VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

voldemag

Dans la peau d'un autre

Envoyer Imprimer PDF

inception3

Miwa... Dans le Japon détruit de l'après-guerre, il parait que les hommes vénéraient ses jambes sublimes et que la plupart des Japonaises voulait lui ressembler. Enfermée comme une princesse secrète dans ses appartements kitchissimes dit-on, enveloppée de froufrous à longueur de journée et entourée d'une garde rapprochée qui garantissait son statut d'intouchable, elle se dévoilait comme une diva lors de shows gigantesques consacrés uniquement à sa gloire. Vêtue de robes-fourreaux et couverte de bijoux, elle attirait des dizaines de milliers de fans (bien avant Mireille Mathieu et Alain Delon) fondant aux première notes cristallines de sa chanson « méké méké", traduction Japonaise du titre d'Aznavour : mais qui est-ce ? Qui était vraiment Miwa ?

Miwa, de son vrai nom Akihiro Maruyama, était un homme.

Il avait raté ses études de musique dans sa jeunesse et avait fini par se laisser emporter dans son rêve intime. Devenir femme. Et sa bouche ambiguë et ses paupières charbonneuses lui avaient assuré un certain succès auprès d'une clientèle avide de distractions exotiques dans les bars à putes fréquentés par les GI's. Miwa se fardait comme une geisha et jouait les séductrices devant des militaires prêts à la bouffer entièrement.

Au fond, Miwa fut la première starlette japonaise adulée, fantasmée... L'inventeur du Visual Key (les groupes de rock androgynes). Mais Miwa fut surtout le créateur du « devenir l'autre » tel que la modernité l'a défini : cet élan immodéré pour les rêves et les autres mondes, ce dont nous rêvons tous, une drogue qui nous donnerait tout loisir de venir squatter la peau d'un ou d'une autre en fonction de ses fantasmes propres, homme politique mettant à genoux la femme de chambre, princesse dans un château, actrice porno se faisant défoncer le temps d'un gang bang, icone adulée bronzant sur un yacht, geisha alanguie sur un canapé rouge, militaire pulvérisant des extraterrestres, homme d'affaire, araignée enveloppant la mouche dans sa toile, des singes se jetant du sommet des arbres...

C'est le fait d'arme des geeks, et aussi mais surtout, le lot quotidien de tous les cinéphiles du monde et c'est pour cela que l'usine à rêve fonctionne car elle deale de cette drogue-là, de celle qui manque à notre siècle pour faire de nos rêves l'étoffe de notre vie... Matrix (les frères Wachowski, 1999) avait amené Hollywood à l'ère du cauchemar numérique sous amphétamine. Christopher Nolan (le réalisateur d'Inception) l'a propulsé dans la possibilité du rêve en proposant de confier les clés de notre cerveau, image sale, fébrile, subjectivée et performative à un VRP gominé.

Mais ce n'est que la phase d'apprivoisement d'un monde que l'on dit virtuel et illimité, mais où personne encore, comme une lune nouvelle, ne s'est rendu. Car s'il y a bien une chose que l'on décèle derrière notre écran, c'est qu'il sera bientôt possible d'être enfin un autre, sur une île que l'on aura créée et explorée soi-même.

Evidemment ce ne sera pas sans heurts. Si l'avatar de James Cameron permet au héros de s'effacer au profit d'une excroissance idéalisée de lui-même, il n'en provoque pas moins des troubles de l'identité. Perte des repères. Abandon d'une partie de soi.

Alors la question qui fâche est simple : vaut-il mieux s'assumer en tant que réalité défectueuse ou s'oublier dans une version parfaite et chimérique de soi, vivre ses rêves et jouir d'une liberté qu'on a perdue depuis longtemps et que l'on ne retrouvera jamais dans ce monde ci ?

Quand les uns (Avatar) répondent à cette question en réglant leur mal-être avec une version 2.0 d'eux-mêmes, Cobb (le héros d'Inception) cherche la fragmentation de son être, de son disque dur, de son deuil. Il nous propose d'y plonger voracement. Comme dans un puits sans fond où l'on se jette en dispersant ses effets sur les parois pendant la chute. Pour être plus léger. Pour être libre. Avant de tomber encore plus bas dans une chute qui ne s'arrête pas. Sentir l'ivresse de la mort qui ne vient pas et du plaisir qui est là, au fond du ventre. Comme une geisha qui sent pousser sa barbe et qui se dit qu'au moins, l'espace d'un instant, dans le regard des GI's, elle a vécu...

 

00-signature-2011
Kowalski

 

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher RSS
Rolanda Bibine 18-05-2011 15:51:39

Ton billet me fait penser au film "Clone" avec Bruce willis où les personnages dirigent de chez eux les clones qui les remplacent. Pas de handicap, ni de défaut... une société parfaitement lisse, identique... chiante quoi
Nom:
Email:
 
Titre:
Website:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
:angry::0:confused::cheer:B):evil::silly::dry::lol::kiss::D:pinch:
:(:shock::X:side::):P:unsure::woohoo::huh::whistle:;):s
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 
Auteur de cette article : Kowalski

> Voir les autres articles de cet auteur

Joomla SEF URLs by Artio

Commentaires