Bonne nouvelle : on a pas besoin d'avoir fait Sciences Po pour aller voir ce film. Le réalisateur, qui voulait montrer la campagne d'un politicien ayant du mal à raccrocher les gants, a choisi le candidat le plus haut en couleur. Et le plus susceptible de créer des rebondissements : après quarante ans de carrière, Frèche n'a rien perdu de sa spontanéité ! « Fondamentalement, je suis un honnête homme. » « C'est ça qui vous perd, Monsieur le Président ». Résultat une petite phrase lâchée au milieu de la campagne, « Fabius a une tête pas très catholique », jugée antisémite, apporte une dynamique au documentaire.
Cette fraicheur dans les propos se paye : on assiste à un bal étourdissant entre les conseillers qui essaient de mettre en place une stratégie de communication et George Frèche qui n'en fait qu'à sa tête. Coup sur coup, on voit Le Président qui n'en rate pas une et le stress grimpant de son entourage. Cela dit, ils ne sont pas de restes sur les remarques déplacés : l'éditeur se fait longuement charrier sur sa kippa - mais eux c'est en off (et c'est pour rigoler donc c'est pas pareil).
Au gré des perles glanées, le sujet tourne presque à la satire politique. « Moi j'ai pas de mémoire, donc j'invente les chiffres ». Et le constat, même si peu surprenant, est déplorable : il suffit de jouer la victime à la suite d'un scandale pour gagner des points dans les sondages. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise communication, l'important c'est qu'on en parle. « J'ai mené trente campagnes électorales, les trois intelligentes, je les ai perdues. »
Par contre, il faudrait interdire ce documentaire aux moins de 30 ans : déjà qu'ils ont du mal à se motiver pour aller aux urnes, ce portrait ne va pas les aider à avoir plus confiance dans les politiques. Le seul moment poignant, c'est un discours qu'il découvre juste avant le meeting -donc question sincérité il repassera. On apprend même par la suite que certains éléments de sa vie privée ont été ‘arrangés' pour faire pleurer dans les chaumières. Tout est calculé, rien n'est vrai. « Contrairement aux autres, je ne suis pas un robot » affirme-t-il.
Désillusions mises à part, le petit plaisir c'est l'incarnation du midi par Frèche. Au final, on s'attache à ce personnage, père de cinq fille, qui triche au solitaire et qui aime le rubis (appellation régionale du vin). On éprouve même un peu de tendresse pour lui : on se retrouve à chercher à comprendre ce qu'il voulait dire quand il déplorait que les équipes de foot comptaient trop de blacks dans leurs rangs et n'étaient donc pas représentatives de la société. Une manière pour Yves Jeuland de rendre hommage à l'homme qui nous a quittés le 24 octobre dernier.
Reste un mystère : pourquoi est-il montré pendant trois bonnes minutes en train de mâcher des post-it ?
Le Président, un film de Yves Jeuland sur George Frèche : sortie en salle le 15 décembre 2010.
Bande Annonce "Le Président"
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By Zikomagnes
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