The day that you stop running
Is the day that you arrive
Je n'ai aucune idée de la façon dont les gens ont appris mon claquage de porte. Pas par moi en tout cas, vu que je n'ai parlé à personne. J'ai mis une semaine à prévenir mes parents et je ne l'ai fait que parce qu'ils arrivaient pour quelques jours de vacances le lendemain. J'ai passé une heure près du téléphone avant d'oser le dire à mes soeurs. Je me sentais ridicule. Et moche.
Après la trouille immense qui m'avait torturée les jours précédant mon départ, j'ai vécu une longue parenthèse de rien.
Les premières semaines, j'étais tellement terrifiée par ce que je venais de faire que je ne mettais même pas de mots dessus. Je me terrais au sens propre et figuré. Heureusement pour moi, j'ai été accueillie par 2 coloc adorables, qui m'ont inscrite dans le quotidien. Quand ils n'y étaient pas, je restais seule. J'ai passé des soirées et des week-ends seule, je n'ai parlé à personne. J'ai beaucoup écouté de musique, beaucoup écrit aussi mais sans rien dire vraiment. Je traînais comme un énorme boulet le poids de la culpabilité : j'avais tout cassé sous le prétexte fallacieux que mon avis comptait, que je pouvais exister.
Et puis les gens ont parfois eu des réactions bizarres : "A son âge, mais elle est folle ? Elle aurait dû y mettre du sien et rester..." J'ai eu cette drôle d'impression que je gâchais leur rêve : en me séparant, je leur montrais que même ceux qui ont l'air solides ne sont pas invincibles. J'ai ajouté leurs reproches à ceux que je me faisais déjà et continué à expier cette immense faute qui était la mienne.
Je suis entrée dans un tunnel de solitude et d'auto-flagellation muette. Voyage en tête à tête avec moi-même vers une destination dont j'ignorais encore tout. Pas pris de vacances, bossé dur, appelé peu d'amis, coupé des ponts. Ça a duré un long moment. Ma chance a été que pour des raisons que j'ignore, ce sabotage de ma vie n'ait pas été suivi par tous et que certains aient continué à m'écrire, m'appeler, s'inquiéter, me forcer à sortir. D'autres ont accepté de me voir ré-apparaître un beau jour dans leur vie après des mois de silence.
Paradoxalement, je n'ai pas beaucoup pleuré. Le premier mois oui, un peu. Mais pas en public. De même, je n'ai pas dit que j'étais triste. J'ai agi comme si de rien n'était ou presque. J'ai relu il y a peu ce que j'ai mis sur mon blog à l'époque, les billets y étaient d'une insignifiance totale. Pas un signe de tout ce que je vivais. Exactement comme dans le reste de ma vie. A la surface, tout allait bien. Je ne m'autorisais pas à me lamenter car après tout, j'avais choisi ma situation. Pas comme lui, dont j'avais brisé le coeur et qui avait tout loisir de m'insulter puisqu'il souffrait.
Graduellement, j'ai repris contact. Je continuais à me jeter des pierres pour ma méchanceté bien entendu mais j'ai paradoxalement commencé à me faire entendre partout. J'ai pris la décision de recommencer à vivre autre chose que le strict nécessaire à l'addition de jours sur un calendrier. Plus besoin de faire une croix sur le mur à la fin de chaque jour qui passe, je ne comptais plus, je redevenais spontanée.
Je dois ma vie nouvelle à mon sens de la loyauté. Et à ma lâcheté aussi.
Au fait que je me connais beaucoup mieux que je n'ai envie de le croire.
Aux gens qui m'ont aimée malgré mes semaines de silence.
And the night that you got locked in
Was the time to decide
Stop chasing shadows
Just enjoy the ride

by baci
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