J'aime pas les touristes. J'aime pas faire visiter ma ville. J'aime pas voir leurs airs béats quand ils découvrent des choses que je connais depuis des années et que j'ai fini par détester. Mais j'aime encore moins les touristes qui me surprennent à tourister honteusement. Je touriste, tu touristes, il touriste, nous touristons, vous touristez, ils touristent. Le pire, c'est de tomber sur des français alors que t'es en vacances à l'étranger. Tu te dis que jamais tu réussiras à les fuir, que ces connards seront toujours quelque part à t'attendre pour te sauter dessus dès qu'ils auront reconnu ta langue. Laissez-moi voyagez en paix. Je veux une ville avec des autochtones, pas un terminal d'aéroport. Je veux du pittoresque, pas du made in China.
Aujourd'hui on consomme du tourisme comme on consommerait un hamburger. Sauf qu'au lieu de s'appeler fast-food, ça s'appellerait fast-tourism. On met des mecs dans un bus, on leur fait faire le tour d'une ville, on s'arrête afin qu'ils aient le loisir de prendre en photos des trucs dont ils ne retiendront pas les noms. Et on enchaîne avec d'autres cons. Visiter Paris en une journée, se prendre en photo devant ce qu'on s'imagine être des symboles, et mettre trois plombes à choisir une mini-tour Eiffel en plastique parce qu'il faut absolument ramener une preuve du voyage. Être toujours content, ouvrir grand la bouche, adorer tout ce qu'on voit. Et surtout, surtout, peaufiner son bronzage. Il y a quelques années j'ai fait une croisière en Croatie sur un bateau aussi vieux que les gens qui étaient dedans. Pas le temps de s'attacher, hop on visite une église, hop on mate l'architecture des baraques, hop on prend des photos, hop on a deux heures pour glandouiller. Quand on m'a demandé comment s'était passé mon voyage, y'avait pas grand-chose à dire à part « la mer, les vieux, les églises ». Finalement, aucune ville ne se distinguait, les églises avaient toutes les mêmes tronches d'églises, les vieux les mêmes gueules de vieux, la bouffe le même goût de bouffe.
J'ai beau critiquer, moi aussi je suis dans la catégorie du touriste chiant. Moi aussi je prends des monuments en photo. Moi aussi je cherche l'exotisme et le contact avec les gens. Secrètement, j'espère voyager dans le temps. Le dur retour à la réalité, c'est quand je vois que les péquenots du coin ont la même montre que moi. Un touriste, c'est un touriste. On est tous des touristes. On est tous cons. On idéalise nos voyages comme on idéalise l'intelligence de nos gosses. Quand on revient on pense que c'était mieux là-bas et on regarde nos 874 photos avec nostalgie. Et puis avec le temps on se dit que c'est plutôt ridicule de mater les clichés de mamie qui pose devant une statue, entre deux paysages et le gros plan d'une mouette. Alors on se dit qu'avoir dépensé son treizième mois pour voir des trucs qu'on aurait pu voir chez nous, c'était pas si nécessaire. Que la prochaine fois, ce sera mieux, on visitera l'arrière-pays; on visitera audacieux, on visitera vrai. Qu'on fuira l'effervescence de la foule, ébahie par la belle façade qu'on ne cherche qu'à nous montrer. Qu'on n'a pas besoin de photos et que les souvenirs, c'est dans la tête. Mais ce qu'on sait, c'est qu'on ne le fera pas.
[Notes de Zan' :
Ne dit-on pas "Le meilleur moment des vacances c'est quand on rentre chez soi" ?
Les gens voyageaient. Maintenant ils touristent.
On a fait croire au prolétaire qu'il pouvait lui aussi accéder aux voyages. Aux découvertes. A la culture. A l'éducation. A la nourriture quand on veut.
Nous en sommes arrivés au fast-tourism. A la mal-bouffe... Pas besoin de poursuivre les comparaisons, vous m'aurez compris.]
Angelixir
Photo trouvée ici (ça existe en vrai).
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...