VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

voldemag

Le monstre, le sexe et le cinéma. Réflexion sur Paranormal Activity

Envoyer Imprimer PDF

paranormal

Le monstre au cinéma est généralement la figure inversée du héros. Il peut donc être assimilé à une fonction : il symbolise les éléments négatifs que le héros doit expulser du monde pour purifier l'univers (son univers) et, dans une vision purement américaine justement, recréer le lien qui l'unit au sociétal, au couple, à ses enfants.


Ainsi, dans « La guerre des mondes », on comprend que le sujet n'est pas l'invasion extra-terrestre et l'anéantissement de l'humanité qui s'en suit mais la préservation du modèle familial et la recréation de la logique homme/femme qui en découle. Cela demeure identique dans le reste du cinéma d'action post-moderne : si on regarde les « Les dents de la mer », on s'aperçoit que le lieutenant Brody se lance dans une lutte titanesque contre un monstre des mers afin d'assumer son rôle d'homme face à une femme qui le traite comme un enfant. Effectivement, elle lui apporte son pulvérisateur pour la gorge lorsqu'il quitte le port et lui, honteux, le saisit comme un adolescent et le fourre au fond de sa poche. C'est à peine si elle ne lui ferait pas remarquer qu'il n'a pas mis sa capuche et qu'il va prendre froid. De là à penser que, dans ce film, le véritable monstre est la femme castratrice, il n'y a qu'un pas mais (hélas) ce n'est pas notre sujet !


Le monstre est l'élément perturbateur, il est l'obstacle à l'harmonie du couple et disons le clairement, à l'harmonie sexuelle. Il y a donc une relation entre monstre et sexualité. Le héros, toujours masculin, triomphe d'une sauvagerie incontrôlable pour assumer son hétérosexualité de base, presque brutale. Les derniers James Bond ébauchent un héros torturé détruisant l'adversité masculine avec une hargne rarement atteinte pour finalement l'expulser dans un coït improvisé faisant, du même coup, fantasmer toutes les adolescentes à cause de ça.


Le monstre ouvre ainsi un champ infini d'hypothèses sexuelles. Il incarne l'excès, la brutalité grossière, l'interdit, la sauvagerie mais aussi et bien souvent, la confusion hermaphrodite. Le monstre, ce sont les pratiques inavouables, les fusions d'attributs masculins et féminins qui invitent aux mélanges des corps comme l'Alien de Ridley Scott, singularité phallique violant des bouches pour ensemencer des ventres réceptacles. Ce sont encore des créatures dégoulinantes comme des vagins gigantesques chez Veroheven, aspirant les appendices meurtriers des GI armés jusqu'aux dents et résumés à des toy-boys bipèdes !


Bizarrement, je ne peux m'empêcher de penser à « History of violence » de Cronenberg en abordant ces théories psychanalytiques. Le monstre héroïque dégage une ambiguïté maladive quant aux limites incertaines de son corps et de sa psyché. Corps torturé résumé à une métaphore sexuelle qui explose par injonction formelle lors d'une scène érotique entre les marches d'un escalier. L'homme et la femme s'emmêlent effectivement pour ressembler à une chimère suintante et transpirante. Même lorsque Mortensen (gigantesque dans ‘la route') retrouve son mafieux de frère, la scène ressemble plus à un coït, tête contre tête qu'à une franche accolade.


Ainsi s'explique peut-être le schéma de l'horreur dans le film « Paranormal activity » de Oren Peli qui sort ces jours ci : histoire ressassée de fantôme filmé à la «Blair Witch project ». Mais ce film se découpe très vite en deux parties bien distinctes. L'une décrit la relation de couple, l'autre s'attache à peindre au noir la part d'inconscient nocturne qui hante un couple persuadé qu'une présence maléfique habite leur demeure.


Passés les cris et les tressautements de caméra qui font peur, on devine que ce film est juste l'histoire d'une fille qui se révolte sans le savoir contre son petit ami lequel, sous ses airs cool et sympa, s'avère vite n'être qu'un petit tyran domestique cherchant à affirmer sa virilité en faisant peu cas des opinions de sa copine.


Mais cette fois, le film va plus loin sur l'observation implacable des rapports dissymétriques qui existent au sein d'un couple quand le monstre émerge. Plus question d'expulser le monstre pour rétablir l'équilibre amoureux. Plus question d'harmonie sexuelle. Lorsque la caméra prend possession des corps rendus à leur vulnérabilité de dormeurs, c'est la sexualité bestiale du spectre qui se manifeste. Les draps se soulèvent, viennent lécher les jambes de la jeune fille. On ne peut alors s'empêcher de penser au film « Possession » de Zulawski, film dans lequel une femme entretient une relation adultère avec une créature surgie des ténèbres.


Beaucoup plus inquiétant que la petite scène intime à laquelle tout voyeur, dans le confort de la distance endoscopique, rêve d'assister, la monstruosité pornographique filmée ici éclabousse une forme aberrante de jalousie malsaine et purement masculine. Et si tout cela ne se passait finalement que dans la tête du garçon ? Et si le monstre était le danger ultime du couple ? Et si la peur absolue pour un homme c'était d'imaginer sa bien aimée dans les tentacules d'un monstre extra-terrestre dégoulinant et obscène. Une façon de représenter la tentation de l'autre dans ce qu'il a de vomitif lorsque l'on est amoureux. Ce serait l'aboutissement du cerveau masculin en tant que fantasmagorie névrotique.

 

Paranormal Activity, d'Oren Peli, avec Micah Sloat.

Sortie le 2 décembre 2009.

 

logo_voldemag_petit

By Kowalski


Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher RSS
brillant as usual
Belam 16-12-2009 09:34:01

compliqué de commenter derriere

Je reviens
sand 16-12-2009 09:40:59

Je te déteste.
J'arrive jamais a tout comprendre a la première lecture c'est humiliant
Sonia 16-12-2009 16:06:49

Tout pareil que Sand...
Cela dit, en regardant l'affiche, le film ne me tentait pas plus que cela (je pensais que c'était encore un truc gore avec des litres de sang, des tripes et des boyaux).
Après ton billet, c'est nettement plus clair et plus tentant
Nom:
Email:
 
Titre:
Website:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
:angry::0:confused::cheer:B):evil::silly::dry::lol::kiss::D:pinch:
:(:shock::X:side::):P:unsure::woohoo::huh::whistle:;):s
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 
Auteur de cette article : Kowalski

> Voir les autres articles de cet auteur

Joomla SEF URLs by Artio