Je flânais dans la librairie proche de chez moi, l'autre jour. En voyant "Sommeil", du même auteur, j'ai esquissé un sourire et l'ai attrapé. Sans hésiter.

Pourtant cette oeuvre n'a rien à voir. "Kafka sur le Rivage" est un roman plutôt long. "Sommeil" étonne par sa poingnée de pages. "Sommeil" est réédité avec une couverture cartonnée. Avec un papier de très bonne qualité. Et une surcouverture au pélliculé mat réhaussé d'éléments argentés. (Déformation professionnelle, désolée.) Bref un livre présenté comme d'exception. Et puis les illustrations. Au parti pris évident.
Mais surtout, cette nouvelle de l'auteur japonais contemporain Haruki Murakami a été publiée en 1989 (extraite du receuil "L'éléphant s'évapore"). Puis illustré par Kat Menschik dans sa réédition de 2010. Alors que Kafka sur le Rivage (non illustré) est paru en 2006. 17 ans d'écart. Qui étais-je, il y a 17 ans...?
"Sommeil" est à la fois doux... et sombre. Lumineux... et âpre. "Sommeil." Tout en retenue. Sur la pointe des pieds. Comme pour ne pas réveiller la réalité. Ou le songe. On ne sait plus.
Une jeune femme, la trentaine, d'une banalité sans faille, vit en automate.
Jusqu'à cette étrange nuit. Sa vie se décompose en deux parties, désormais.
Ses jours, ses nuits. Sa vie léthargique et redondante. Sa vie de livres, d'alcool et de conversations avec elle même. Elle n'a jamais été si loin. Loin en dedans. Elle n'a jamais été si loin. Loin de son mari et son fils. Elle n'a jamais été si proche ni si loin de la réalité, en somme. Somme. Justement plus aucun. Le sommeil l'a quitté. Et les nuits d'éveil se succèdent sans l'affaiblir. Sans diminuer en intensité. Elle n'est que nuit latente. Et ses jours se font attente.
J'ai lu cette nouvelle très vite. Boulimique. Avec ce besoin de l'engloutir. Envoutée. Et cette amertume qui écrase les papilles. Ce déplaisir, quelque part. A percevoir une forme de magnifique malaise.

Les 25 illustrations, notes de bleu marine, de blanc et d'argent, collent parfaitement à la nouvelle. Oniriques.
Une pointe d'effroi d'un bout à l'autre des lignes. Incongrue. Parce qu'on ne comprend par pourquoi cette sensation savoureuse et désagréable. Jusqu'à ce qu'on se détache des mots. Ou qu'on s'y fonde mieux. Pour comprendre la folie frôlée. La perte de notion entre réalité et irréalité.
Et toute la poésie de cette nouvelle déroutante, alors que Murakami Haruki nous entraine on ne sait où. Entre la vie et la mort. Au plus profond d'un rêve en plein éveil.
En toute sincérité j'ai préféré lire "Kafka sur le Rivage".
Parce qu'en ouvrant "Sommeil", je ne m'attendais pas à la peur mêlée à la beauté.
J'ai retourné ce livre, face cachée, dans ma bibliothèque. Je n'ose le toucher. Il a le parfum enivrant des obscures magies.

Zan'
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