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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Wrong is wrong

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Wrong is wrong, no matter who does it or says it.

 

« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, enfin... »

J'admets, j'ai été choqué. Franchement. Honnêtement. Directement aux tripes.

Pas par « travailler comme un nègre ». C'est une expression désuète. Que dis-je, d'un autre âge. De l'époque où le noir n'existait pas, où seul le nègre était, créature diabolisée, méprisée. De la longue période où le nègre était moins qu'un chien, car le chien, lui, n'était pas stupide, quoique  probablement moins fidèle.  De l'époque où nous n'avions pas d'âme et où les plus grands esprits d'Europe ne voyaient en nous que sauvagerie et veulerie. Cette expression est la vitrine d'une période sombre de l'occident, couverte du sang des meurtres, des larmes des rapts et des viols, une époque tachée par l'opprobre, et pas seulement due à l'esclavage, mais aux pirates, aux massacres de civilisations, aux serfs d'un nouveau genre, tous peuples confondus, européens comme conquis. Une époque révolue, soit disant.

Mais cette expression surannée existe. Dans le dictionnaire. Et elle ne me dérange pas. Elle me permet de me rappeler que les noirs en ont toujours bavé, et que les taches les plus rebutantes nous ont toujours été réservées. Alors soit, travaillons comme des nègres, afin que se perpétue cette tache sombre dans les mémoires et que nul n'oublie que les noirs n'ont été que du bétail fut un moment. (ça y est, finie la diatribe « le nègre t'emmerde » façon Pulvar et Césaire).

Ce qui m'a choqué comme tout le monde,  ce n'est pas l'utilisation de cette expression. Non non, c'est cette espèce de private joke colonialiste affirmée qui s'en est suivie. Il ne lui manquait plus que le chapeau casque, le fusil à buffle et la vahiné l'éventant d'une feuille de bananier. C'est toujours effarant de se rendre compte qu'il y a encore des gens nostalgique de la colonisation. Mais bon, vu l'effort du gouvernement en faveur des « bienfaits » de la colonisation, on peut se dire que ça n'a rien de bizarre (Zemmour en est un plutôt bon porte-parole).

Moi qui pensais que la canicule avait fait disparaitre une bonne partie d'entre eux, j'en suis pour mes frais, quel dommage. Blague à part, je suis issu d'une lignée de descendant d'esclaves, d'agriculteurs qui ont travaillé leurs terres toutes leurs vies, en se levant à 4h du matin. Certains de mes cousins le sont encore. Donc ce genre de phrase à la manie de m'agacer au plus haut point.  Il y a des préjugés qui ont la vie longue et qui continueront à l'avoir, parce qu'ils trouveront toujours des relais. Mais il a été dit  « We declare our right on this earth to be a human being, to be respected as a human being, to be given the rights of a human being in this society, on this earth, in this day, which we intend to bring into existence by any means necessary. » And it'll be.

En fait, ce qui m'a le plus choqué, c'est ce ridicule.  Bon, qu'il y ait des racistes, ok. On n'y échappera pas. Cela fait partie de l'espèce humaine toute entière. Il y en a des noirs, des blancs, des jaunes etc. etc......  La xénophobie est partie inhérente de l'instinct grégaire. C'est un repliement instinctif primaire que de rejeter la faute sur l'autre. Fou ? Non ! Juste primaire. Je ne considère ni le racisme ni la xénophobie comme des tares, des défauts ou des maladies mentales. Ce sont de savants mélanges de brainwashing et de manque d'information.  Ça se voit simplement avec la nouvelle jeunesse française. Les a priori raciaux entre maintenant et les années 80 ont disparu  de moitié. Pas à cause de Touche pas à mon pote ou à cause de SOS Racisme, mais à cause de deux trucs simples : le renouvellement des générations (les vieux crèvent) et le changement de mentalité (y a des basanés partout). Le manque d'information n'est plus sensé être une excuse.

Bon, je ne suis pas un rêveur non plus, je sais très bien que ça a reculé, pas disparu. La première année scolaire que j'ai passé dans l'Hexagone, c'était à Vernon, dans l'Eure (à 45 minutes de Paris et  20 000habitants, donc pas le coin le plus paumé de France)  et on m'a posé des questions plutôt pas mal : «C'est vrai que vos collèges sont au bord des mers ? », « Vous avez internet ? » «  Ça fait quoi de porter des habits ?» et autres « Comment ça se fait que t'ais pas d'accent ? Tu parles vachement bien le français », j'en passe et des meilleurs.  Et dans le lot, il n'y avait pas que des blancs, la moitié des arabes du coin m'ont posé des questions du même niveau. Pourquoi ? Parce que sur un collège de 300 élèves, des noirs, y en avait 4 (et j'étais dans le lot). Ce qu'ils connaissaient des noirs venaient de TF1 et des bouquins de géographie où le seul moment où il  y a des noirs dans les livres, c'est pour montrer le Kwashiorkor. De plus, les milieux d'extrême droite sont toujours aussi vivace (et je le sais, j'en connais, des racistes, des vrais, votant Front National sans se cacher). Donc, le racisme n'est pas prêt de disparaitre, surtout en France, tant qu'on ne mettra pas le débat sur la table franchement, et pas en le planquant sous un tapis et en le ressortant quand on a envie de booster ses points de sondage. Le racisme est un tabou idiot qu'on ne combat pas, mais éduque.  Point. Essayer de mettre les racistes au ban de la société ne fait qu'une chose, aggraver le problème. Actuellement, les groupes de skins sont constitués de jeunes en échec scolaire, en manque d'identité et de repères et surtout de reconnaissance. Et quoi de plus excitant que de faire parti de groupes «illégaux » dont le but est de libérer notre société des « cancers » qui la rongent ?  Perso, des skins, j'en connaissais, et le niveau était affligeant.

On a tous attendu une remarque, une critique, un sursaut, quelque chose venant d'une élite quelle qu'elle soit : politique, littéraire, intellectuelle ou autre. Rien. Nib. Que dalle. Même pas un petit émoi.  A croire que l'on peut encore déblatérer sur les  noirs et s'en sortir sans trop d'ennuis. Certains me diront que c'était une vanne ridicule mais petite. A ceux là, je répondrai une seule chose : si quelqu'un te crache à la figure, tu t'intéresses vraiment  à la taille et à la consistance du glaviot ?  Pas spécialement, non.   De plus, ce n'est pas comme s'il était dans son salon en train de discuter avec ses potes du Rotary . Il était sur une chaine du service publique, à une heure de grande écoute. Si on peut se permettre de faire de l'ostracisme sur une chaine nationale , pourquoi pas ailleurs ?   Mais bon, soit, pourquoi pas. Après tout , ce n'est pas très nouveau.

Cela étant dit, suis-je pour les multiples plaintes et pour le boycott de Guerlain lancé au cours de cette semaine ? Non !! Pourquoi ? Parce que crier au loup comme une pucelle effarouchée ne sert à rien, mis à part se rendre ridicule.  Les appels viennent principalement d'associations « noires » qui se sont senties insultées. Je suis dans le groupe facebook d'une de ces associations, et j'ai vu l'acharnement et surtout les propos mis en avant. C'était ridicule. Un communautarisme basique et un peu débile qui dessert leur cause plus qu'autre chose, en les faisant passer pour des gugusses décérébrés (mais quoi de plus normal, de la part de ces nègres ?). Bien sur, je comprends leurs réactions face au manque de réaction. Après tout, ça fait toujours bizarre de se rappeler que nous sommes les mal aimés de la République.  Mais ça ne règle pas le problème non plus. Ca ne fait que souffler sur des braises dont la fumée ne sent pas très bon.

Alors, était-ce raciste ? Oui !!!  Mais, c'est normal de la part d'un vieux con riche (caricatural, peut être, mais tellement vrai). Il n'est qu'un produit de la société d'alors, entre paternalisme occidental  et frustration post colonial. Rien de plus. Guerlain va peut être se taper une amende ridicule de 300 € pour avoir dis une connerie, et un de ces quatre,  la société Guerlain va lâcher un petit communiqué disant qu'ils se désolidarisent des propos tenus par celui qui n'est plus qu'un consultant désormais.

Et ça va mieux me faire dormir ? Non.  La seule chose que ça va faire, c'est qu'on va encore multiplier la langue de bois.  Et c'est tout. Rien de plus. Le racisme n'est pas l'apanage de la France, loin de là. Les français ne sont pas plus racistes que les allemands, les suisses, les suédois ou les norvégiens.  La seule chose que l'on peut dire qui est caractéristique de la France, c'est cette espèce d'hypocrisie française qui essaie de faire croire que la société française est au dessus de ses vieux démons. On sait tous que ce n'est pas vrai. Et c'est encore moins vrai depuis que notre actuel président a pris ses fonctions comme ministre de l'Intérieur. Et cela sera encore plus vrai à partir du moment où le président de tous les français va continuer à courtiser les français qui ne veulent pas d'autres français.  Ça ne bougera pas. En fait, actuellement, il y a un schisme provoqué par certains journaux entre «  la France profonde » et les « élites embourgeoisées et bien pensantes ». Il n'y a qu'à voir le mépris distillé par cette expression «  bien pensante » qui prouve le recul peu à peu grandissant d'un certain modèle de notre société qui donne sur cette « droite décomplexée ».  Et ce parce qu'on ne mets pas tout sur la table, de façon équitable, mais que l'on laisse à des types politisé (quoi, j'ai parlé d'Eric Besson et de Brice Hortefeux à propos de leur machin sur l'identité nationale ? JAMAIS !!!! )

Personnellement, je fais partie de ceux qui sont pour la liberté d'expression totale (et donc pas celle pratiqué en France, parce qu'elle est censurée), et ce pour une raison simple : mieux vaut un raciste déclaré que l'on pourra moucher que des hypocrites qui n'en penseront pas moins mais qui distilleront leur venin à petite dose et de façon détournée.

 



Spleen sans idéal (et pas content)
Commentaires
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  zelda 26-10-2010 10:36:46

Globalement d'accord avec toi. Ça méritait bien un coup de gueule , au minimum.
N'empêche, je voudrais que tu m'expliques : "Le racisme est un tabou idiot qu'on ne combat pas, mais éduque. Point. Essayer de mettre les racistes au ban de la société ne fait qu'une chose, aggraver le problème." et "mieux vaut un raciste déclaré que l'on pourra moucher", c'est pas un peu contradictoire ? Moucher quelqu'un, ça va plus dans le sens de le mettre au ban que de l'éduquer, non ?

Tu vas trouver que je chipote. Mais je suis prof, et c'est vraiment une question qui me tient à coeur parce que c'est une situation que je rencontre au quotidien : en l'occurrence, des élèves qui tiennent des propos homophobes (plutôt que racistes, mais c'est bien le même élan ...)
Éduquer sans être moralisateur, et donc inefficace, c'est pas si évident sur ces questions.
Spleen sans idéal 26-10-2010 12:01:31

Non non, moucher ne veut pas dire " mettre au ban de la société " mais plutot " mettre devant ses contradictions "
Simplement parce que le racisme ( et donc l'homophobie ) se basent à la fois sur des on dit, des préjugés glanés ici et là et une mésinformation totale.
Mais j'admets qu'eduquer sans etre moralisateur est toujours compliqué. Mais quelque fois, la morale est un cheval de bataille qui vaut la peine. Je suis pas sur qu'etre moralisateur soit rééllement inefficace, c'est surtout comment on le fait .
Rolanda Bibine 27-10-2010 13:16:55

Et puis surtout, éduquer, cela commence tout petit. Ensuite, pour ceux qui ont déjà été contaminés, je pense qu'il est extrêmement rare qu'ils changent d'avis... excepté s'ils se trouvent confrontés eux même à la réalité. Aucun discours dans un contexte de classe ne fera changer les mentalités, malheureusement. Pourtant Zelda, il faut aborder toutes les formes de discrimination c'est vrai mais refuser un type de discours. Et je te le dis, j'exclus tout élève ayant des propos haineux.
Zan 26-10-2010 15:56:27

je trouvais tellement nécessaire de publier un article sur cet "incident" ! merci spleen !

je suis assez choquée, pour ma part, de la non réaction des gens en face. sur l'instant. qu'il s'agisse d'elise lucet ou des autres mince !
Ma cocotte 27-10-2010 11:17:40

Intellectuellement et raisonnablement, je partage ton opinion. D'un point de vue pratique/empirique, avec le temps, je finis par me demander si on peut vraiment faire changer d'avis une personne raciste.
Je fréquente de très près un vrai xénophobe, un pur et dur. J'ai essayé tous les arguments possibles et imaginables pour tenter de le convaincre jusqu'au jour où j'ai compris que le racisme est de l'ordre de l'émotionnel. La peur, la jalousie, la haine... Or, j'ai appris aussi que le rationnel ne parle pas à l'émotionnel. Ce qu'il faudrait, c'est un par un, trouver le désordre émotionnel qui fait qu'ils s'en prennent à l'"autre", au "différent" et le transforment en bouc-émissaire de leurs frustrations. En guérissant ces frustrations, on arriverait peut-être à les guérir de leur racisme.
Sonia 27-10-2010 18:44:03

J'ai me bien ton explication mais je me dis que c'est infaisable : trop de malades à soigner...
Et c'est bien dommage !
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Spleen sans idéal est membre de Voldemag depuis le Lundi, 15 Mars 2010.

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