
Sept ans après le désespérant Terminator 3 (qui n'avait pour intérêt philosophique majeur que la poitrine protéiforme de Kristanna Loken) et alors que l'on n'attendait plus grand-chose de la franchise initiée par James Cameron en 1984, voici donc Terminator renaissance : L'anéantissement commence, sous-titre plus beau en français car plus ténébreux encore que son équivalent anglophone « the end begins ». Ténébreux oui car, pour moi, Terminator c'est l'œuvre au noir de Cameron, sa désillusion humaniste (les crânes empilés, piétinés, vison du nazisme, des camps de la mort, des khmers rouges, du Cambodge), sa métaphore politique sur l'évolution de la science au service de l'extinction humaine : la bombe qui éclate au milieu de la ville et réduit les êtres à des girandoles de chair enflammée.
Alors qu'est ce que ça vaut Terminator 4 ? Les premières images dévoilées à travers les bandes-annonces avaient de quoi faire naître mes fantasmes les plus fous, de par l'univers obscur et visuellement chiadé qui s'en dégageait. Résultat : Terminator s'impose comme un divertissement calibré pour les masses. Puissant mais décharné.
Terminator 4 raconte un futur où survivent des humains en lutte contre les machines, une vision post-apocalyptique d'une terre dépouillée avec son esthétique de la désolation moderne telle qu'on la voit dans Je suis une légende, La guerre des mondes ou même Wall E. Le film suit deux chemins bien distincts. Il y a John Connor, leader post apocalyptique de la résistance humaine contre Skynet, luttant pour sauver le tout jeune Kyle Reese des machines et peut-être le renvoyer un jour dans le passé, protéger, aimer, féconder sa mère, l'engendrer lui, John Connor, circonvolution temporelle vortex où la naissance du héro convoque plus le futur que le passé. Il y a ensuite, Marcus Wright, dont les origines temporelles offrent un effet de miroir sympathique avec les voyages des Terminators dans les précédents volets. Marcus, machine plus évoluée venue infiltrer la résistance, on le devine vite.
Terminator Renaissance est un concentré de propositions passionnantes mais dont les enjeux ne vont guère plus loin que ce qui était suggéré dans la bande-annonce et c'est bien ça qui me reste au fond de la gorge. Qu'il s'agisse des conflits qui animent John Connor : le poids du passé, le souvenir névrotique de sa mère, son rôle paternaliste avec celui qui deviendra in fine son père (on est loin du T800, père machine idéale sans pathos dans le T2), les tourments existentiels de Marcus Wright : la recherche des ses origines, la découverte de son être machine, l'impossible amour qui en découle ou le face-à-face très attendu entre Connor et Wright, le film se contente chaque fois d'expédier ses thématiques en deux ou trois répliques avant de passer sauvagement à la scène suivante.
L'intrigue est fade, d'autant que les dialogues pèchent par excès de banalité (« qui es tu ? » demande Connor, « je ne sais pas ! » répond l'homme machine), et les personnages en souffrent eux aussi... énormément. Christian Bale (acteur absolument génial dans The machinist, The prestige, Batman) campe un John Connor charismatique mais monolithique. Marcus est de loin le personnage le plus fouillé, et je regrette qu'il ne soit pas développé plus que ça.
Mon sentiment, c'est que depuis Matrix et l'avènement du tout numérique, la SF d'aujourd'hui s'avère souvent bien trop sage pour se comparer aux productions des années 80. Terminator Renaissance montre timidement quelques gouttes de sang. Exit l'aspect organique des scènes où le Terminator se triturait les circuits dans les deux premiers opus. Exit la réflexion sur les corps au devenir machine (Robocop de Verhoeven). Exit la sexualité torturée des archanges mécaniques (Cronenberg).
En voulant faire plaisir à un public consommateur de pop corns, McG (c'est de quel origine ce nom ?) ne réussit sur aucun tableau, se contente de niveler son film vers le bas et de livrer un produit sans âme, à l'image de sa bande son fadasse. Pas de quoi mettre en danger les deux chefs d'œuvre de James Cameron, qui restent indémodables. Alors oui, Terminator Renaissance m'a déçu. Ca m'apprendra à saliver pendant des mois sur des teasers...
Sortie le mercredi 3 juin 2009

By Kowalski
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