S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Elle nous avait invités à déjeuner le dimanche.
Je me réjouissais à l'idée de ne pas devoir cuisiner et simplement glisser les pieds sous la table. L'expression de mon Yang sans doute qui résonne à midi dans nombre de foyers "alors, quand est-ce qu'on mange ?"
Nous arrivons chez notre hôte, l'appétit bien aiguisé et je suis prête à en découdre avec mon assiette quoiqu'elle ait à m'offrir. La table est déjà dressée comme une invitation à nous attabler. Notre hôte, du genre féminin, préside comme il se doit. Devant nous, une salade composée, simple mais appétissante. Sur la table, qui décore l'autre extrémité, un panier de fruits du marché, de ceux qu'on croirait tout juste cueillis au jardin.
Elle trône, l'air satisfait de celle qui se félicite de ce qu'elle a accompli. Je me dis qu'elle est heureuse de nous recevoir et que la luminosité de son visage vient certainement du plaisir qu'elle ressent déjà à nous offrir. Alors que je plante ma fourchette gourmande dans la figue juteuse qui décore la salade, la voilà qui entame la conversation sur la cherté de la vie "Ah, mais c'est incroyable le prix des fruits au marché ! Vous ne devinerez jamais le prix des figues." En effet, je ne tiens pas à le deviner et prétends ne pas répondre en hochant de la tête et en mâchant de plus belle. Mais elle entend bien faire valoir le met de choix que je suis en train de déguster. Elle enchaîne "non, vraiment le croirez-vous 15 € le kilo, il faut être fou !" Par politesse, il va bien falloir m'étonner puis avec elle m'indigner. Je déglutis la bouchée de figue entendant dans mon estomac le prix des ducats qui tintinnabulent. "Il est l'or, mon signor..." me murmure Blaze.
Aussi, après une exclamation indignée juste ce qu'il faut par feinte solidarité, j'essaie de détourner la conversation vers des sujets qui ne provoqueront pas mon indigestion. Mais non, il faut qu'elle continue sur sa lancée de ménagère révoltée. "Ah, mais savez-vous que ce mesclun est vendu 20 € le kilo, non vraiment ils abusent vous ne trouvez pas ?" La roquette que je trouvais savoureuse un instant avant devient sur la langue particulièrement amère. De nouveau, je tente une esquive mais elle continue, véhémente "et regardez un peu, là, dans le panier, ces pêches de vigne. Oh, vous allez voir, elles sont succulentes mais franchement à 8 € le kilo !"
Toutes nos tentatives de détournement font chou blanc, et heureusement qu'il n'y en a pas au repas sinon je pourrais vous dire aussi son prix au kilo. Chaque fourchetée me coûte comme à elle, au propre comme au figuré. J'avale, résignée, en priant que mon assiette sera bientôt vide pour ne plus entendre la litanie du prix des ingrédients.
Je fulmine à l'intérieur et même si j'aime cette femme, oui je l'aime sincèrement, son rapport à l'argent me met mal à l'aise et me dérange. D'autant que je connais le niveau de ses revenus et à ce niveau là, je vous assure, c'est en quintal qu'elle pourrait se fournir. Et puis, n'y a-t-il pas un manque de savoir-vivre de faire connaître à ses convives le prix de ce qu'ils boivent ou mangent ? Je ne la crois pas pingre alors pourquoi nous énumérer par le menu les sommes que nous mangeons ? De savoureuse, la salade me devient douloureuse comme celle que nous présente le maître d'hôtel à la fin du repas. Mon estomac est alourdi maintenant des euros que je digère. Comme un poids sur l'estomac !
Et alors qu'elle continue à nous parler du prix de la vie en général et ne nous épargne rien, du plombier aux produits ménagers, je m'interroge sur le rapport que chacun de nous a à l'argent. Si on en possède suffisamment pour se payer l'indispensable et même le superflu, pourquoi attacher tant d'importance au prix des choses ? Quand le budget est serré, je peux comprendre qu'il faille faire son marché une calculette à la main, mais ici ce n'est pas son cas. Et, si je conçois qu'on veuille offrir à ses invités le meilleur, quelque soit son budget et ce qu'il en coûte à chacun de dépenser, est-il nécessaire de le faire savoir ? Ou serait-ce une façon maladroite de faire connaître aux commensaux à quel point on les estime par une malhabile corrélation entre le prix des mets et leur présence autour de la table ?
Si c'est le prix que je dois payer pour sa générosité, je préfère de loin une invitation à la bonne franquette où je mangerais des rillettes Bordeaux-Chesnel (ah, ben si, quand même) sur une tranche de pain ! Pour moi, l'élégance d'une invitation réside aussi dans la discrétion dont on use en offrant le meilleur mais sans le claironner.
Et l'argent et vous, ça donne quoi ?
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...