Sise entre la province du Gansu et la province du Sichuan, en zone tibétaine et à 3300m d'altitude - accroche tes poumons, Langmusi vit au rythme de ses deux grands monastères et de la vie nomade. D'autant plus idéal qu'il n'a pas encore été ajouté aux itinéraires des agences de voyage chinoises.
On peut louer en ville des chevaux et un guide afin de découvrir les montagnes hors des routes - et même hors des sentiers la plupart du temps - et rejoindre un camp nomade pour partager brièvement leur vie. Une vie qui gravite autour de quelques principes : la communauté, l'harmonie avec la nature, et la bouse de yak. Mais pas que.
1- Les monastères tibétains
De chaque coté de la rivière du Dragon Blanc, qui sépare les deux provinces, se font face ces deux monastères. Vastes, composés de plusieurs bâtiments religieux, d'habitations, de parcs, ils ont chacun leur personnalité, même s'ils sont assez similaires dans les grandes lignes.
Ces deux monastères ont été détruits pendant la révolution culturelle et rebâtis vers 1980.
1.1. Sertri Gompa
Gompa veut dire monastère, alors je vais essayer d'éviter de pléonasmer avec « le monastère de Sertri Gompa ». Et merde...
Coté Gansu, ce monastère à flanc de colline de taille relativement réduite, a été fondé en 1748. Il regroupe aujourd'hui environ 400 moines. Son nom veut dire « siège d'or », joliment illustré par les toits resplendissant des bâtiments de culte.

Bâtiments religieux et habitations



La mention la plus ancienne de cette pratique date du 12eme siècle. Il est censément interdit de photographier ces collines, même si de nombreuses personnes le font.
Pour en savoir plus :
- Wikipedia anglais, sky burial.
- La protection des enterrements célestes
- Un reportage photos très explicite sur l'enterrement céleste, âmes sensibles...
1.2. Kirti Gompa
Plus vaste et plus ancien, ce monastère a été fondé au 15eme siècle et abrite plus de 1000 moines. Il fait face au précédent, et se situe dans la province du Sichuan. Ici les toits sont principalement argentés, les habitations plus nombreuses.
Après avoir traversé le monastère, on débouche dans une gorge aux flancs abrupts d'où s'écoule une rivière paisible.



Pour en savoir plus :
2- La vie nomade
Dans cette région, plus encore que le bouddhisme est l'importance de la vie nomade. Nous sommes ici en région Amdo, hors de l'autorité du Tibet depuis plus de deux siècles, mais néanmoins profondément liée par ses traditions.
Dans les montagnes, de très nombreux nomades Amdo montent et démontent leurs camps selon les saisons. En louant un cheval, il est possible partir à la découverte de la vie quotidienne de ces familles.

Ascension des montagnes aux paysages « seigneur-des-anneaux-esques »


La tente de la famille qui va nous héberger. L'inévitable moto qui permet aujourd'hui d'avoir beaucoup plus de contacts avec les sédentaires. Au premier plan à droite, la bouse de yak quasiment sèche.

Le spot cuisine/chaudière de la tente.
Nous arrivons donc au campement, cinq tentes pour autant de familles. Ce campement sera bientôt abandonné pour des alpages plus haut encore, on est pourtant pas très loin des 4000m d'altitude ici, pour les mois de juillet et d'aout. Les tentes sont tissées en poil de yak, et partiellement renouvelées chaque année. Par ce lent processus, au bout de vingt ans environ, la tente est entièrement refaite. Nota bene : La tente n'est pas étanche.
La vie quotidienne des nomades est rude, notamment pour les femmes qui assurent la majeure partie du travail quotidien. Les hommes sont surtout chargés de protéger les troupeaux de yaks et de moutons, même s'ils ont de plus en plus tendance à rejoindre la ville la plus proche pour taper le carton entre potes pendant que les femmes tiennent la baraque... La nuit ils font des rondes pour protéger les bêtes - et nous aussi un peu on est dans les tentes quand même - des loups.
Le programme quotidien des femmes est chargé. Elles se lèvent dès 3-4h pour traire les yaks qui dorment au beau milieu des tentes. Il faut également qu'elles apportent de l'eau de la rivière dans de gros bidons - communément 50 litres - sur leur dos.

Le lait est rapidement mis à chauffer pour en faire du beurre et du yaourt. Qui n'a jamais senti du beurre de yak ne connait pas son bonheur, ca sent très très fort le rance. C'est avec le beurre de yak que les bougies des temples tibétains se consument, ce qui donne aux dits temples cet arome enchanteur de vomi froid.
En revanche le yaourt n'est pas mauvais, comme quoi... Pour tout avouer, en me réveillant vers 6h, le lait était déjà en train de chauffer et une partie du yaourt faite. Il ne restait plus que quelques yaks à traire... Alors que je pensais être debout aux aurores...

Ensuite, les bêtes sont relâchées vers leurs alpages et commencent les taches moins ragoutantes. Il faut ramasser les bouses, puis les étaler au soleil, afin qu'elles sèchent dans la journée et reconstituer la réserve de combustible.

Ramassage des bouses à la pelle d'un coup rapide pour les envoyer dans la corbeille sur le dos. Faut pas se rater...

Etalage à la main des bouses. Ce sont ces mêmes mains, à peine passées dans de l'eau claire, qui moucheront les gosses - sans mouchoir, trairont les bêtes et malaxeront la farine et l'eau pour ensuite confectionner les nouilles à la main.
Les bouses peuvent également servir comme base de torchis ou pour l'isolation de maison en ville.

Il faut également tisser les poils de mouton pour en faire du fil ou des cordages.

Assez impressionnant, la base du fil est faite à deux, à la main, à partir de laine en provenance direct des moutons, puis des pelotes de laine vierge sont ajoutées comme on peut le voir. Le tout passe dans une boite en bois à manivelle où le tout est étiré et la corde sort plus épaisse. Malgré la fragilité de la pelote, une fois en place c'est très résistant...
Tout au long de la journée, elles devront également préparer les repas, remuer la bouse pour qu'elle sèche, laver le linge à la rivière...
Environ 1h30 avant la tombée de la nuit, vers 19h30, il faut aller chercher les bêtes dans la montagne pour les ramener au camp. Et il ne s'agit pas de trois yaks et quatre moutons :

Ensemble des bêtes qui dormiront entre les cinq tentes.

Chaque bête est attachée le long d'une corde, afin de faciliter la traite du lendemain. En attendant, chaque yak vaque (à répéter très vite).
Il faut plus de deux heures pour aller chercher les bêtes et les attacher. A cette heure-ci, les chiens tibétains qui ont dormi toute la journée entrent en piste pour protéger le camp. Ils sont capables d'égorger à peu près toutes les sortes de bêtes qui peuvent menacer le troupeau, notamment nous les étrangers. Après avoir gentiment voulu ramener un yak qui s'était éloigné, j'ai du piquer un bon sprint pour regagner le centre du campement et échapper au seul chien qui n'était pas attaché, sous les cris des nomades qui disaient au chien d'arrêter, en gros. Ca m'apprendra à vouloir rendre service !
La nuit, on t'indique précisément jusqu'où tu peux aller pour te soulager, au-delà c'est le territoire des chiens. Malgré la barrière de la langue - les nomades ne parlent pas chinois - j'ai très bien compris !
NB. Quand je parle de chiens tibétains, ce sont les tibetan mastiff apparemment. Une recherche Google rapide présente des chiens « à sa mémé » avec le mot « tibétain » dans leurs noms.
C'est seulement une fois toutes les bêtes attachées que la préparation du diner commence. Il finira environ vers 23h.
Pour en savoir plus :
- Tibetan Horse Trekking, le site du seul loueur de chevaux de la ville.
Tous les liens de l'article :
- Wikipedia anglais, sky burial.
- La protection des enterrements célestes
- Un reportage photos très explicite sur l'enterrement céleste, âmes sensibles...
- Tibetan Horse Trekking, le site du seul loueur de chevaux de la ville.

By dawi
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