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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Mandarines

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.Donnez une même couleur à deux artistes, ils en feront deux œuvres différentes.
"Mandarine" par Kossumi en photo, et par Sand en mots.

Mais pourquoi avoir choisi cette couleur ?
L'acidulée, la gourmande, la vive, l'originale, l'amère, la sucrée, l'enfantine, la femme...
Sand, ma mandarine.
(Zan')

 

Je les ai toujours aimées. Parce qu'elles ont souvent des sales trognes. Ça m'émeut, les gueules. C'est comme ça. Parce qu'on n'en trouve pas toute l'année. Des vraies je veux dire. Les factices - les qui-ressemblent-mais-n'en-sont-pas - qui t'aguichent un peu bosselées, trop fortement oranges sous les néons insipides. Faut rejeter ça en bloc. D'abord elles n' ont même pas de pépins. Tricheuses. Les pépins, comme des petits accidents du goût, quand tu fronces les sourcils parce qu'au milieu du sucre y a l'amer. Qui se pointe comme ça, pas invité: sans gêne. Qui bouscule ton moment de plaisir un peu coupable.

Coupable, oui. Parce que tu y mets les doigts. Trip régressif. L'ongle qui gratte, histoire de décoller un bout qui te servira de point de départ. Pas toujours facile, mais elle se mérite. Elle se courtise. Jusqu'à en avoir les dessous des ongles blanchis de cette drôle de peau-pulpe. Que tes cuticules s'irritent des gouttes acidulées qui les couvrent.
Puis enfin mise à nu, débarassée de sa peau trompeuse, grumeleuse la petite sphère un peu aplatie aux pôles dans ta paume: tu peux la dépiauter. La portionner. La rendre divisible. Des petites lunes voilées, une bonne dizaine. Renflées, tentatrices. Tu peux distinguer nettement la chair sous la peau transparente, parfois une goutte encore emprisonnée se roule là, juste à la surface.
Fragile, mais pas tant que ça. Le froid aux creux de ta chair. Elle se mange fraiche, mais pas trop. Tu sais bien que glacée, tu en perdrais un peu. De la subtilité de son goût. A température ambiante, elle s'affadirait. Comme un maquillage coule sous des spots trop puissants.
Enfin ses cuisses -la coquine- écartées tu peux croquer. La peau blanchâtre qui se colle au palais, astringente. Le jus qui explose, allumant les papilles puis le fruit en lui même. Tu n'as pas assez des incisives aux molaires, de la langue, pour le faire rouler dans ta bouche. Faire durer.
C'est déjà fini. Vite un autre quartier. Et ainsi de suite jusqu'à ce que tu l'aies entièrement goûtée, savourée, dévorée...
Plus rien? Pas tout à fait... Il reste encore un élément non négligeable. Part de jeu. T'es un gosse, après tout non?
Cette petite boule même pas régulière t'as rendu tes dix ans, tes cinq ans... Alors profite!

Tu prends la peau très fine entre tes doigts, tu la presses. Le jeu consiste à diriger le petit jet vers la langue, sentir l'acidité du fruit en une milliseconde, à peine touchant les corpuscules, les excitant qu'elle est déjà partie. Si tu fais pas gaffe, tu t'en envoies dans le nez. Ou les yeux. Douleur minimale, mais douleur quand même.

Entre l'acide, le sucre et l'amer. Entre le jeu, la faim et l'envie.

J'ai toujours aimé les mandarines.

 


Mots Sand
Photographie Kossumi

Commentaires
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Ma cocotte 05-12-2011 08:16:35

La futile mandarine a ce matin la plus jolie qualité, me faire sourire.
baci 05-12-2011 09:16:42

Mille fois oui et merci : la mandarine c'est pas tous les agrumes ressemblant à une mini orange bordel !

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sand est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

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