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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Mister Vengeance

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Les gentils lecteurs qui vont passer sur ce billet quelques minutes de leur précieux temps de travail ou de pause déjeuner doivent être prévenus : je vais leur parler de cinéma sans avoir la compétence technique de Toscan du Plantier ou la rigueur littéraire des Cahiers du même nom. Pire, je vais arriver à mon sujet en leur racontant une partie de ma vie.
L'idée est d'essayer (et de réussir, soyons optimistes) à partager avec ceux qui me feront confiance un moment de septième art vers lequel ils ne seraient peut-être pas allés si une voix suave et rassurante (oui, la mienne) ne leur avait pas décrit cette expérience.
Pourtant, j'y suis arrivé - presque - par hasard...

Depuis des années, ma culture personnelle [terme pompeux désignant l'ensemble des connaissances acquises principalement en dehors de la formation scolaire et du boulot - et quand on est expert en circuits hyperfréquences, croyez moi, le faisceau est restreint] s'est bâtie sur : une grosse quantité de musique rock des seventies, quelques bédés de Franquin et Moëbius et deux ou trois bouquins de Zweig, Beckett, mais encore Benchetrit ou Olivier Adam parce qu'après tout on ne peut savoir ce qui est très mauvais qu'après en avoir fait l'amère expérience.

En revanche, ma culture cinématographique était aussi maigre qu'un modèle de chez Mugler en période de fashion week. « Pas le temps ».
Surtout pas le courage de passer régulièrement deux heures assis amorphe devant un écran, mais développement progressif d'un gros complexe vis-à-vis de ceux qui, autour d'un verre, sont capables d'analyser la portée philosophique de l'œuvre de Godard post Mai-68 avant de citer à la virgule les répliques cultes de la filmographie d'Oliver Stone (si tant est qu'il en existe).
Alors un jour j'ai eu le déclic et j'ai établi une liste de tous ces classiques du cinéma qu'il « faut » avoir vus, pour ne plus vivre en ayant sur la conscience cette impression de ne rien y connaître et ouvrir mon esprit à un domaine artistique qui m'était jusqu'à présent resté opaque. Coppola, Aronofsky, Kubrick, Polanski, jour après jour, film après film, je comblais peu à peu cette carence jusqu'à au moins être capable d'en discuter avec les vrais érudits dans le domaine.
La démarche n'était pas une corvée, mes choix se basant avant tout sur ma curiosité et mes goûts, m'amenant quasi-naturellement à m'intéresser à la production asiatique.

Le premier film du genre que j'aie pu voir s'appelle Bangkok Love Story : l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'un autre homme dans l'étourdissante capitale Thaïlandaise (à ce stade ceux qui me connaissent un peu auront compris que je ne suis pas tombé dessus par hasard).
Ensuite sont venues les histoires de yakusas made in Kitano, entre code d'honneur, exécutions sommaires et petits doigts coupés.

Jusqu'à en arriver enfin au cinéma Sud-Coréen, dont j'avais jusqu'alors une connaissance à peu près aussi grande que celle de la recette du hachis parmentier (mon prochain parcours initiatique de ce type aura en effet lieu dans une cuisine).

 

L'un des réalisateurs incontournables de cette catégorie s'appelle Chan-Wook Park et a tourné entre 2002 et 2005 un tryptique sur le thème de la vengeance.
Le premier volet de cet ensemble, appelé à juste titre Sympathy for Mr Vengeance, est une réussite totale, dont la vision ne laisse pas indemne.

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Sans raconter tout le film (le but initial étant de vous amener à le regarder), l'histoire est celle de Ryu, un jeune homme sourd qui trime à l'usine pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa sœur, atteinte d'un cancer du rein et avec qui il partage un taudis de la banlieue de Séoul. Dépossédé de ses maigres économies par un groupe mafieux donnant dans le trafic d'organes, il va tenter sur les conseils de sa petite amie vaguement anarchiste de récupérer l'argent nécessaire à une transplantation en organisant l'enlèvement de la fillette d'un chef d'entreprise richissime.
Tout pourrait bien se passer, et pourtant tout se passera mal. Comme un bras mécanique qui s'abat machinalement sur chacun des protagonistes à mesure que l'action se déroule, on assiste impuissant et abasourdi à cette descente aux enfers des personnages dont le dernier but dans l'existence est d'obtenir vengeance sur des évènements qu'aucun n'a pu choisir.

Comme on peut s'en douter à la lecture de ces quelques lignes, on est ici dans le drame pur, dur et sombre qui ferait passer n'importe quel Iñárritu pour une bluette de Michel Gondry, zébré par quelques éclairs de violence d'inspiration Tarantinesque mais qui participent pleinement à la force de la narration.
La réalisation est précise et la photographie époustouflante donne l'impression de regarder cette tragédie se dérouler dans un tableau de maître.
Le visionnage demande quelques efforts, notamment être capable de passer deux heures à regarder un film en coréen sous-titré et avoir suffisamment de moral (ou de cynisme) pour supporter cette histoire ô combien plausible qui nous fait prendre conscience que le monde tel qu'il est, c'est du pur dégueulasse. Pourtant, elle vous bouleversera quand, comme le titre du film le suggère, vous serez pris d'empathie pour ces hommes qui se déchirent faute d'avoir d'autre alternative que d'aller jusqu'au bout.

Les deux autres volets de cette trilogie, Old Boy et Lady Vengeance, jouent sur le même tableau du personnage cherchant sa revanche à n'importe quel prix à la suite d'un événement qui, plusieurs années auparavant, a bouleversé leur existence. Les amoureux de la narration non-linéaire s'en donneront à cœur joie, même si l'ensemble est plus attendu et la mise en œuvre n'atteint pas la maestria de ce premier opus.

Au moment de conclure ce billet, je suis doublement satisfait parce que je me suis prouvé que je pouvais moi aussi parler de cinéma, et si j'ai bien fait mon boulot je vous ai transmis l'envie de vous projeter un ou deux bon films. Maintenant, cette recette....

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By Dimip

Je comptais lui demander un live report Higelin, il m'a proposé du cinéma. Chouette premier billet ici, on retrouve le jeune homme sur twitter (EVIDEMMENT).

 

Commentaires
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Rolanda Bibine 30-03-2011 17:06:00

Je préfère très très largement une critique de cinéma personnelle à une autre critique d'un vrai cinéphile : c'est plus à ma portée car non truffée de références cinématographiques barbantes ! Mais.... comme l'humanité est bien trop déprimante à mon goût, je n'irai le voir que si cela se termine bien !!!Je revendique le droit, pour mes loisirs, même si je fais l'autruche, d'espérer que dans toute cette merde, parfois, il peut y avoir de l'espoir !!!!
Merci pour cette critique Dimip
ZeNikko 30-03-2011 22:17:43

Bien que cinéphile, je m'insurge, déjà: Godard me fait chier, et Kubrick aussi, mais ca tu le sais, ne refaisons pas le match. Et je ne m'estime pas plus con pour autant, ceci pour expliquer un peu ce que je pense des "Icones" de euh'd'dans euh'l'grand écran.
Must See, peut être, Must Worship, même pas en rêve.
Les "vrais" cinéphiles aiment LE cinéma, pas UN cinéma. En tout cas pas le cinéma qu'il faut aimer dans les dîners courus. pour moi la cinéphilie c'est plus de l'oeil qui pétille pendant que tu parles de ton film, que du neurone qui se touche à Mach 2.
Bref, tout ca pour dire que non, ta critique m'a pas du tout filé un ulcère, Bel Enfant. Je ne suis pas d'accord avec toi, mais le contraire t'aurait étonné, car c'est celui qui m'a le moins fait vibrer des 3, mon point d'orgue étant Old Boy, comme tu le sais. Le soucis vient peut etre du fait que la version VO que j'avais ne sous titrait que les paroles, pas les écrits. Et vu que de mémoire bcp d'infos passaient par des lettres ou docs fac caméra, et que mon Coréen est un poil rouillé, j'ai été frustré deux ou trois fois. Mais qu'importe. Dire que c'est celui que j'ai le moins aimé des 3 ne veut pas dire qe je ne l'ai pas aimé loin de là. Je te rejoins sur la photo hyper maitrisée, mais comme je te le disais pour MOM c'est un pendant commun à la plupart des réas asiatiques quelle que soit leur nationalité. Par exemple le plan séquence d'OldBoy, entre le bureau et l'ascenseur. pas crédible pour deux sous, mais putain, qu'est ce que c'est beau.

Il y a certainement un violence tarantinesque par moments, mais alors on est loiiiiin des bla blas tarantinesques. J'ai été un poil géné, perso, par la première demie heure (+ ou - 20%) quasi complètement silencieuse.

Quoiqu'il en soit, toujours un plaisir d'échanger à vec toi. Sauf quand tu dis que Nicholson c'est Christian Clavier. J'en ai tué pour moins que ça.
Deemee3 30-03-2011 23:06:01

Juste pour te dire que je viens de passer cinq minutes agréables, que j'ai souvent souri et que ça m'a donné envie découvrir ce cinéma là. Kitano bien sûr, et cette trilogie. J'ai un souvenir impérissable de Porco Rosso de Hayao Miyazaki, j'en veux bien d'autres.


Capuche 30-03-2011 23:06:16

Han ! Tu m'as donné envie de regarder un film coréen sous-titré ! Bravo \o/ (et je suis de l'avus de Rolanda, ça me parle plus que certaines critiques "trop pointues"
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