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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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3919...

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19 heures :

Il n'est pas rentré. C'est mauvais signe, je crois. Je pourrais lui envoyer un message rapide sur son téléphone. Je n'ose pas, raviver sa colère n'aurait pas de sens.

20 heures :

Toujours pas là, je décide de manger. Sans lui, et surtout sans faim. J'ai peur maintenant. Les minutes qui se sont écoulées depuis tout à l'heure n'ont servies qu'à alimenter mes angoisses. Je me souviens très bien de sa dernière absence, je m'en souviens trop bien.

21 heures :

Je ne sais pas quoi faire. J'ai couché Manon, lui ai conté l'histoire du Prince charmant qui vient sauver Blanche Neige. Elle s'est endormie, le visage calme et apaisé. Je la regarde et emplie ma mémoire de son visage. Je l'aime tellement, elle est le fruit de notre amour.

22 heures :

Je vais me coucher. Morphée veille, peut-être, sur moi.

23 heures :

Je m'endors.

Minuit :

J'entends les clés qui tournent dans la serrure. Je m'éveille en sursaut. Je me lève, vite. Je le rejoins dans le salon.

Minuit une minute :

Il est là. Il me sourit. Je n'aime pas ce sourire. J'aurais peut-être du l'attendre dans le salon.

« Alors, tu t'es couchée ? Tu n'étais même pas inquiète ? »

« Si, mon amour. Je n'ai pas osé te déranger sur ton téléphone, je t'ai cru en réunion. »

Il se fige, je n'aime pas son expression.

Minuit deux minutes :

Il s'approche de moi, je recule. Mais, le canapé situé derrière mon dos stoppe ma fuite. Sa main se lève. Je prends le premier coup. Un coup de poing, violent, brutal, qui me fait tomber à terre. Je suis sonnée. Surtout, j'ai mal. Très mal.

Je sais, hélas, que ce n'est pas le dernier coup. Je me protège, lève les mains vers mon visage et me place en position de fœtus. Cela le fait rire. J'voudrais crier pour que quelqu'un vienne. Je ne peux pas, Manon dort.

Je sais, d'ailleurs, que personne ne viendra : j'ai déjà hurlé, rien n'a bougé. Les habitants de mon immeuble ont juste arrêté de me sourire dans la cage d'escaliers. Ils ont peut-être eu peur, eux aussi. Que ce mal qui ronge mon mari soit contagieux. Que m'aider soit trop compliqué. Je ne leur en veux pas, je n'arrive pas moi-même à m'aider.

Minuit trois minutes :

Les coups pleuvent, comme un déluge. Je ne peux pas les arrêter, même plus les esquiver. Il s'est assis sur moi, a plaqué mes bras sous le poids de son corps. Mon visage est à découvert.

Je tourne juste à temps la tête. Deux coups de poings successifs me fracassent la mâchoire. J'ai un gout horrible de sang dans la bouche, quelque chose entre le caillou et le métal. Je déteste ce gout.

J'voudrais que cela s'arrête. Je me débats. A armes inégales, j'essaie de le faire tomber. Malgré la douleur et ma vision qui s'est troublée depuis le premier coup reçu (probablement parce que mon arcade sourcilière a volé en éclats), mon corps s'agite. Je fais des petits bonds pour le déstabiliser et le faire tomber.

J'entends des « Arrête, salope ». Cela décuple ma force.

J'réussis à le faire glisser. Trente secondes vont s'écouler, trente secondes à ma disposition pour m'échapper, m'évader.

Minuit ... (je ne vois plus les minutes) :

Je rampe vers la porte de la maison. J'essaie de me relever. La porte est ouverte. Dehors, je pourrais crier et hurler. Je suis sûre, quelqu'un viendra. On m'aidera cette fois.

Minuit ...

Il est là, devant moi. Comment a-t-il fait ? Il sourit en fermant cette porte, cette putain de porte. « Rêve pas, salope. Tu vas pas y échapper ».

Il m'attrape par les cheveux. Je hurle, je ne peux plus m'en empêcher. J'ai mal. J'ai peur, j'ai du mal respirer, mon nez lui aussi doit être cassé.

Il me tire avec force, je voudrais... Mes doigts s'agrippent, je cherche un truc pour l'empêcher. Rien, y'a rien. Mes ongles cherchent une lame, un petit trou pour m'éviter.  Y'a rien. Putain de parquet vitrifié sur lequel je glisse si bien. Je n'aurais pas du si bien l'entretenir. Je continue de hurler, même la porte fermée. J'ai trop peur maintenant. Il n'a jamais été si fâché. Qu'est-ce que je n'ai pas fait, qu'est ce que j'ai oublié ? Je réfléchis. Je ne trouve pas de raison à sa colère.

« Manon, caches-toi. Ferme ta porte à clé » seront les derniers mots que je pourrais articuler.

Ma tête heurte très violemment l'angle de notre lit en bois massif. L'intensité du choc me rend muette. La décharge électrique de douleur inonde mon cerveau. J'vais mourir, je crois...

  • Cette fiction vient directement de cette vidéo :

La fiction rejoint hélas la réalité. En France, 1 femme sur 10 serait concernée par des violences conjugales et 1 femme meurt des coups de son conjoint tous les 4 jours...

Brisons le silence, composez le 39.19...

 

By Millie

 

Commentaires
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Belam 26-04-2010 10:31:50

pour commencer le lundi matin, c'est impec...

Bon...

Ca me rend folle. Voilà. De tte maniere, moi c pas compliqué j'entends quelqu'un hurler,j'interviens. Systématiquement. Par égoisme. Parce que je ne supporterai pas de me regarder dans une glace si j'etais coupable de non assistance en danger

Les bébés qui pleurent, ls couples qui se disputent, les hurlements de femmes, j'interviens. Je regarde, je vérifie, et si ca m'a l'air ok, je lâche l'affaire.

La derniere fois mes enfants étaient là. On m'a dit apres coup "mais tu te rends compte, il aurait pu arriver quelque chose à tes enfants!"
Je sais.
N'empêche. Il a y quelque chose de plus fort que moi. Parce que ca pourrait être moi. Parce que ca a pu être moi. Parce que ca pourrait le devenir. Parce que ca arrive à n'importe qui.

Une solidarité quasi animale envers un autre être humain. Toi, c'est moi...
Rolanda Bibine 26-04-2010 11:27:33

Le problème c'est que cela se passe bien souvent dans l'intimité, à l'abri des regards.
C'est tout bête ce numéro à 4 chiffres mais cela permet de le mémoriser facilement contrairement à celui de 10 chiffres qui existait avant. On avance, on avance, petit à petit....
pullmarin 26-04-2010 20:39:14

Putain, j'ai mal au bide !
Pour ma part, j'ai vu mon père gifler une fois ma mère, une seule. Du haut de mes 15 ans, j'aurais pu le tuer si on ne m'avait pas retenu... Et je suis aussi du genre à ouvrir ma gueule (et à serrer les poings) quand je suis face à des violences envers des personnes "physiquement faibles".
Et ce nombre... 100 femmes meurent chaque années sous les coups d'un conjoint/petit ami/mari/ex-***... J'en ai honte, une fois de plus, d'être un homme.
Chulie 26-04-2010 21:19:21

P. ma puce, si jamais tu lis ces lignes please, please, barre toi, sauve toi ça suffit maintenant.
sand 27-04-2010 08:22:39

C'est pour ça qu'il est important décrire. De dire. De crier. De ne pas rester invisible.
Zan 27-04-2010 10:15:08

ça me fiche la nausée. la nausée et la haine.
Encore Aujourd'hui
milllie 27-04-2010 15:04:29

Moi, ce qui me choque c'est qu'aujourd'hui ma fille connaisse par coeur le refrain chantonnée du 118... et pas le 39.19 ou le 119.
On lutte à armes inégales. On peut mettre un paquet d'argent sur une table pour des pubs privés qui ont les moyens et pas pour de la prévention publique.
Qui parmi de vous qui a commenté connaissait le numéro? Moi, pas! j'ai cherché. Obligée par une réalité.
En réunion, aujourd'hui dans une circonscription d'action sociale, l'affiche pour les violences conjugales est vieille et obsolète: le numéro est 01.............
Comment lutter?

Merci à vous de commenter. Plus on n'en parlera plus on a des chances que cela change.
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millie est membre de Voldemag depuis le Jeudi, 15 Octobre 2009.

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