S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Ce soir là, dans les vapeurs de cannabis, j'avais découvert, fasciné, l'un de plus grands films des années 90, "Bad Lieutenant", qui reste aujourd'hui le chef d'œuvre d'Abel Ferrara.
2010, je rentre chez moi après une bonne journée de travail et j'aperçois l'affiche du remake réalisé avec Nicolas Cage sur le bus que je dépasse. J'imagine le pire mais je dois admettre qu'il est parfois bon de laisser ses préjugés de côté puisque ce film s'avère finalement plus inspiré que prévu.
Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est réalisé par Werner Herzog, chef de file du Cinéma Allemand des années 60-70, le cinéaste maudit à qui l'on doit notamment Nosferatu, Aguirre la colère de Dieu ou le prodigieux Fitzcaraldo revient avec ce remake particulièrement casse-gueule et pourtant... captivant... Loin de se contenter d'un copier-coller légèrement mis au goût du jour, Herzog prend le large et aborde son sujet avec une profondeur caverneuse.
Dès les premières séquences, on comprend très vite que ce Bad Lieutenant-ci n'aura pas grand-chose à voir avec l'original, que ce soit en termes de ton, de scénario ou de décor. L'intrigue se passe dans une Nouvelle-Orléans fraichement ravagée par Katarina. Si l'on retrouve clairement certains traits de caractère marquant du personnage principal, notamment sa tendance à abuser sexuellement des malheureuses, il n'est nullement question ici de nonne violée ou de rédemption. Entre thriller sec et satire, Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans enchaîne les séquences avec un rythme soutenu, ne lésinant ni sur la violence cynique (scène mémorable où il torture une vieille bourgeoise), ni sur les scènes de sexe, ni même sur les apartés surréalistes, alligator gisant mort au milieu d'une route surplombée par un ciel bleu acier, iguanes filmés en gros plans sur une musique blues. De quoi tendre le fil de l'intrigue jusqu'aux dernières secondes sans jamais le briser....
Cette nouvelle version sous coke de Bad Lieutenant permet aussi de retrouver Nicolas Cage tel qu'on l'aimait dans les années 90, à savoir imprévisible et barré mais aussi bouleversant et humain soit, avant qu'il ne devienne la risée de toute la communauté cinéphilique avec ses performances pathétiques dans les pathétiques World Trade Center, Benjamin Gates, Prédictions, The Wicker Man ou Ghost Rider.

By Kowalski
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