
J'aime les films de Stallone. J'aime cette mythologie surhumaine et bestiale à base de muscles saillants et brillants. Je suis fan de cette mécanique de chair qui nous faisait honte à nous, adolescents gringalets des années 80 qui, je l'avoue, étions plus destinés à la chorale de l'école catholique de la petite ville ouvrière dans laquelle on grandissait qu'à l'inscription au club de full contact.
Et nous, les fils de besogneux sans rêve, on se racontait la vie de Stallone. On en inventait aussi. Mais comme le disait Bob Dylan, si le mythe est plus beau que la réalité, autant ne garder que le mythe. Et ce mythe-là était grand dans le style success-story à l'américaine : débuts chaotiques à Philadelphie, films pornos de seconde zone (là où il se faisait appeler l'étalon italien), de petits boulots à l'abattoir (régurgités dans une scène d'anthologie du premier Rocky où le boxeur tabasse de la viande dans une chambre froide) à la gloire paillette des années pognons.
Je me suis toujours demandé combien ça lui en coûterait à lui comme aux autres mammouths définitivement dépassés par les nouvelles idoles athlétiques et sveltes qui privilégient la fureur et la vitesse à la balourdise bovine. Combien ces hommes machines, jadis assemblés dans l'usine rutilante des années Reagan, aujourd'hui ruines de chairs boursouflées, rapiécées de toute part devraient payer pour l'excès de stéroïdes et de chirurgie esthétique (Lundgren, Shwarzenneger et Rourke dans une certaine mesure). Bref, y a t-il une place au soleil pour pareils monstres de foire abandonnés sur les trottoirs ?
De fait, je m'aperçois que the Expendables (approximativement : les « produits consommables »), le dernier film de Sylvester Stallone commence avec cette question que posait déjà Rocky Balboa (film d'extrême gauche ventant l'intégration ratée au rêve américain dans une folle bohème humaniste) : Que deviennent les idoles lorsqu'elles sont bonnes pour la maison de retraite au mieux, ou pour la casse au pire ?
C'est une question qui vire au voyeurisme, comme si on allait rendre visite aux idoles sur les lieux anonymes de leur retraite, là où, tandis qu'il n'y avait plus personne pour les regarder, elles ont finalement vieilli. Oui, Rocky sert des pizzas, Rambo fait du yoga en Thaïlande et Freddy Heflin, le shérif dépressif et obèse du sublime « Copland », vit une paisible retraite à Garrison.
Et de cette question, Stallone en fait le cœur intègre de son cinéma. Cela devient flagrant dans The Expendables. Là, dans cette chevauchée de mercenaires livrés à l'accomplissement d'une mission en Amérique du Sud, les carcasses sont abondantes. L'entrée en matière est bourrine et efficace, mais le plus beau se parsème au milieu des explosions, quand le rythme pachydermique retombe mollement et que les indomptable se retrouvent au milieu d'un garage (toile de fond prolétarienne typique du côté gauchisant des films de Stallone). Où sont les vraies motos dont on parle à ce moment-là ? Et si, finalement, il n'y avait pas de bécanes dans la scène ? Alors, dans cette étrange métaphore filée, les héros ne parlent finalement que d'eux-mêmes avec une dignité bouleversante. Ce sont des mécaniques vintages et quelque peu dépassées au cœur encore un peu pétaradant, des amas de trombines customisées à mort (Mickey Rourke tout droit sorti de The Wrestler). Et cette thématique-là impose une forme de tristesse douce-amère tout au long du film.
C'est là que Stallone est bon, dans les coulisses, dans le portrait social du prolétariat, dans la peinture d'un monde qui a changé trop vite laissant les ouvriers de chair sur le pavé. C'est là où les corps livrent leurs secrets et qu'on parle du grand soir des idoles, comme le faisait Hawks ou Jaurès, l'espoir d'une révolution de la chair, un monde où la fascination vieillirait sans ne jamais crever...

By Kowalski
Découverte totale !
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J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
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C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
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ah mais je crois que beaucoup d'abste...