S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

A Noël j'ai reçu un bon Kadeos. Une tante, qui a eu le bon sens de comprendre qu'il ne fallait pas se prendre la tête à chercher à faire un cadeau précis à un jeune chieur de 22 ans qui va de toute façon aller l'échanger, m'a offert un bon de 20€ à dépenser selon mes envies. Ça tombait plutôt bien, vu que je suis étudiant et que je dépense la grande majorité de l'argent que j'ai pour me souler la gueule dans des rades. Cette somme là au moins, j'allais enfin pouvoir faire un véritable achat culturel avec, et ne pas faire un énième plan d'acquisition pour finalement ne pas l'appliquer puisque mes derniers euros seront partis dans des litres de mauvaise bière.
Le souci c'est que des idées j'en avais plein, à peu près autant qu'il y a de paires de chaussettes sales qui traînent dans ma piaule. Parce qu'il faut savoir que je suis une sorte de pseudo-intellectuel sous acide, une espèce de sale gosse excité qui est assez malin pour s'intéresser à plein de trucs, mais dont la fainéantise et l'égo démesuré amènent rapidement à changer d'avis... Ce serait un film, c'était certain, parce que le cinéma est depuis ma plus tendre jeunesse un loisir privilégié. Mais quoi ? J'ai une âme de cinéphile, mais je ne peux me revendiquer comme tel que si j'ai une véritable culture cinématographique, et partir dans tous les sens n'est sûrement pas le meilleur moyen d'y arriver.
Non, cette fois il fallait me discipliner, et me pencher sur un sujet particulier. Procéder par réalisateurs, explorer un cinéma, en déceler les codes pour ensuite mieux comprendre l'œuvre des autres. Mais il fallait que je fasse le bon choix, celui qui me mettrait vraiment sur les rails, à bonne allure, pour m'encourager à m'arrêter à toutes les gares. C'est là qu'un nom s'est imposé à moi comme une évidence...
Akira Kurosawa...
« L'Empereur »... Je ne sais même pas pourquoi j'ai réfléchi, alors que depuis que je suis gamin j'avais envie de voir Les Sept Samouraïs. C'est donc décidé, aller à la FNAC farfouiller dans les bacs de cinéma asiatique, avec les profs à lunettes et chemise à carreaux passée de mode, pour trouver enfin des films de cette légende du cinéma mondial. M'en fous de passer pour un pisse-froid de chez Telerama, je sais ce que j'aime. C'est donc comme ça que j'ai fait mes deux premiers achats de Kurosawa. J'ai pris une belle édition collector de Ran, et j'ai mis quelques euros au bout de mon chèque cadeau pour ajouter Les Sept Samouraïs à mon panier.
Et le choc de la découverte...
Les Sept Samouraïs. 192 minutes de gloire qui vous mettent immédiatement d'accord sur le génie d'un homme. Un récit palpitant d'héroïsme, techniquement irréprochable et novateur (de par l'utilisation de plusieurs caméras, procédé inédit au Japon à l'époque), et dépassant le cadre du simple « chambara » (« film de sabre ») pour devenir une véritable histoire d'hommes et un témoignage du déclin des anciennes valeurs de l'honneur, héritées de l'époque féodale, auxquelles Kurosawa, lui même issu d'une famille de samouraïs, tenait tant. A la fin de ces trois heures, le souffle court et des étoiles pleins les yeux, je rangeais mon DVD dans sa boite en ayant cet étrange sentiment de satisfaction, celui d'avoir tiré le bon numéro, mêlé à une légère inquiétude car je présageais déjà la spirale infernale qui allait suivre...
Car la frénésie était lancée...
Tout. Je voulais tout voir. Je veux encore tout voir. Rashomon, Dersou Ouzala, Madadayo, La Forteresse Cachée, Vivre... En 2 mois, ce ne sont pas moins de 12 DVD et coffrets que j'ai ajouté à ma collection. Je me suis mis à lire tout ce que je pouvais trouver sur lui, de la petite collection des Cahiers du Cinéma à son autobiographie, en passant par des essais universitaires sur le cinéma japonais. Et ce n'est encore que pour cet auteur là. Car d'autres sont venu lui tenir compagnie sur les étagères du salon. Ses compatriotes comme Kenji Mizoguchi ou Shohei Imamura, mais aussi les italiens Fellini et Visconti, le suédois Bergman, l'autrichien Haneke... Et plein d'autres bouquins aussi. Autant dire que je vais beaucoup moins picoler avec les copains, sinon je n'ai plus de sous pour acheter des films.
Je suis tombé dans le cinéma.
Je savais que j'aimais ça. Je ne savais pas que je pouvais l'aimer encore plus. Je savais que c'était un loisir. Je ne savais pas que j'allais arrêter tout ce que je faisais pour essayer de me lancer dedans. Je savais que je voulais un boulot stable pour ne jamais trop galérer. Je ne savais pas que si je me destinais à comparer des chiffres toute ma vie pour vendre des trucs qui ne m'intéressent pas, je me pendrais à 40 ans. Je savais que j'avais des envies de création. Je ne savais pas que j'aurais un jour le courage d'y céder. Je suis tombé dans le cinéma. Et cette révélation, c'est à Akira Kurosawa que je la dois.
Alors « Arigato Senseï »...

By YoosF
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...