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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Avatar et moi

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La rumeur enflait dans tout Paris. Le nouveau film de James Cameron (réalisateur de génie de Terminator, Abyss, Aliens, Titanic) allait éclabousser les écrans du monde entier de sa nouvelle œuvre au noir. Les geeks se retrouvaient dans des cyber-cafés aux ambiances bleutées pour pavoiser sur le spectacle en trois dimensions à venir. Les inconditionnels du septième art se cachaient dans des bistros aux murs recouverts de moquette rouge pour épiloguer sur un hypothétique blockbuster-malade, aggiornamento d'un cinéma mutant, prétexte idéal à la plus vive diatribe sur la déliquescence américaine.

Bref, tout le monde guettait ce film comme un choc esthétique et politique. Et c'était bien le moins que l'on pouvait attendre de James Cameron, seul réalisateur Américain qui soit capable d'une telle synthèse entre fond et forme, entre étincelante débauche de moyens visuels et noirs constats sur la civilisation yankee (Titanic n'était il pas un film sur la lutte des classes ?).

L'action de cette aventure se déroule sur Pandora, une lointaine planète peuplée de Na'vis, extraterrestres géants, indiens métaphoriques et bleutés vivant en parfaite harmonie avec la nature. Problème : un groupe d'industriels voudrait exploiter le minerai qui se trouve enfoui dans le sol de cette planète. Ils décident donc de créer des « avatars », sortes d'espions organiquement semblables aux Na'vis pour découvrir les faiblesses de ce peuple et les massacrer un jour.

Jake Sully, ex-marine cloué sur un fauteuil roulant est chargé de cette mission. Mais son handicap et la lente neurasthénie qui en découle vont vite le rendre accro à son avatar : à peine plongé dans cet univers vibrionnant de lumière qu'il fusionne avec la nature et se fond dans la végétation phosphorescente à la fois immémoriale et sophistiquée peuplée de rêves et d'ambitions amoureuses voire révolutionnaires (ce qui est forcément lié selon moi).

Finie la parenthèse enchantée, on plonge vite dans une guerre enragée avec des images de combats aériens et terrestres aussi inédites que bouleversantes. Cameron se livre, alors, à une sorte d'inventaire de la barbarie américaine depuis le massacre des indiens jusqu'à l'attentat du World Trade center (et oui, l'arbre maison qui tombe ressemble à une tour) en passant par la sauvagerie orchestrée au Viet Nam. C'est rare de discerner dans un blockbuster tout public un constat aussi triste sur l'état de la civilisation américaine. Les Terriens ne sont pas seulement expansionnistes, cupides et sardoniques, ils semblent surtout arriérés, lourds dans leurs corps comme dans leur prétendue haute technologie.

Mais entre ces cow-boys et ces Indiens d'un nouveau genre, l'avenir appartient enfin aux seconds comme si la mode néo-écologiste avait gagné, comme si le monde était enfin réconcilié avec sa nature profonde et au fond, c'est bien là que le film devient gonflant, trop fédérateur pour emporter l'adhésion des plus nihilistes. Tout à coup, l'amertume s'installe dans la bouche. Derrière la technologie 3D qui n'apporte pas grand-chose au débat, on se prend à se demander si on n'est pas là devant une énième variation environnementaliste type Copenhague-on-va-sauver-le-monde. Rien à fiche, on aurait préféré le chant du cygne « Danse avec les loups » à ce truc qui laisse un goût de cendres « Walt Disney » au fond de la gorge. Rien à fiche des films qui finissent bien. Reste la passionnante idéalisation du rêve de l'humanité : se transposer dans un autre être que soi... idéalisé... Le film qui s'était ouvert sur les pupilles éteintes d'un humain se clôt sur le regard vivant de son avatar. La mutation est achevée. Je ne serais heureux que si je deviens un autre...

Pour complèter lire aussi "Je est un autre" du même auteur

http://www.voldemag.fr/voldart/cinema/1114-jeu-est-un-autre.html

 

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By Kowalski

Commentaires
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sand 06-01-2010 10:21:45

Ok. Ben j'irai le voir et partirai 10 min avant la fin. Comme ça je serai pas déçue

visuellement ça a l'air très réussi. Et pour passer un moment de détente pourquoi pas ? ( dixit la fille qui regarde jamais de films. Ou quasi )))))
Rolanda Bibine 06-01-2010 11:05:15

Mais moi, j'adore les films qui finissent bien !! et puis ce n'est pas l'essentiel, un film doit nous faire réfléchir, nous interroger. C'est le cas d'Avatar. Il aborde énormément de thèmes, nous rappelle la sottise humaine.
C'est un beau film et j'ai été heureuse d'y trouver seagourney Weaver.
@Kowalski : aggiornamento ???? c'est quoi ?
Kowalski 06-01-2010 16:59:48

Ma petite Rolanda, l'aggiornamento fait référence à une remise à jour des connaissances par une prise en compte de la modernité. L'aggiornamento marque une volonté de transition entre le passé et le futur.

Rolanda tu es l'aggiornamento de mes désirs...
  Alexandre 06-01-2010 11:08:59

James Cameron n'est point américain mais Canadien, ce qui fait quand même une grosse grosse différence...

Euh, on n'a pas du voir la même fin car si effectivement les humains quittent Pandora, ce n'est point la fin de la guerre, mais juste une simple bataille que les Na'vis ont remporté... La fin n'est pas si optimiste qu'elle veut nous le faire croire...

Puis dire que la 3D n'apporte rien, ça frise un peu la mauvaise foi quand même non? elle offre une chose complètement nouvelle, elle nous offre la possibilité de nous trouver réellement sur Pandora...
Kowalski 06-01-2010 14:39:13

Alexandre, je maintiens que la 3D n'apporte rien. J'irai même plus loin en disant qu'elle enlève de la profondeur de champs puisqu'en prétendant vouloir tout nous montrer, le réalisateur ne montre finalement pas grand chose lors des scènes d'action rapides.

Et si je vais plus loin, je dirais même que la 3D fait presque ressortir le côté Walt Disney de Pandora avec son ambiance bleutée que l'on dirait inspirée par une pauvre boite de nuit eighties.

Sur les origine canadiennes de Cameron, je n'y reviendrais pas car il a vécu toute sa vie en Californie.

Ce n'est pas le film de l'année. Loin de là. j'ai l'impression d'avoir vu "danse avec les loups" en moins bien, film trop aseptisé pour être convainquant...

Après ça reste mon avis... évidemment...
  Angelina 06-01-2010 14:39:58

Alexandre, merci d'avoir noté que James Cameron est canadien. Cela fait effectivement une différence. Tout comme Paul Verhoeven, le réalisateur de "Starship Troopers" est néerlandais. Un autre blockbuster qui fait sens et dynamite les codes de la cinématographie hollywoodienne.

Pour ma part, je n'ai pas du tout envie de voir ce film. Et même la brillante review de Kowalski ne saurait m'en faire démordre. D'ailleurs elle me conforte dans le sentiment que j'aurais plus de temps y perdre qu'autre chose. Le problème que tu sembles pointer en fait, c'est une critique sans concession de la société américaine pour finir sur un sentiment de bonne conscience et d'apaisement.

Comme disaient certains : "Vous pouvez reprendre une activité normale" zzzzzzz

Rien que pour ça, je ne dirai pas merci à Cameron, voire même ça m'écoeure un peu.
  Angelina 06-01-2010 14:42:05

oups, on s'est permutés sur ce coup-là. Un Canadien qui a vécu toute sa vie en Californie conserve-t-il tout de même la notion de canadienneté ? Hein ? Je pose la question.
Kowalski 06-01-2010 14:49:57

Tu m'as tout à fait compris Angelina. Le film veut réaliser l'inventaire de la bestialité américaine mais il s'achève sur une espèce de vision écolo-sociale du monde... L'horreur est oubliée, la nature sanctifiée...

J'ajoute que Cameron, après avoir passé quelques années au Canada, a vécu toute sa vie en Californie, ce qui n'en fait tout de même pas un Vehoeven (Starship Troopers était vraiment génial oui !) ou un Cronenberg.
Kowalski 06-01-2010 15:12:08

Un Canadien qui a vécu toute sa vie en Californie conserve-t-il tout de même la notion de canadienneté ? Hein ? Je pose la question.

Parait que la canadienneté se dissout complètement dans le californisme ! Mais bon, tout ça c'est une histoire de concentration moléculaire et de litres d'eau. Jamais rien compris à ça moi...
Belam 07-01-2010 08:12:23

Excellente critique as usual. On croirait presque que tu as aimé sans cette fin assassine.

Je recommande la critique de Benjamin, encore plus virulente. Avec les réactions stupéfiantes des fans d'Avatar... Ca en dit long.

Je n'irai pas le voir, évidemment

http://www.playlistsociety.fr/2009/12/avatar-de-james-cameron-3510.html
dawi 07-01-2010 10:12:05

Alors une remarque completement basique : moi j'ai bien aime

Parce que j'etais pas alle au cine depuis bien longtemps peut etre remarque, mais pour le coup j'en ai pris plein les mirettes et les oreilles!
Je suis d'accord sur le fait que la 3D dirige beaucoup trop le regard, et les gens qui aiment regarder les arrieres plans ils font comment!

Le spectacle m'a convaincu.
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Auteur de cette article : Kowalski

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