Le plan cul...
Vendredi, 04 Mars 2011 00:00
Marievh
...Ce concept foireux
La Saint-Valentin étant passée depuis longtemps et la journée de la Femme n'étant que la semaine prochaine, je me suis demandé sur quoi j'allais bien pouvoir pousser un coup de gueule. C'est vrai, quoi, y'a quand même un solide vide entre le 14 février et le 8 mars. C'est pas humain, quand on y pense, de nous laisser comme ça si longtemps sans possibilité de se prendre la tête sur un concept qu'on trouve débile.

Alors, j'ai cherché. Ooooh pas longtemps. Juste un tout petit peu. Mais vraiment très peu. Car, en fait, il suffit d'écouter les gens de ma génération, lire des blogs ou, même, parfois, des magazines, pour trouver le nouveau concept qui fait fureur, j'ai nommé : le Plan Cul.
Et sa variation sur le même thème : le Plan Cul Régulier/Récurrent.
Une vraie révolution dans notre vie sexuelle. Un concept franc, novateur, qui change, si pas la face du monde, la face des relations humaines et sexuelles de mes contemporains (et la mienne, évidemment). Une avancée certaine dans le domaine.
Bande de cons.
Dois-je rappeler à tout le monde que, qu'on soit né dans les années 60 comme dans les années 70 ou 80, la révolution sexuelle, ce n'est pas nous qui l'avons faite ?
Qu'à l'époque, on était, au mieux, un joli bébé rose gazouillant dans une barboteuse orange à rayures vertes, au pire, un spermatozoïde qui sentait son flagelle s'affoler rien qu'à l'idée de rencontrer l'ovule de ses rêves ?
Doit-on rappeler que, depuis la nuit des temps, des gens se rencontrent et ont des relations sexuelles d'un soir, voire plusieurs soirs ?
Oui mais non. Nous, on a des plans culs.
C'est pas pareil.
On est des génies du concept.
On réinvente la roue.
On est fabuleux.
Alors, ok, d'accord pour réinventer un concept qui marche, qui roule même (on ne me remercie pas pour le jeux de mot foireux, c'est cadeau), mais alors, on pourrait quand même un chouïa l'améliorer. Tant qu'à faire.
Mais non, même pas. Nous, on le codifie.
Bande de cons.
Encore un peu, on va le légiférer, tiens. On appelera ça "La loi PQ" et on sera fiers comme Artaban.
On établit les "10 points pour bien gérer un plan Q".
On érige en règle absolue la sentence "Bien réussir son plan Q".
On se demande "Comment vivre au mieux son PQR" (récurrent/régulier pour rappel).
On s'empresse d'en parler de manière décomplexée à ses copines, ses potes, ses collègues et à sa mère, tiens. Même à sa mère.
Et on en arrive à lire (et à dire) des choses comme ceci :
Pour réussir son plan cul, il ne faut surtout pas tomber amoureux(se) !
...
Heuuuu, dis, tu t'es vu quand t'as bu ?
"Ne surtout pas tomber amoureux(se)"
T'en as d'autres des phrases à la con de ce genre ?
Non, mais, soyons sérieux deux secondes, là, laissons tomber les faux semblants, les peurs de passer pour des pauvres taches et tous nos autres petits problèmes d'égo... Tu choisis quand tu tombes amoureux(se), toi ???
Moi pas.
Alors, clair, on ne tombe pas amoureux toutes les deux semaines, ni de toutes les personnes avec lesquelless on couche mais, quand même, qu'on arrête de se la jouer "pro du porno" en se disant que c'est "que pour le cul et rien que le cul, t'inquiètes, y'a AUCUN sentiment".
Soyons honnête 3 secondes 2 centièmes et avouons-nous un truc : oui, il y a du/des sentiment(s). Et même parfois beaucoup.
Pas le gros flash, pas le mec/la nana avec qui on fera nos 5 futurs mômes, pas le truc qui vous bouleverse toute une vie et vous empêche de dormir, de manger, respirer. Non. Pas ça.
Mais de la tendresse, des fou-rire, de la complicité, des confidences, de la chaleur, du plaisir. Oui, tout ça. Par semi-remorques entiers.
Mais non, il n'y a pas de sentiment. Non, non. Nous, on n'est pas nos vieux, on gère ça mieux, on est les rois du truc bien réglé, on ne se fait pas pigonner, on n'est pas cons, hé.
Ben, vous savez quoi ? Nos parents aussi, ils avaient des plans culs. Plein. Et nos grands-parents itou, tiens, si ça tombe. Et plein de gens avant eux.
Mais eux, ils ne disaient pas "Plan Q".
Certains disaient même "j'ai une aventure".
Une aventure...
Humaine, l'aventure. Sexuelle, aussi.
Une nuit, 10 nuits, une vie.
Toutes, des aventures.
Et non, pas juste un acte réduit à sa plus simple expression, froid, systématique, calculé. Eux, ils ne se mentaient pas. Ils ne se la jouaient pas.
Ils n'étaient pas une bande de cons.
Alors, après cette réinvention de la roue, et dans l'attente que mes contemporains nous réinventent le concept de l'attache-remorque, je me dis que, là, je vais tranquillou continuer à vivre ce que je dois vivre, sans le codifier, l'identifier, le conceptualiser, le réglementer.
Juste le vivre.
Pour pas mourir con.

By Marievh
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