
Au départ, je jauge, j'observe. Le miroitement d'une robe, un reflet rubis, ou violine, parfois des nuances d'or pâle, ou de vert d'eau.
Ca peut prendre quelques minutes, comme une éternité. Contempler, essayer de deviner, les atours dissimulés en dessous, les surprises réservées. Juste l'oeil, pour seul paramètre. Tenter de savoir ce qui se cache. Les émotions sont déjà présentes, larmes qui s'écoulent, molles et rondes, ou au contraire fines et nombreuses, précipitées, comme trop impatientes.
Ensuite, commencer l'approche. Immobile. Attentive. Concentrée. Prête à définir la moindre parcelle d'arôme, le moindre parfum qui va s'en échapper.
En douceur, le mouvoir, le faire éclater, explosion de sensations, qu'elles soient fruitées, épicées, miellées, citronnées, exotiques, voire évocatrice de souvenirs, de moments passés.
Cette promenade en forêt, le bois craquant dans la cheminée, les odeurs d'humus remontant de la terre mouillée, le fumé de la combustion, t'en souviens tu?
Les gâteaux brioches des dimanche matins, l'odeur vanillée imprimée sur les mains, les épices douces, cannelle, girofle, qui se complètent, t'en souviens tu?
Les promesses sont scellées, les effluves m'ont mis sur la voie. Il est temps d'y goûter: Sensation de soie, ou de velours sur les lèvres, la gorge, le palais. Imprégnation des moindres composantes de la bouche, la langue. La pointe salée tout au bout, sur la pointe de la langue. Le sucré en fond, tapi. L' acide et l'amer prenant plutôt les chemins de traverses, conquérant les côtés et le palais. Et le moelleux indéfinissable que seuls les japonais savent expliquer, cette cinquième saveur, l'umami.
C'est le moment le plus intense, où les senteurs s'exhalent de plus belle, magnifient les sensations purement tactiles, c'est l'impression de retrouver quelque chose que j'ai toujours connu, sans l'avoir jamais appris. Des fruits, des fleurs, des émotions, des saveurs inédites et pourtant familères, des épices, et encore des émotions...
Appréhender le plaisir liquide qui enfin trouve sa voie, coule dans la gorge, et laisse une impression fugace, un peu évanouie, comme une joue barbouillée de rimmel après l'amour...
"Je vous sers encore un peu de vin?"

By Sand
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