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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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de Teheran à Rabat, l'orient parle la même langue : la démocratie

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Aujourd'hui un enfant est né au Caire, ce bébé s'appellera Facebook ... Idiot, absurde ? Probablement pas. Dans 10 ou 20 ans, ce que nous vivons fera partie de l'Histoire, nous aurons la fierté de dire à nos enfants que nous étions témoins de cela. Que certains d'entre nous ont tout suivi sur des réseaux sociaux, sur l'ancêtre des réseaux sociaux, Facebook. Facebook que Mark Zuckerberg dirigeait avant de présider Apple et de se présenter à l'élection présidentiel des US (sans succès, faut pas déconner). ;)

Un peu comme aujourd'hui je dis qu'au moment de la chute du mur de Berlin, j'étais là.

Aujourd'hui, l'actualité donne envie de revoir Laurence d'Arabie, l'époque où un colonel anglais participait à la révolte des bédouins saoudiens. A l'époque pourtant, pas de technologie. La violence pouvait se dérouler 15 jours avant que l'on en entende parler, et pas tout le monde. Aujourd'hui, il faut à peine 15 minutes et encore.
Le point commun entre tout cela ? La technologie ? Facebook , Twitter et Youtube ? Non, ce n'est pas le premier point commun. Au coeur de toute ces luttes : le désir de démocratie. C'est quoi ça ? voter, et choisir ces dirigeants ? Oui, il y a de ça, mais surtout que le peuple ait le droit d'avoir d'autres candidats et non un seul pendant 30 ans comme pour l'Egypte ou en Tunisie, le renouvellement de nos dirigeants. Mais est-ce que cela suffit pour satisfaire au minimum syndicale des droits de l'Homme ? Certes, Jacques Chirac disait malicieusement à propos de la Tunisie : les droits de l'homme c'est le droit de manger à sa faim et de s'instruire. Bof, à sa différence, et je dois pas être le seul, je pense que le droit d'expression, la liberté d'expression est le dernier des droits de l'Homme.


Ces demandes viennent des tripes, ce sont des cris qui ne s'éteindront qu'avec le dernier souffle de ceux qui les portent. Et comme ce sont des désirs de démocratie, ils s'accommodent mal de violence de la part des révoltés. Des révoltés qui se défendent certes, mais n'attaquent pas. Des casques bleus, sans casques et sans armes.

Ce qui a déclenché ces révolutions ? La violence de l'injustice.
Lorsque Mohammed Bouazizi en Tunisie a vu son stand de fruits et légumes confisqués par la police, il n'en pouvait plus. Il a voulu montrer qu'aucune souffrance n'était comparable à celle de ne pouvoir nourrir sa famille, il s'est immolé par le feu. La dernière fois qu'une personne s'est immolée pour des raisons politiques, c'était, si je ne m'abuse, pour la quête d'indépendance du Tibet pendant laquelle des moines se sont immolés.

C'est pas courant qu'un arabe s'immole, c'est même presque du jamais vu, dans la culture arabe où le suicide est considéré comme un acte d'une rare violence. Et en particulier par le feu. En effet, après le décès, la famille peut participer à la mise du corps dans le linceul. La vue du corps ne disparaît donc pas du regard des hommes de la famille. Pour avoir participé subrepticement à ces cérémonies, c'est très émouvant. Alors penser que des proches voient le corps brûlé ... enfin bref.
Cette description de la cérémonie mortuaire est nécessaire pour comprendre la puissance des sentiments en jeu. Et mourir sous les balles d'un sniper ou sous les coups des policiers est dans ce cas peu au regard de l'immolation. Il faut bien réaliser que lorsque la cause est plus grande que nous, seul notre souvenir compte.

Les manifestations pour l'enterrement de Mohammed Bouazizi comme celle de ceux morts sous les balles des policiers tunisiens pendant les manifestations furent émouvantes, elle furent les premières qui allumèrent l'incendie qui embrasa la Tunisie et montra le ras-le-bol généralisé. Ce n'est pas étonnant que ce cri ait émergé d'une des villes les plus pauvres en Tunisie.

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crédit photo Amr Abdallah Dalsh


Et puis il y a les femmes.
Les femmes qui sont au premier rang au côté des hommes pour combattre la violence de la police. Il y avait déjà eu Neda, cette jeune iranienne dont la vidéo a circulé sur Facebook et dont on voyait le sang couler. Une jeune femme de 25 ans.
Elles sont nombreuses sur les photos que l'on récupère, on les voit aussi sur les vidéos jeter des pierres et se battre. Ce n'est pas surprenant pour nous en France, mais ça l'est pour moi qui ai encore une vision des années 80 des pays du Maghreb. Elle ont des voiles, quelquefois le voile intégral et en France cela réveille des peurs féministes. Mais c'est un autre débat.


crédit photo ici

 

Ah oui, et l'islamisme ? Le risque de voir l'islamisme politique émerger de ces révolutions... j'hésiste, c'est un peu la tarte à la crème. La plupart de ces révolutionnaires disent qu'ils n'échangeront pas une dictature policière contre une dictature religieuse. C'est difficile d'être sûr de quoi que ce soit, je le reconnais. Je pense juste que ces révolutions ont transmis une certaine dignité et que la modernité de la vie de la très grande majorité empêchera d'avoir un islam politique qui s'exprimerait par la violence. Autrement dit je crois au post-Islamisme dont parlait Olivier Roy. Et puis si il y a une chose que ces révolutions mettent en évidence, c'est la faillite du seul prisme de l'islam politique pour répondre aux problèmes de ce monde. non, l'islam n'est pas la solution. La démocratie est la solution parce que notamment elle n'interdit à aucune politique de s'exprimer.


crédit photo ici

Un peu les larmes aux yeux, je vous avoue que je suis fier, tellement fier de ces hommes courageux qui font couler leur sang pour la démocratie. Tant de fois j'ai entendu "il faut aller voter, ne serait-ce que pour ceux qui ont donner leur vie pour le droit de vote", tant de fois j'ai trouvé ça tellement lointain, presque absurde. En France, mourir pour des idées est devenu à la longue aussi très absurde. Et pourtant. Ils sont nombreux depuis l'immolé de Sidi Bouzid à avoir perdu leur vie pour l'idée de la démocratie. Relisez les paroles de la marseillaise et dites-vous que jamais notre hymne aura eu une telle actualité, une telle vérité.

Pour la Tunisie
Pour l'Egypte
Pour la Libye
Pour...




Commentaires
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une langue mais plusieurs démocratie
  Frédérick 2 BARO 22-02-2011 09:47:22

Une précision encore, les droits fondamentaux sont des notes de musique. A chacun des peuples de les mettre en musique. Car évidement, il n'y a pas une seule bonne démocratie qui serait la notre. pour au moins une bonne raison : même la notre est remis en cause. La beauté évidement d'un système démocratique est qu'il se remet en permanence en question par rapport à la réalité.
En résumé je dirais qu'une démocratie est la passerelle entre la réalité et l'universel ... pouahhh ... c'est trop sérieux de bon matin
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Fredérick 2 BARO est membre de Voldemag depuis le Lundi, 29 Juin 2009.

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