"A la base, c'est un homme politique médiocre, un chef de parti
médiocre et un ministre médiocre (...), alors bon ... "
Spleen Sans Idéal, le 25 janvier 2012 dans cebillet
Des rencontres et des humains Ep 22
Dimanche, 03 Mai 2009 18:44
Belam
Hossegor. Été 95.
J'ai 24 ans, je suis gaie, je suis jolie, j'ai les cheveux longs, je suis presque blonde, je suis bronzée. Le monde est presque à moi.
Nous squattons pour la dernière année la maison familiale d'un pote qui sera vendue en septembre. Pour certains, c'est symbolique de la fin de l'adolescence. Voire de l'enfance, ils se sont rencontrés au club Mickey de la plage. Alors, il y a comme un désir de vivre un peu plus fort que d'habitude.
Tout le monde est là. Quasiment. Ça dort n'importe où, quelques matelas et tables de fortune. La baraque a été vidée de ses meubles. Dimitri, notre cher chieur de service s'est installé dans un placard avec un matelas. Nous nous foutons de sa gueule.
Le programme est invariablement le même. Nous nous levons péniblement, sauf les vrais surfeurs, qui se sont secoués aux aurores. J'enfile n'importe quoi, je ne me brosse pas les cheveux mais les dents tout de même. Direction le blue bar avec "Libé"au passage. Et c'est parti pour une tournée interminable de café. Je retrouve forcément des gens que je connais. Je mange quand je peux. Je passe des heures sur la plage à ricaner avec les potes.
C'est l'été précédant la rentrée dans la vie active pour un grand nombre d'entre nous. Ça aussi, ça donne un goût particulier à ces vacances. Le soir, c'est n'importe quoi. Alcool, boîtes, fêtes.
Et un soir, il est là. Je craque. Mais ça ne veut rien dire, à cette époque, je craque facilement, je suis un cœur d'artichaut, et l'herbe est toujours plus verte ailleurs. N'empêche, je craque. Deuxième soir. Il est là. Encore. Je crois que c'est lui qui m'a abordé. Je ne me souviens pas vraiment. Il me ramène chez lui. On s'envoie en l'air. C'est bien. Il a une ex à qui il pense encore. Ça me laisse froide. Je m'en fous complètement. Je devrais peut-être me sentir vexée, mais comme il est dans mes habitudes dans cette période-là, de ne surtout jamais revoir les types le lendemain, il peut bien m'expliquer pendant quelques minutes qu'il pense à elle, je ne fais que sourire gentiment.
Je lui demande de me ramener, le soleil se lève. Il me dépose au niveau de la rue piétonne qui conduit vers l'océan.
« On se revoit ? »
Je le regarde et j'en ai envie. C'est vraiment mon type de mec. Et il est gentil. Loin d'être con. Presque beau. Et je dis oui. Je m'enfuis encore pieds nus. À Hossegor, les chaussures, on les laisse dans le placard. Je rentre à la maison. Je me prends peut-être deux trois phrases par ceux et celles qui viennent de se lever ou pas encore couchés, on ne sait jamais vraiment. Et je vais me coucher.
Je l'ai vu plusieurs fois. Un matin, je me lève, la piscine est là, ses co-locataires aussi. Je lui pique un caleçon de bain. Il y a une copine à lui et un couple avec un gosse. Infernal le môme. Ingérable. Je ne dis rien. Je ne m'intéresse pas à eux. Il me rejoint. Il est doux. Et toujours gentil. C'est un surfeur. Presque un fantasme. Il est temps que je rentre. Ils vont tous me ramener. Lui conduit la bagnole, la mère est à l'avant, le père à côté de moi et de son fils à l'arrière. Le gamin est injouable en bagnole. Je n'ai quasiment pas décroché un mot depuis que je suis réveillée mais quelque chose me bouleverse chez cet enfant. Les vacances qu'il passe sont complètement inadaptées à son rythme. J'écoute mon instinct et je l'attrape et l'installe sur mes genoux. Je lui parle doucement. Il se calme. Enfin apaisé. Ils hallucinent tous. Surtout lui. Il me regarde à travers le rétro. Il est presque bouleversé. Le petit garçon et moi, nous nous sommes isolés du reste du monde. Je croise son regard. Il est intrigué. Je suis arrivée. J'abandonne le môme.
Nous allons nous voir plusieurs fois car nous nous sentons bien ensemble Bizarrement, ( mais ils avaient des raisons quand même sur lesquelles je ne m'étendrais pas car là n'est pas le sujet), mes potes prennent assez mal mes disparitions et mes allées et venues. La faute de Rodrigue. Probablement. Ou Gérald. Sûrement. Et puis aussi Yahel qui a toujours son mot à dire sur tout et essentiellement en mal à l'époque. Dimitri arquebouté sur ses principes. Bref, étonnamment, les mecs de la bande réagissent très mal. Pourtant, je n'ai jamais rien promis. La plupart étaient des ex, ou des sex friends. Aucune relation sérieuse. Et pourtant, apparemment si, vu leurs réactions, je dois rendre des comptes.
L'ambiance devient tendue. Je le vois encore avec beaucoup de plaisir... Et il me demande un jour de venir s'installer un jour chez lui. Je le regarde interloquée. C'est pour l'été, je le sais mais je suis déstabilisée. Je crois qu'on s'attache tous les deux. Qu'on ne se demande rien, et que c'est bien pour ça que ça marche. On est bien. Point.
Sauf que la pression monte dans ma maison. Et que j'y tiens à mes casse-couilles. Et que je me dis que ça fait un peu trop longtemps que je fais n'importe quoi. Que je ne connais pas ce type. J'ai très envie de laisser tout le monde tomber. J'ai 24 ans mais c'est ma bande de potes. Que c'est plus important que tout, assez connement d'ailleurs.
Je ne lui donne pas de nouvelles, je crois. Rodrigue est revenu. Il est dans la maison. Rodrigue me pardonne tout comme si je demandais à être pardonnée. Mais je le connais lui. Je sais qu'il n'est pas faussement gentil. Il l'est vraiment et c'est ça dont j'ai besoin. Et puis, de toute manière, je suis trop fatiguée pour réfléchir.
Alors, je vais lui donner ma réponse. Presque. Nous sommes assis tous les deux sur la plage. Et je ne me souviens plus de ce que je lui ai dit. Je bredouille, j'en suis sure. Je sens que je fais une connerie. Mais je dis non. Il me regarde avec une vraie déception dans le regard. Presque peiné. Mais je me lève et je m'en vais.
Les deux fois où il va me recroiser, la première, je suis ivre morte et je fais n'importe quoi sous le regard indulgent de Rodrigue. La seconde, c'est après m'être fait jeter par mes potes, je suis assise à côté de celui qui me prend en charge et qui me ramènera quelques heures après à Bordeaux. Car j'ai décidé d'aller vivre à Bordeaux. Sur un coup de tête. Je vais quitter Paris, je confond géographie et psychologie. Je sais juste que je suis dans un état d'épuisement nerveux effarant. Faut que je me repose. Et comme d'habitude, je fous le feu à la baraque plutôt que juste changer les meubles de place.
Il me regarde, assise près de Rodrigue. Ce qu'il y a dans son regard, je ne sais le décrire. Presque amoureux. Ou presque indifférent. Presque blessé. Presque moqueur. Presque ému. Presque blasé.
Je suis partie. Je me suis entêtée sur mes projets bordelais... Et je ne l'ai jamais revu.
Ça fait 14 ans qu'il ne se passe pas un mois sans que je ne pense à lui. Et par ricochet à ce petit garçon. Je ne me souviens même pas de son prénom. Je sais pertinemment que j'ai loupé quelque chose. Je le sais au plus profond de mon cœur. A l'époque, je versais dans la facilité, je voulais juste m'amuser. C'était tout ce que j'avais en tête. Quitte à louper une belle rencontre.
On y était presque...
Adobe Flash Player non installé ou plus vieux que 9.0.115!
-" pas taper", comme dit quelqu'un..
Si l'on ne parle que du texte, je ne saurais trop quoi dire, si ce n'est que c'est "efficace";
pour la personne décrite...Elle me fait un peu peur: existentiellement peur!
j'ai l'impression d'en avoir croisé des millions, des garçons et des filles qui ne sont que "ça": "jeune", avec la carte à puce intégrée pour "fonctionner" comme ça, et point barre...Intériorité zéro, vie de série américaine, injectée à l'air du temps,
reproductible à échelle mondiale, à teneur garantie néant en substance personnelle...Une jeunesse, Une étape obligée, un poncif sur pattes.
NON NON, NON: ceci n'est PAS une attaque! je veux bien croire que ce n'est qu'une apparence...Et peut-être même que c'est un peu le but poursuivi par ce texte, que de délivrer cet espèce d'état de vacuité voulue, de scènes visuellement très "soap" (en ce cas, c'est réussite 1000%!). il cherche pas de polémique, Tom, il exprime ce qu'il ressent. il comprend que c'est tout relatif...Et il pense que c'est aussi "ça", les VRAIS échanges, tout simplement! (Sonia: je n'attend personne au tournant, juré! )
MERCI de le recevoir "bien"!
Ces paranthèses enchantées que l'on a tous vécus. Un bon souvenir, une période courte mais intense où quelques fois on fait des choix idiots, juste comme ça par ce qu'on est jeune...
et oui... des parentheses enchantées qui laissent un parfum de regret. Mais surtout un parfum de joli souvenir intouchable, figé dans le temps, à jamais inachevé.
A ce moment là, c'est le choix qui semblait le meilleur. C'est aujourd'hui qu'il nous donne des remords ou regrets mais à l'époque, souvent, nous avons choisi ce qui était, à cet instant, important pour nous.
Entre temps...
Rien d'autre à ajouter. Encore un texte plein de grâce émotionnelle. ça chavire, ça chahute, ça touche au but. Des histoires comme celle-là, on en a presque tous. Des "Et si...", des larmes internes.
La vie est une addition d'opportunités, qu'elles soient abouties ou non.
Souvent, les non réalisées sont les plus belles.
(d'un certain sens mélancolique)
Ah mon grand A. - Merci pour tout ce ...
Belle lecture, merci, que ce moment v...
J'aime bien ces moments où les chose...
Toutes les semaines, je cherche un je...
Et du coup, tout à ton bonheur et ta...
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
j'avais pas de thème quand j'ai comm...