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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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De la liberté d'expression

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Depuis plusieurs mois, je constate qu'un thème revient plusieurs fois sur le devant de la scène, en France, celui de la liberté d'expression. Je constate, du haut de ma chaire d'expatrié volontaire, que ce débat n'est qu'un des nombreux symptômes d'une France et de ses habitants en proie à un affreux doute. Le débat sur l'identité nationale en est une des manifestations, ses abstentions records à chaque élection un autre et ce vieux serpent de mère qu'est la liberté d'expression alimente régulièrement ce vieux fond de pot. Les français ont aussi cette incroyable faculté à cristalliser leurs passions sur des détails et à s'enflammer dès que l'un d'entre nous mouche de travers. L'affaire Frêche en est un exemple et le futur possible limogeage de Zemmour/Guillon, un autre. J'ai constaté aussi, qu'en France, on aime beaucoup juger les gens à l'aune des petites phrases sorties de leurs contextes. Est-ce un vieux réflexe hérité de la Révolution Française, lorsque le jury populaire fut institué ? En tout cas, une chose est certaine, celui sur la liberté d'expression est un débat qui remonte aux calendes grecques, depuis le jour où deux pays, en très peu de temps, l'inscrivirent l'une dans sa constitution et en fit son premier amendement et l'autre dans une charte des droits de l'homme. De part et d'autres de l'Atlantique, deux pays se firent le garant de la liberté d'expression et s'inscrivent historiquement, avec tout le poids de la légitimité, dans un débat continuel. Cependant, le concept de la liberté d'expression ne prit pas le même chemin en France et aux Etats-Unis. Deux tendances se sont toujours affrontées et si aux Etats-Unis, l'une s'inscrivit durablement, ce fut en France une toute autre affaire.

Deux conceptions différentes.

Nul besoin de répéter que la liberté d'expression est un de nos droits fondamentaux. Dans nos pays occidentaux, ce droit n'est guère remis en cause, il s'est inscrit dans notre ADN. Mais est-ce un droit absolu ? Poser ainsi le débat sur la liberté d'expression prend un tout autre sens.

Pour la défense de ce droit, deux camps se sont toujours opposés. Et il faut remonter à la Révolution Française pour en connaître l'origine. Les français ne se doutent pas (du moins, plus) que la rédaction des Droits de l'Homme et du Citoyen fut l'objet d'âpres débats au sein de la Constituante. Ce fut le premier travail de l'Assemblée Nationale. Les travaux commencèrent le 09 juillet 1789, le texte fut voté le 26 août mais ne fut ratifié que le 5 octobre par Louis XVI sous la pression populaire et entra en vigueur que le 3 novembre. L'un des débats les plus soutenus fut celui autour de la liberté d'expression.

D'un côté, Emmanuel-Joseph Sieyès, que les français ont certainement oublié, mais qui est l'une des figures marquantes de la Révolution Française, puisqu'il écrivit le texte fondateur « Qu'est-ce-que le Tiers Etat ? » et fut le rédacteur du serment du Jeu de Paume ; de l'autre, Marat et Robespierre qu'on ne présente plus.

Sieyès voulait que la liberté d'expression soit limitée et encadrée par la Loi ; Marat et Robespierre estimaient, au contraire, qu'elle devait être indéfinie et illimitée, rejoignant ainsi le combat de Voltaire. La motion supportée par les partisans de Sieyès l'emporta et s'inscrivit dans l'article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.

En clair, ma liberté d'expression s'arrête là où commence celle des autres.

Contrairement, aux Etats-Unis, où l'on conçoit facilement qu'on puisse laisser le Klux Klux Khan avoir pignon sur rue et en même temps, mettre le combat pour les Droits Civiques au coeur des préoccupations citoyennes, on constate que les américains sont farouchement attachés à cette liberté qui est pour eux le dernier rempart contre toutes formes de tyrannie. Dans sa préface à l'essai de Noam Chomski, De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis, Jean Bricmont expliquait parfaitement cette différence entre la position Sieyès et celle américaine, soutenue par le même Chomski.

En France, cette liberté d'expression (« ce pragmatisme libertaire et économique ») a du mal à trouver un écho. Il y a même une certaine hostilité à imaginer que l'on puisse dire tout et son contraire.

Les crispations françaises

Qu'en 2010, on puisse encore lire dans la presse, sur Internet que la liberté d'expression est en danger, démontre bien que les français ne sont pas fondamentalement à l'aise avec cette liberté d'expression, telle qu'elle a été définie depuis plus de 200 ans. Elle se manifeste par une crispation permanente des acteurs et des citoyens sur le sujet, à chaque fois qu'une personnalité est supposée avoir dit quelque chose qui heurte une sensibilité.

Malheureusement, là où Sieyès s'est quelque peu fourvoyé, c'est la propension des français à se confronter, violemment ou pas, sur tout et n'importe quoi et à donner une valeur morale à la liberté d'expression. Cette notion du bien et du mal pourrit le débat en France. A ce jeu pervers des petites phrases, brandir d'un côté la liberté d'expression et de l'autre, le Droit, permet d'évacuer à grands seaux d'eau le débat d'idées. Cette morale à la française leur interdit de concevoir le débat et l'échange des idées, dans un cadre serein.

Oui, Guillon et Zemmour ont le droit de dire ce qu'ils ont dit. Quels contre-arguments peut-on leur opposer sans que ça ne devienne une foire d'empoignes et sans que le poulailler des bien-penseurs monte sur ses ergots et agite le chiffon rouge de la Loi ?

Oui, Frêche a le droit de dire ce qu'il pense sur les Harkis, Fabius, etc. La réaction intelligente aurait été de lui opposer un débat, au lieu de crier haro sur le baudet.

Que nous soyons d'accord ou pas, nous perdons en n'écoutant pas les gens. Généralement, les tenants de la ligne Sieyès donnent rarement une réponse claire à cette question fondamentale : encadrer la liberté d'expression, interdire certains propos, soit, mais à partir de quels critères et quoi ? Quels motifs invoque-t-on ? Au regard ce qui se passe en France, ces derniers temps, ce serait la nocivité du discours et le caractère odieux des propos ? Jean Bricmont et Noam Chomski apportent des réponses des plus éclairantes à ces questions. Il est temps de les lire et les relire.

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By Ulrich Stakov

Note de Belam : Ulrich Stakov est mon râleur préféré sur twitter, intransigeant avec la musique et, à mon sens, un de ceux qui écrivent le mieux. C'est aussi un des dinosaures de la blog zic :). Il sévit sur "l'individu incertain", lien sur son nom.

 

 

Commentaires
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Belam 29-03-2010 11:40:49

Je vais répéter mon commentaire posté chez toi. Je comprends parfaitement ton point de vue. ceci étant, je suis de ceux qui opposent la loi à la liberté d'expression.
On ne peut pas d'un coté voter une loi qui stipule que le racisme n'est pas une opinion mais un délit et ne mettre aucune limites à la liberté d'expression. ou alors, il faut revenir en arrière.

Je comprends aussi qu'on préfére toujours le débat. Mais pr ce que j'en ai vu, le "sectaire" ne change jamais d'avis. Alors à quoi bon ?
Spleen sans idéal 29-03-2010 14:02:45

Parce que le but n'est pas de faire changer le sectaire. Mais d'ouvrir les yeux à la large mouvance des indécis. Discute avec un raciste 1h , et tu verras qu'il n'y a pas un seul de ses arguments qui tient la route, si on prends des contextes historiques . Au bout d'un moment, il va juste te traiter de bobo et se barrer. C'est ainsi fait . Le truc, c'est que si tu prends la majorité des francais, ce qu'ils savnt, ce sont des bruits de couloirs. Donc ils acceptent et arrivent à gober n'importe quoi. Je l'ai deja dit, je suis pour laisser les racistes et les cons parler et débattre. Parce que leur donner la parole est la meilleure façon de leur faire la boucler
Belam 29-03-2010 17:04:53

Ouais. je demande à voir. Moi, j'ai plus l'impression que c'est comme une marée noire. Ca se répand, ca se répand partout....
Spleen sans idéal 29-03-2010 18:08:14

Ca s'est toujours répandu.
Le racisme est sans doute le truc le plus facile à diffuser. Dire que tous les problemes viennent des autres, ca facilite tellement de choses. A croire qu'un pays ou il n'y aucune immigration serait un veritable Walhalla
Je demande à voir perso.
Le truc, c'est que ce sont des idées qui sont facilement diffusables. Mais facilement explosables, ce par divers moyens. Mais pour ça, faut discuter. Leur coller un procès à chaque fois qu'ils disent des conneries, ca ne sert à rien. On se tape juste des commentaires de " la droite décomplexée " qui dit que ne pas être raciste, c'est être un bobo bien pensant qui suit le mouvement.
Tant qu'on ne leur fera pas rentrer leurs arguments dans les gencives, ils continueront.
Belam 29-03-2010 18:46:28

oui. Sauf que pendant quelques années on a eu droit à une paix royale à ce sujet. Ou quasi. Et effectivement la droite décomplexée a rouvert la boite de pandore

Moi j'aimais bien qu'elle soit fermée

En plus sincerement ils s'en branlent de nos arguments. Ce qu'ils veulent c'est tout de suite un signe fort de changement. Genre demain on vire tout le monde.
et O surprise
ca changera rien !
Spleen sans idéal 29-03-2010 22:01:21

Le problème, c'est que tu veux quelque chose qui n'existe pas. C'est impossible de faire disparaitre le racisme. La notion de groupe induit automatiquement la notion de rejet. C'est comme ca. Le seul truc qu'on peut faire, c'est éduquer. Et pour ca, il faut pointer du doigt les choses correctement.
Le racisme, en tant que chose interdite, pour certains milieux ( deficients en point de qi, faut quand meme le dire ) , être raciste, c'est cool. Jouer au ptit nazi, se regrouper dans des caves pour boire des bieres et se faire des films , entre 12 et 26ans, c'est le pied ( si si comme les jeunes de banlieues stigmatisés ^^ )
plus tard, on viellit en croyant ces conneries. Et c'est juste parce que personne ne leur cloue le bec. Et tant qu'on ne leur collera pas la honte régulierement, ils continueront. Le Klu Klux Klan a arreté d'être un objet de mythe quand il s'est affiché au grand jour. Il y a eu des débats où on leur a collé la honte, et au final, tout cki reste ,c'est le terreau de base, des rednecks hargneux. Et ca serait la meme chose si on ouvrait le dialogue. Generalement, quand tu discutes avec de vrais racistes, ils la bouclent assez vite. Moi, j'évite, je sais pas y aller doucement, donc au final, ca part au clash ( oui, je suis noir et je fréquente des racistes; Je suis même sorti avec 2 ....... Pas de commentaires)
Franchement, je suis pour la liberté d'expression totale
Belam 29-03-2010 23:56:04

moi, je veux bien. Mais bon la derniere fois que ca c'est vraiment installé, ça s'est mal terminé

J'en sais rien, ca me fait peur, moi, tous ces cretins qui ont le bouc émissaire facile.

Une bonne lobotomie ?

Je comprends ton propos et j'y réfléchis. Je suis plutot du genre terroriste intellectuel à ce niveau. Une fois dans un métro deux mecs, vaguement clochardisés tenaient des propos racistes à voix haute. Mais haute, hein? ! De tout dans la voiture, des maghrébins, des noirs, des asiats, des blancs. Personne mouftait. Bon, ben ca n'a pas loupé, je leur ai gueulé dessus. Mais vraiment. Personne ne bougeait non plus. Ils ont fini par descendre et je les ai poursuivi sur le quai en braillant.

Je ne suis pas sure que c'était été tres constructif.

Mais tout ce que je sais, c'est que la prochaine fois, ils se poseraient la question de savoir s'ils allaient tomber sur une guedin dans mon genre. Et preferaient éventuellement la fermer et dire leurs saloperies en se cachant.

Ca m'allait assez bien comme issue...
Spleen sans idéal 30-03-2010 02:18:57

lol
marrant.
Mais est ce que tu crois que ca a changé quelque chose ?
Ils se cachent, ils la ferment, ils se regroupent. C'est comme ca qu'on crée des partis radicaux d'extreme droite.
pour les noirs et les arabes qui se taisent. Bah, c'est qu'on est habitué , hein
passe un mois à voir les gens te devisager et à rapprocher leurs sacs quand ils te voient , et tu vas voir que tu vas te blaser vitesse grand v
Belam 30-03-2010 08:45:32

Probablement. Je ne sais pas quelle est la meilleure attitude à adopter.

Faudrait peut etre faire un "loft" experimental", enfin 2.

D'un coté ta méthode, de l'autre la mienne

Quant aux partis radicaux d'extreme droite, c'est bien parce qu'il y a des lois qu'ils ne franchissent pas certaines limites.

Et puis, tiens, une question. Reporte le probleme en Allemagne. T'en penserais quoi de la liberté d'expression totalement libre ? A un moment donné, je pense que ca ferait bizarre, non ?

Je ne veux pas dire que ca n'existe pas. Ca existe. Sauf que c'est super encadré qu'ils sont sous haute surveillance et qu'à priori ca marche.
Spleen sans idéal 30-03-2010 10:14:59

A cause des nazis ?
Des groupes nazis, y en a à foison.
Des allemands fiers de cette periode , y en a foison ( encore que je suis pas sur qu'il y en ait plus que dans d'autres pays. Je fais parti de ces gens bizarres qui sont persuadés que les états unis n'auraient jamais bougé sans Pearl Harbour)
Maintenant, est ce qu'ils se mettraient à en parler ? Nein. Parce que l'Allemagne vit actuellement du commerce et qu'ils n'ont pas envie de se griller auprès du reste du monde. Tout simplement. Ils ont une croix assez lourde à porter vis à vis de l'opinion mondiale. Mais Mein Kampf se vends toujours aussi bien, tkt pas.
Pour le loft experimental, je suis op. Veux bien qu'on y place mon ex, un moment, d'ailleurs ^^
Quand aux franchissements des lois, je suis pour la liberté d'expression. Uniquement la liberté d'expression. Les poursuites pour diffamation, ca existe aussi, aux USA.
Belam 30-03-2010 11:14:40

ha voilà, ca c'est interessant (le reste aussi, hein?).

Qu'est ce qui peut entraver le 1er amendement aux etats unis ?
a quel moment la loi met des limites si elle en met ?
des exemples ?
Kowalski 29-03-2010 11:58:52

Bon article Ulrich ... Très interessant !

Aux États-Unis, c'est le Premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d'expression :

"Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances"

Ca vous parle peut-être pas trop parce que c'est plein de mots que vous ne comprenez pas mais ce que ça veut dire c'est qu'aux USA, les humoristes, les caricaturistes, les propos et les sites d'opinions extrêmes ne peuvent être interdits. À chacun ensuite de se faire librement son opinion.

En France, c'est pas tout à fait pareil... La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 indique que "La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi"

Et oui, la différence n'est pas anodine... La notion d'abus de droit, est quand même sérieusement balisée dans notre chez-nous!

Du coup, on peut se permettre d'attaquer un journaliste ou un humoriste au nom du droit français en plaidant par exemple que les propos sont racistes et donc punissable par la loi...

Comme Besson n'est pas un idiot (ce dont je doute un peu), il doit être heureux d'être français et de pouvoir invoquer la loi pour faire taire Guillon.

Mais comme Besson n'est pas un con (ce dont je doute fort) il devrait quand même se rappeler que la population prend rarement le partie de ses politiques au détriment de ses humoristes... Tradition française oblige : on adore se moquer des politiques
sand 30-03-2010 08:37:57

Je crois que c'est un truc très franco-français, ... Chez nous, ca me parait pas autant un problème.
Enfin du moins on en parle bcp moins.
Vu de l'exterieur, je ne trouve pas normal que Guillon doive présenter des excuses, et les dérapages de Frêche ne sont pas excusables dans un sens strictement humaniste, pour quelqu'un qui croit profondement à la tolérance, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut le museler.
Ce n'est pas parce que tu renfermes un truc dans une boite avec un gros cadenas qu'il n'existe plus.
C'est plutôt en mettant en lumière les monstres que tu les vois pour de bon.
Exemple con:
Le monstroplante a peur du noir en ce moment. Et des monstres qui s'y cachent. Donc patiemment on fait le tour de sa chambre, et je lui explique que c'est l'ombre du portemanteau, ou sa peluche ...
Bon je pourrai lui dire "ta gueule dors, j'ai autre chose à foutre", mais je le fais pas.
De un, je suis polie.
De deux, je pense qu'on lutte contre les monstres avec la pédagogie.
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Auteur de cette article : Ulrich

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