'abandonner encore un peu, alors que l'humidité remonte des canaux, que la lumière se tait presque, comme couverte d'une étoffe imaginaire.
"J'suis en manque depuis quelque temps" .
Mon bras autour de son épaule et cette grande carcasse qui se raidit.
"Un amour plein de passion. Je veux. Je veux ma ration".
Encore marcher. Envie de s'ouvrir en s'enfermant dans les bâtiments aveugles : musée du Chocolat, musée de la frite, primitifs flamands... nos esprits s'égarent devant les tableaux :
"Qu'est ce que je fous là ? En dehors de ses bras ? Y a un truc qui bourdonne, s'insinue, me dit vas-y, c'est peut-être elle la bonne".
Doucement, les lumières s'allument sur l'eau, offrent des rubans flottants en surface, comme ne répondant qu'à leur propre destin. Un autre spectacle commence. Peut-être est il trop tard ?
"Il ne ment plus jamais, dit jamais la vérité. Sur ses bras, il y a déjà un tatouage du passé".
Il est temps de fermer la page, de quitter la ville. Cette ville où il est simple de se perdre et où l'on peut, parfois simplement, se retrouver.
" J'y pense et j'oublie, quand je suis seule dans mon lit".

Brugge, een deel van mijn hart is in je armen.
By Sand, photos et textes
Citations extraites de l'album "A poil commercial" d'Arno
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...