S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Alors, c'est quoi #Botzaris36 ? Un sac de nœud ? Oui, sans aucun doute. Des gens au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais pourquoi s'enflammer pour cette cause plutôt qu'une autre ? Après tout, des tas de migrants sont livrés à eux-mêmes en France comme on me le faisait très délicatement remarquer sur Twitter...
#Botzaris36 ce sont des Tunisiens qui ont fui leur pays, sont passés par l'Italie et arrivés en France avec l'espoir d'une vie meilleure. Jusque-là, rien de bien nouveau.
#Botzaris36, c'est l'humanitaire en panne face aux manœuvres politiques du passé. #Botzaris36 c'est un imbroglio où aucun, j'ai bien dit aucun parti politique ne se mouille, aucune association n'est vraiment impliquée (Mise à part Emmaus et une association d'aide aux tunisiens). Et c'est peut-être là, la nouveauté.
#Botzaris36, c'est un lieu dont on ne sait pas grand chose, à part qu'il a bénéficié d'un salutaire statut diplomatique il y a peu. C'était un lieu qui concernait les Tunisiens, moitié associatif, moitié succursale de l'ambassade, on ne sait pas trop, « un "centre culturel" qui hébergeait la section française du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de l'ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. (...)L'affaire a été jugée suffisamment sensible à Tunis pour que le gouvernement transitoire décide de dépêcher dans notre capitale, mercredi 15 juin, son ministre de l'Intérieur M. Habib Essid. Précisément la veille du jour de l'expulsion des squatteurs tunisiens du #Botzaris 36 par les CRS. Coïncidence évidemment. Le vendredi 17, le bâtiment a été annexé par l'ambassade de Tunisie en France ce qui fait du lieu un morceau de territoire tunisien en France. Or le même jour, un juge d'instruction avait prévu, selon Marianne2, de perquisitionner le bâtiment dans le cadre d'une information judiciaire ouverte contre X suite à la plainte déposée, deux jours plus tôt, par les associations Sherpa et Transparence International. Le 36 rue Botzaris apparaît comme un lieu sensible qui pourrait révéler les activités secrètes des réseaux Ben Ali en France. » (Lire absolument le papier d'Electron libre ici )
#Botzaris36, ce sont donc des papiers, des dossiers, des documents compromettants. Qui les a récupérés ? Personne ne sait vraiment. Pour en faire quoi ? Personne ne sait vraiment. Et personnellement, j'avoue que ce n'est pas ma préoccupation première.
#Botzaris36 n'est qu'une longue série de questions sans réponses. Et j'imagine que c'est aussi pour cette raison que cela interpelle autant.
Au milieu de ces interrogations, des êtres humains. Des mineurs entre 15 et 17 ans. Des jeunes adultes. Quelques adultes. Des Tunisiens à qui on a signalé cet endroit, le fameux 36 rue Botzaris.
Première remarque : Je me demande pour quelles raisons ce lieu a été indiqué comme refuge. Au choix, ou ceux qui l'ont fait étaient inconscients et n'ont pas réfléchi aux conséquences sur les migrants -il était évident que le bâtiment était relativement touchy. Ou ils savaient parfaitement ce qu'ils faisaient.
La conséquence est la même, des Tunisiens coincés dans une histoire qui les dépasse.
Ils ont débarqué dans ce lieu, et se sont fait foutre à la porte. Comme ceux qui les aident les ont repéré à cette adresse, ils restent dans le périmètre. Ils ne savent pas où aller et que faire. 2/3 ou la moitié, selon les sources, souhaitent rentrer chez eux. La plupart se sont endettés pour venir. Ils doivent de l'argent en Tunisie. Aucune association ne s'implique longtemps. Où sont passés France Terre d'Asile, Amnesty International, Cimade, Ligue des droits de l'Homme, Croix Rouge, Médecins du Monde, Secours catholique ? (Si vous pouvez cliquer après question d'interpeller...)
Rien n'est cohérent dans cette histoire. Le gouvernement qui se félicite de sa politique envers les sans-papiers (que je ne cautionne pas, non pas parce que je suis pour la régularisation massive des sans-papiers -ce n'est pas le cas- mais parce que j'estime qu'on ne fait pas du chiffre avec de l'humain, que chaque histoire mérite attention, chaque dossier doit être traité avec soin et qu'il faut pouvoir garantir un avenir vivable en France - exception faite d'une immigration de protection : pays en guerre, catastrophes naturelles et dictatures qui là doit être offerte sans conditions) le gouvernement donc a adopté une curieuse attitude. Ces Tunisiens ont été embarqués plusieurs fois en garde à vue, et ils sont de fait sans papiers (Enfin ce me semble). La logique voudrait qu'on les conduise en centre de rétention. (Ce n'est pas ce que je souhaite, soyons clair) Même on pourrait dire que ça en arrangerait certains, les mêmes qui souhaitent rentrer chez eux éventuellement.
Ben non.
Si j'ai bien suivi les méthodes du gouvernement, il y a même des primes pour le retour au pays. Selon les personnes rencontrées sur place à #Botzaris36, oui bien sûr. Sauf quand c'est la Tunisie.
Pourquoi ? Personne ne sait.
Mais le gouvernement n'est pas le seul à adopter une attitude pour le moins étrange. La Tunisie également. Selon les mêmes personnes, ce qui bloquerait, c'est le fait que le gouvernement provisoire tunisien ne délivrerait pas les laissez-passer nécessaires pour une reconduite à la frontière. De fait la France serait coincée.
Pourquoi ? Personne ne sait.
Toutes ces questions que je soulève n'ont, pour certaines aucune réponse, le reste n'en a pas de définitive. (Je vous invite à rectifier d'ailleurs s'il y a des choses inexactes, je ferai des maj en fonction)
Donc, ces Tunisiens sont dans une sorte de no man's land.
Et ils ont faim.
Ils ont soif. (Quand ils sont obligés de rester dans la rue, ils n'ont pas d'accès à l'eau)
Ils ont probablement peur.
Ils sont malades pour certains.
Ils peuvent parfois dormir dans le parc. Parfois non. La police leur confisque parfois leurs affaires : sacs de couchage. Couvertures. Faut renouveler. La situation sanitaire s'aggrave de jour en jour.
Et personne ne bouge.
Alors qui s'en occupe ? Des gens comme vous et moi. Des riverains. Des militants. Des gens sur twitter. Une solidarité de fortune, de bric et de broc. Des gens dont ce n'est pas le métier.
Pendant ce temps-là, la mairie de Paris se paye une belle opération de communication sur le dos de la révolution tunisienne. Pendant que Delanoë et autres ignorent le problème #Botzaris36, on inaugure une place Bouazizi en l'honneur de la révolution de Jasmin. Pire ! On se permet de faire dans le communiqué de presse grandiloquent (voir ici particulièrement écoeurant ) On fête ce qui nous arrange, on ferme les yeux volontairement sur les conséquences. Le parti socialiste qui compte tellement sur nous pour lui faire remporter la victoire en 2012 ne fait absolument rien. Aucun député n'a interpellé le gouvernement. Il ne se passe rien ! (Je vous suggère de cliquer sur Parti socialiste, question de les interpeller eux aussi)
Pourquoi #Botzaris36 est-il important ? Au fur et à mesure de ce billet, je crois voir se dessiner des réponses à défaut d'en avoir sur les autres sujets. (Du moins important au plus important)
Parce que finalement, #Botzaris36 c'est une leçon magistrale que vient de prendre internet qui ne peut rien si la presse et la télé ne prennent pas le relais ou si des personnalités ne s'emparent pas du sujet, éventuellement pour entretenir leur personnal branding >> Mes salutations distinguées à M. Eric Besson.
Parce que c'est le symbole des conséquences d'une révolution qui a totalement pris au dépourvu la France. Une révolution en panne qui génère des problèmes économiques parce que le tourisme, nerf de la guerre économique tunisienne, est en baisse. Que le chômage est roi.
Parce qu'il est le symbole d'une histoire. L'histoire de la France vis à vis de l'immigration : son attitude de façade et ses manipulations secrètes. Le résultat d'années où quels que soient les dirigeants français, l'on finance, pousse, cautionne des gouvernements non démocratiques et que l'on fait semblant de ne pas comprendre pourquoi des gens issus de ces pays viennent immigrer en France. Le résultat d'années de magouilles où la France arme, conclut des contrats alors qu'elle sait que la torture et la répression existent.
#Botzaris36 c'est l'aboutissement d'années de merdier accumulé. Lorsque la France se retrouve face à face avec ses responsabilités. Entre sa déclaration universelle des droits de l'homme et sa façon de faire du pognon sur le dos de populations étrangères parce que les ressources sont intéressantes, ou parce que cela lui rapporte de l'argent ou de l'influence.
#Botzaris36 c'est le symbole d'une histoire entre la France et la Tunisie, où des êtres humains ont morflé pendant qu'on faisait du storytelling en vantant la formidable modernité de la politique de Ben Ali.
#Botzaris36 c'est le passé qui explose à la figure de la France et où tous (parti socialiste, UMP, etc.) s'entendent pour que cela se fasse en silence.
#Botzaris36 c'est la démonstration concrète qu'un humain ne vaut pas un euro ou un secret d'Etat.
Voilà.
C'est pour toutes ces raisons que ce qui se passe au coin d'une rue du 19ème arrondissement de Paris est important.
Comment aider
http://www.botzaris36.org/comment-aider
Je rappelle qu'il y a un apéro-concert pour récolter de l'argent ce dimanche 3 juillet (voir ici)
Le blog de Menilmuche avec beaucoup plus de détails.
Maj de 10: 01 par Menilmuche (cf commentaire) :"Ce n'est pas tout à fait cela. A ma connaissance, sur le point précis des laissez-passer consulaires, il n'y a pas de différence entre le gouvernement provisoire de Tunisie et l'ancien gouvernement sous Ben Ali.
Ce dernier, comme quelques autres pays, a toujours été très regardant avant de délivrer un laissez-passer. Il faut vraiment que la police française (ou celle voulant expulser un Tunisien) apporte tous les documents prouvant la nationalité tunisienne de la personne à expulser pour que l'indispensable document soit délivré.
(...)
Hélas, ta "qualité" de mère de famille (attentionnée) ne te permet pas trop de traîner tard le soir, surtout quand les nuits sont fraîches, et que la fatigue se lit sur les visages, mâtinée de peur. Une telle description, sous la plume d'une femme, aurait eu un poids qu'elle n'aurait jamais chez moi qui, parfois, repars le soir avec un sentiment d'impuissance."
Maj de 18h54 : Vous pouvez envoyer des dons pour financer nourriture et soins à ces migrants ici
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...