S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Depuis des années, ma culture personnelle [terme pompeux désignant l'ensemble des connaissances acquises principalement en dehors de la formation scolaire et du boulot - et quand on est expert en circuits hyperfréquences, croyez moi, le faisceau est restreint] s'est bâtie sur : une grosse quantité de musique rock des seventies, quelques bédés de Franquin et Moëbius et deux ou trois bouquins de Zweig, Beckett, mais encore Benchetrit ou Olivier Adam parce qu'après tout on ne peut savoir ce qui est très mauvais qu'après en avoir fait l'amère expérience.
En revanche, ma culture cinématographique était aussi maigre qu'un modèle de chez Mugler en période de fashion week. « Pas le temps ».
Surtout pas le courage de passer régulièrement deux heures assis amorphe devant un écran, mais développement progressif d'un gros complexe vis-à-vis de ceux qui, autour d'un verre, sont capables d'analyser la portée philosophique de l'œuvre de Godard post Mai-68 avant de citer à la virgule les répliques cultes de la filmographie d'Oliver Stone (si tant est qu'il en existe).
Alors un jour j'ai eu le déclic et j'ai établi une liste de tous ces classiques du cinéma qu'il « faut » avoir vus, pour ne plus vivre en ayant sur la conscience cette impression de ne rien y connaître et ouvrir mon esprit à un domaine artistique qui m'était jusqu'à présent resté opaque. Coppola, Aronofsky, Kubrick, Polanski, jour après jour, film après film, je comblais peu à peu cette carence jusqu'à au moins être capable d'en discuter avec les vrais érudits dans le domaine.
La démarche n'était pas une corvée, mes choix se basant avant tout sur ma curiosité et mes goûts, m'amenant quasi-naturellement à m'intéresser à la production asiatique.
Le premier film du genre que j'aie pu voir s'appelle Bangkok Love Story : l'histoire d'un homme qui tombe amoureux d'un autre homme dans l'étourdissante capitale Thaïlandaise (à ce stade ceux qui me connaissent un peu auront compris que je ne suis pas tombé dessus par hasard).
Ensuite sont venues les histoires de yakusas made in Kitano, entre code d'honneur, exécutions sommaires et petits doigts coupés.
Jusqu'à en arriver enfin au cinéma Sud-Coréen, dont j'avais jusqu'alors une connaissance à peu près aussi grande que celle de la recette du hachis parmentier (mon prochain parcours initiatique de ce type aura en effet lieu dans une cuisine).
L'un des réalisateurs incontournables de cette catégorie s'appelle Chan-Wook Park et a tourné entre 2002 et 2005 un tryptique sur le thème de la vengeance.
Le premier volet de cet ensemble, appelé à juste titre Sympathy for Mr Vengeance, est une réussite totale, dont la vision ne laisse pas indemne.

Sans raconter tout le film (le but initial étant de vous amener à le regarder), l'histoire est celle de Ryu, un jeune homme sourd qui trime à l'usine pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa sœur, atteinte d'un cancer du rein et avec qui il partage un taudis de la banlieue de Séoul. Dépossédé de ses maigres économies par un groupe mafieux donnant dans le trafic d'organes, il va tenter sur les conseils de sa petite amie vaguement anarchiste de récupérer l'argent nécessaire à une transplantation en organisant l'enlèvement de la fillette d'un chef d'entreprise richissime.
Tout pourrait bien se passer, et pourtant tout se passera mal. Comme un bras mécanique qui s'abat machinalement sur chacun des protagonistes à mesure que l'action se déroule, on assiste impuissant et abasourdi à cette descente aux enfers des personnages dont le dernier but dans l'existence est d'obtenir vengeance sur des évènements qu'aucun n'a pu choisir.
Comme on peut s'en douter à la lecture de ces quelques lignes, on est ici dans le drame pur, dur et sombre qui ferait passer n'importe quel Iñárritu pour une bluette de Michel Gondry, zébré par quelques éclairs de violence d'inspiration Tarantinesque mais qui participent pleinement à la force de la narration.
La réalisation est précise et la photographie époustouflante donne l'impression de regarder cette tragédie se dérouler dans un tableau de maître.
Le visionnage demande quelques efforts, notamment être capable de passer deux heures à regarder un film en coréen sous-titré et avoir suffisamment de moral (ou de cynisme) pour supporter cette histoire ô combien plausible qui nous fait prendre conscience que le monde tel qu'il est, c'est du pur dégueulasse. Pourtant, elle vous bouleversera quand, comme le titre du film le suggère, vous serez pris d'empathie pour ces hommes qui se déchirent faute d'avoir d'autre alternative que d'aller jusqu'au bout.
Les deux autres volets de cette trilogie, Old Boy et Lady Vengeance, jouent sur le même tableau du personnage cherchant sa revanche à n'importe quel prix à la suite d'un événement qui, plusieurs années auparavant, a bouleversé leur existence. Les amoureux de la narration non-linéaire s'en donneront à cœur joie, même si l'ensemble est plus attendu et la mise en œuvre n'atteint pas la maestria de ce premier opus.
Au moment de conclure ce billet, je suis doublement satisfait parce que je me suis prouvé que je pouvais moi aussi parler de cinéma, et si j'ai bien fait mon boulot je vous ai transmis l'envie de vous projeter un ou deux bon films. Maintenant, cette recette....

By Dimip
Je comptais lui demander un live report Higelin, il m'a proposé du cinéma. Chouette premier billet ici, on retrouve le jeune homme sur twitter (EVIDEMMENT).
| Commentaires |
|
|
|
|
|
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...