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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Devoir de mémoire - Edito

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Toute la semaine on a pu m'entendre fredonner le hautement sensuel Inside My Love. Je croyais naturellement que cette semaine de RC garderait la teinte des gazouillis d'oiseaux, préludes à Loving You (ce clip est un incontournable). Pourtant, Minnie Riperton a laissé la place à Billie Holiday. S'éclipsant discrètement.

 

Strange Fruit.

 

Parce que dans l'organisation et la désorganisation rédac'chéfienne, cette semaine naissante a pris une toute autre couleur malgré moi.

Baci et Spleen Sans Idéal, dans leur chouette duo da la semaine dernière, se sont adonnés à un intéressant exercice de style. Garder comme fil conducteur "Dealeur de rêves".
Cette semaine, cette nouvelle semaine, s'inscrit dans leur continuité, en un sens.
Entre réalité cauchemardesque et rêve d'une vie... Entre noir et blanc cinématographique et arrêts sur image poignants... Une semaine douce amère, dure et acide, lucide, une semaine profondément humaine, vertigineuse... Directement connectée à vos émotions.

Cette semaine sera majoritairement forte. Violente. Viscérale. Devoir de mémoire immédiate et long terme. Devoir de savoir.
Laissez moi vous toucher deux mots de Stange Fruit aujourd'hui, plutôt que d'alourdir votre Pause Culture de mercredi.

Strange Fruit fut écrit et publié par Abel Meeropol aka Lewis Allan en 1937. C'est suite à la parution de la "fameuse" photo (Ne cliquez qu'en connaissance de cause une fois la phrase entière lue et ingérée.) du lynchage de Thomas Shipp et d'Abram Smith que ce professeur (de maths juif américain d'origine russe vivant dans le Bronx) choqué, composa ce funèbre poème.

C'est en 39 que Billie Holiday, alors toute jeune, l'interpréta pour la première fois.
Strange Fruit devint alors un hymne. Un rappel des violences que subirent (et subissaient encore) les afro-américains.
Cet étrange fruit, strange fruit, c'est ce corps pendu. Ce lynchage de l'homme noir.
Strange Fruit, aujourd'hui encore, est un devoir de mémoire. Pour tous. Une peinture dégoulinante de l'horreur humaine. Un cliché découpé et punaisé à chaque mur. Je l'écoute. Encore. Avec la peine et la rage de chacun d'entre eux contenues dans mes entrailles.

Les paroles, comme le dit Minorite_, ne vous permettrons pas d'en sortir indemne. "C'est un Guernica auditif cette chanson." ajoute-t-il ce soir. Permettez :

Southern trees bear a strange fruit

Blood on the leaves and blood at the root

Black body swinging in the Southern breeze

Strange fruit hanging from the poplar trees

Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Pastoral scene of the gallant South,

The bulging eyes and the twisted mouth,

Scent of magnolia sweet and fresh,

Then the sudden smell of burning flesh

Scène pastorale du valeureux Sud,
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Parfum de magnolia doux et frais,
Puis l'odeur soudaine de chair brûlée


Here is fruit for the crows to pluck,

For the rain to gather, for the wind to suck,

For the sun to rot, for the trees to drop,

Here is a strange and bitter crop.

C'est un fruit que les corbeaux cueillent,
rassemblé par la pluie, aspiré par le vent,
Pourri par le soleil, laché par les arbres,
C'est là une étrange et amère récolte.

 


Zan'

Commentaires
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Rolanda Bibine 23-05-2011 13:16:18

Il est tout simplement énorme cet album de Rocé !! Tant par la musique qui est étonnante ( quels mélanges !!!!) que par les paroles. "problèmes de mémoires" est extaordinaire !

"Tout le monde dit plus jamais ça, mais c'est de la com' malsaine
Les processus restent les mêmes, à l'heure où tout le monde en parle
Tout le monde en parle comme d'un cas, une exception inhumaine
Ça rend les choses comme lointaines, et la mémoire devient fable

Les droits de l'homme étaient là, la République était la même
Même si son numéro d'enseigne, change comme on change de façade
Elle n'ose pas gratter en elle, elle refoule et elle s'enchaîne
Et tout ce qu'on nous enseigne, c'est qu'l'époque était malade"
Zan 23-05-2011 23:12:58

je suis ravie, absolument ravie et surprise que le 1er com' porte sur le lien-caché-suggéré, Rolanda. il a le verbe qui dessine parfaitement notre putain de monde.
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zan' est membre de Voldemag depuis le Lundi, 16 Mars 2009.

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