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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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H.(I).P -H.(O).P

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Aujourd'hui je suis en colère. A l'heure où vous lirez, ce sera surement un peu retombé, quoique... Aujourd'hui, tout ce que je redoutais, tout ce que je ne voulais pas, surtout pour lui, s'est passé. Quelque chose qui m'échappe, que je ne maitrîse pas. Quelque chose que j'ai connu de trop près que pour y être insensible. Quelque chose qui me retourne, parce que ce n'est pas seulement à mon petit garçon qu'on brise le coeur, c'est moi qui revit toutes ces choses que je voulais enfouies.

J'ai toujours été à part. Je me sentais différente. Pas seulement à cause de ma famille atypique, mais sans pouvoir le définir, je sentais bien que quelque chose en moi clochait. Comme si un bouton avait été mal réglé, une dissonnance de fréquence. Dans la cour de l'école, déjà toute petite au mieux on me tolérait, au pire... Au pire et bien vous savez comment sont les gosses. Les gosses et moi on avait du mal. Heureusement il y avait les livres. Lire. Lire plus que tout, partout, tout le temps. Lire pour oublier qu'à moi on ne parlait pas. Lire parce que c'était ma seule réponse, mon bouclier. Que fait Sandrine? Elle lit. Elle lit sans discontinuer, en marchant, en mangeant, en classe, surtout en classe. Pourtant elle a les meilleures notes de sa classe, mais jamais on ne la voit étudier, travailler. Elle remplit ses devoirs comme les formalités d'un départ en vacances, puis elle s'évade dans les livres.

J'étais impopulaire. Sans en savoir les raisons. Je faisais peur, je crois. Comme je l'ai compris plus tard, mes facilités ne pouvaient être que louches. On me soupçonnait d'être méprisante, hautaine, alors que j'étais seulement lunaire et timide. Je n'avais pas les mêmes centres d'intérêt que mes condisciples. Ce n'était pas seulement les gosses. Les parents aussi me voyaient d'un mauvais oeil. La "chouchou" du prof disaient ils.

Et puis un jour, tout a basculé. Quelqu'un, une gentille dame m'a mis des tas de fiches devant le nez, des genres d'exercices pas amusants mais elle avait l'air d'y tenir. Alors j'ai fait ce qu'on me demandait.

Pendant quelques jours, j'ai eu une paix royale. Jusqu'à ce bureau, ma mère genoux bien serrés, et des mots définitifs qui tombent. Des chiffres. Hauts. Vraiment hauts. Qui font tomber ma mère des nues. Des mots. Une définition. En ce temps là, on utilisait un autre terme. Maintenant, on parle par ellipse polie, d'enfant HP.

HP. Ironique non? L'enfant à Haut Potentiel a les mêmes initiales que Hopital Psy. L'enfant HP, c'est un enfant comme les autres, sauf que son cerveau a la capacité d'aquérir et d'emmagasinner des savoirs plus vite et plus facilement que les autres. Il n'est pas forcément beaucoup plus malin, c'est une histoire de trafic plus fluide en fait. Il a naturellement moins d'obstacles à la compréhension des choses, donc applique plus rapidement des solutions.
Etre un enfant HP, ça a l'air assez cool en fait, vu de loin. Réussir sans quasi bosser, en comptant que la bécane fasse son travail, et puis marre. Sauf que ce n'est pas toujours idyllique.
Quand on t'explique à neuf ans que tu pourrais sauter deux classes, tu as le réflexe humain mais très con de te sentir surpuissant. Deux secondes. Parce qu'au fait, ton cerveau fonctionne peut etre à mille, mais tu restes une gosse de neuf ans. Probablement encore moins mûre sur le plan affectif qu'un autre gosse de neuf ans.
Parce que ce n'est pas tout de lire Flaubert, tu peux aussi rester dans ton coin à bouder parce que tu n'as pas vu le club Dorothée.

Etre un enfant HP, c'est être dans un perpétuel décalage, un peu comme si on collait le moteur d'une Ferrari dans une deux chevaux. Faut attendre. Attendre de pouvoir changer de carosserie, que tout ça colle mieux ensemble. Attendre. En transit. Voilà comment j'ai passé une grande partie de mon enfance. En transit.

Ce n'est pas si marrant d'être différent. Ce n'est pas amusant d'entendre le professeur vous dire "non, toi ne réponds plus, on sait que tu sais". C'est une forme de pression insupportable aussi. Parce que quand les gens "savent", ils deviennent curieux, malsains, cruels. Parce qu'ils sont attentifs à la moins bonne note, au faux pas.
L'étiquette HP empêche tout pas de côté. On ne m'a pas fait sauter de classer. Enfin, juste une.

Je lisais. Lire lire lire. Je voulais de toutes mes forces penser moins vite. J'aurai échangé mon cerveau contre n'importe quelle enveloppe corporelle. Quelquefois la nuit, je me revais en fille du coiffeur. Cindy, belle comme le jour, conne à en liquider des lapins nains. Cindy, avec son prénom débile, mais ses tous pleins d'amis. Cindy et ses fêtes d'anniversaire. Cindy qui m'a invitée une fois, probablement par inadvertance. Cindy à la fête de laquelle je me sentais autant à ma place qu'un bulot dépressif dans la pampa.

Pourquoi je te parle autant de moi? Parce que je suis une connasse imbue? Que la jadis enfant HP "que personne ne pouvait saquer" s'est transformée en une fille pleine de "charisme" (sic)? Oui, mais pas seulement.

Aussi et surtout parce que le monstroplante, la chair de ma chair, est lui aussi un enfant HP. Le genre de gosse qui apprend tout seul à lire et écrire à à peine 4 ans. Le genre de gosse dont le cerveau fonctionne si vite qu'il a du mal à le maitriser. Le genre de gosse qui va devoir apprendre à maitriser très vite une bécane trop grande pour lui. Le genre de gosses que les instits adorent. Et les enfants aussi, dieu merci. Le fait qu'il soit très drôle (je sais pas d'où ça lui vient) et qu'il mette une bonne tête à tout le monde y est peut être pour quelque chose (élévé en plein air et sous la mère onze mois, et après on s'étonne qu'il soit si grand...).

Tout semblait donc rouler. Sauf que. En général, quand la vie est bien faite, un gosse ça a des parents. Et que s'être reproduits n'est pas une garantie d'intelligence, crois moi.

Depuis quand tu deviens moins con parce que t'es parent hein ? Quand ? Quand t'es con tu restes con. La permanence du con quoi. Je dirai même que chez certains mettre en branle l'appareil reproductif a du griller quelques neurones au passage.
Et qu'y a-t-il de pire qu'un con? Un con jaloux? Gagné.
C'est comme ça que j'apprends, par le plus grand des hasards, que TOUTE la classe du monstre est invitée à une fête d'anniversaire. TOUTE LA CLASSE. Sauf le mien. Sans explication officielle autre que "il n'y avait plus de place". Mon petit mec qui avec de grosses larmes dans les yeux m'explique que le papa et la maman de X. ne veulent pas qu'ils soient copains.

Alors moi, ça me fout en rogne. Que les gens soient cons et obtus, ça je le savais déjà. Mais déposséder des mômes de 4 ans de leurs rires à venir, ça me dépasse.
Je suis en colère, parce que la vie est déjà assez merdique, pour qu'on ne vienne pas se mêler de jeter des bâtons dans les roues des gosses.

Et aux parents du petit X. si par le plus grand des hasards ils me lisaient, j'ai envie de dire:

N'ayez pas peur, l'intelligence ce n'est PAS contagieux.

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By Sand

Commentaires
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Zan 01-07-2010 01:13:06

et je suis en colère avec toi, sand. ça me gonfle le cœur, cette injustice toute adulte... >
Belam 01-07-2010 08:29:58

heu...

mais ce sont des BT ?

(basse tension )

Je sais pas quoi te dire. Juste que c'est con et dégueulasse. Mais que c'est ça aussi, le genre humain.

Ton fils vient d'apprendre l'intolérance. 4 ans, c'est un peu jeune. Maintenant, ça serait arrivé un jour ou l'autre. Alors gère. Personne n'est mort, personne n'est malade.

On se relève et on passe à autre chose. Tu peux rien faire, c'est de la vie privée, les gens font ce qu'ils veulent.

A tout probleme, il y a une solution et quand ya pas de solution, ya pas de probleme. Ne pas aller à cette fête d'anniversaire n'est pas un probleme parce que c'est aller fêter l'intolérance.

Aucun interêt. Mettez ça dans un placard section mauvais souvenirs, fermez la porte. Et crée un autre souvenir pour cette journée...
Manu 01-07-2010 11:54:14

La connerie et la méchanceté sont des données universelles. Ce qui ne tue pas rend plus fort, explique à ton môme en toute franchise que les parents de son copain ne méritent pas qu'il aille chez eux, et ton bonhomme, s'il doit devenir ami avec lui, le deviendra.
C'est vrai que ça fout en rogne, je n'imagine même pas ma réaction - je suis assez agressif quand il s'agit de ma progéniture -
Allez, il s'en remettra vite.
  Fred Bird 01-07-2010 15:37:10

Ça me parle vachement, ce coté "immature malgré tout"...

(et la rage envers les "ami(e)s" de son enfant, aussi)
  Mme Maman 01-07-2010 15:53:55

Ouhlalala ça me touche beaucoup. Pauvre petit bonhomme !!
cwicwi 01-07-2010 16:09:09

la connerie humaine est sans limite, pauvres enfants victimes de ces parents idiots...
bon courage, les larmes de ton petit bonhomme vont vite sécher (plus rapidement que ta rancoeur sûrement ;-))
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