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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Le vin et moi

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wine

 

 


Au départ, je jauge, j'observe. Le miroitement d'une robe, un reflet rubis, ou violine, parfois des nuances d'or pâle, ou de vert d'eau.

 

Ca peut prendre quelques minutes, comme une éternité. Contempler, essayer de deviner, les atours dissimulés en dessous, les surprises réservées. Juste l'oeil, pour seul paramètre. Tenter de savoir ce qui se cache. Les émotions sont déjà présentes, larmes qui s'écoulent, molles et rondes, ou au contraire fines et nombreuses, précipitées, comme trop impatientes.

 

Ensuite, commencer l'approche. Immobile. Attentive. Concentrée. Prête à définir la moindre parcelle d'arôme, le moindre parfum qui va s'en échapper.


En douceur, le mouvoir, le faire éclater, explosion de sensations, qu'elles soient fruitées, épicées, miellées, citronnées, exotiques, voire évocatrice de souvenirs, de moments passés.

 

Cette promenade en forêt, le bois craquant dans la cheminée, les odeurs d'humus remontant de la terre mouillée, le fumé de la combustion, t'en souviens tu?

 

Les gâteaux brioches des dimanche matins, l'odeur vanillée imprimée sur les mains, les épices douces, cannelle, girofle, qui se complètent, t'en souviens tu?

 

Les promesses sont scellées, les effluves m'ont mis sur la voie. Il est temps d'y goûter: Sensation de soie, ou de velours sur les lèvres, la gorge, le palais. Imprégnation des moindres composantes de la bouche, la langue. La pointe salée tout au bout, sur la pointe de la langue. Le sucré en fond, tapi. L' acide et l'amer prenant plutôt les chemins de traverses, conquérant les côtés et le palais. Et le moelleux indéfinissable que seuls les japonais savent expliquer, cette cinquième saveur, l'umami.

 

C'est le moment le plus intense, où les senteurs s'exhalent de plus belle, magnifient les sensations purement tactiles, c'est l'impression de retrouver quelque chose que j'ai  toujours connu, sans l'avoir jamais appris.   Des fruits, des fleurs, des émotions, des saveurs inédites et pourtant familères, des épices, et encore des émotions...

 

Appréhender le plaisir liquide qui enfin trouve sa voie, coule dans la gorge, et laisse une impression fugace, un peu évanouie, comme une joue barbouillée de rimmel après l'amour...

 

"Je vous sers encore un peu de vin?"

 

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By Sand

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Commentaires
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Rolanda Bibine 16-03-2009 13:49:27

Un beau texte empreint de poésie !
sand 16-03-2009 14:37:13

@rolanda: merci
@Strych: oui je crois profondément qu'il y a toutes sortes de vins, pour pleins de moments différents, les vins amoureux, les vins égoistes, les vins de contemplation, les vins de copains... C'est plein de complexité finalement, ce jus de raisin
oui
La Sauterelle 16-03-2009 15:08:03

je vois un peu le vin comme un moment, une photo. Les connotations sont differentes d'un vin a l'autre suivant la saison, la compagnie, l'humeur... Multiples declinaisons!
sand 16-03-2009 15:29:08

des photos ratées, ou juste sublimes... ou moyennes, j'adore l'image
Vieillam 16-03-2009 21:14:02

Je comprends tes émotions face à un vin, mais je crois que cela demande une véritable "éducation" (le mot juste serait peut être plutôt auto-éducation : comme un patrimoine personnel qui s'enrichit au fil de ses propres découvertes succesives, un palais qui s'affine…).
Perso, si j'apprécie, je suis bien incapable d'en parler, mais aussi de faire la différence entre un "très bon" et un "très très bon" hors de prix et introuvable… et le cérémonial autour de certains grands crus me casse les burnes ! Le vin, pour moi, ça doit être pur plaisir, mais rester simple, et convivial…
(tu fais un zoli métier, quand même…)
sand 16-03-2009 21:24:31

En fait, on passe des années à essayer d'apprendre des trucs, des pistes pour débusquer le vin, les arômes, l'appréhender...
Pour finir par se rendre compte qu'il faut oublier tout ça, parce que ça devient des automatismes, des trucs trop évidents...
Donc, la suite du jeu consiste à désapprendre, pour mieux sentir... pour être au plus près de ses sensations sans être influencé par son "savoir", ...
Ensuite, t'es pas la seule, moi aussi ça me casse les burnes.
Faut pas déconner non plus, c'est que du jus de raisin. C'est plein d'émotions, de trucs impalpables, c'est des moments, des instants, mais ça doit être et rester un truc qui ne se prend pas la tête pour être parfaitement hedoniste.
Pardon, j'ai tartiné, mais le vin, je pourrai en parler des heures...et soûler tout le monde par la même occasion
Vieillam 16-03-2009 21:31:05

@sand : c'est ce que je voulais dire par "patrimoine" : pas des connaissances techniques, mais une façon de goûter, de déguster, qui s'enrichit au fil du temps (comme en cuisine d'ailleurs !) : une auto-éducation au goût… si la technique prend le pas, le "savoir", effectivement il n'y a plus bcp de place pour l'émotion, et encore moins pour la surprise…
(tu es pardonnée…
et je suis pas encore saoûle )
Millie 16-03-2009 21:45:12

merci Sand tu m'as donné envie... Merveilleux texte
c'est de la poésie !
Belam 17-03-2009 08:03:16

pfff Sand, je te whawise !
sand 17-03-2009 08:48:28

@millie: l'eau à la bouche?

@Bellâm: huhu (ça veut dire que j'suis hyper contente )
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