Il y a une époque si lointaine, web parlant, où nous pouvions découvrir assez aisément les blogs qui naissaient. Il y avait moins de plateformes d'accueil, moins de gens qui voulaient en faire du beurre avec ou sans épinards, il fallait savoir un tant soit peu écrire (tout du moins constituer une phrase), il y avait une sorte d'innocence dans l'air de la toile.
Oh ce temps n'a pas eu une longue vie. Peut-être un an, à peine plus. Puis, tout s'est emballé avec de meilleures choses et de mauvaises plus nombreuses. Désormais, les gens qui veulent raconter, commenter, réagir, écrire, photographier, s'émouvoir, s'attrister, « exister », partager, « devenir quelqu'un », sourire, sont légions. Nous pullulons.
En 2002, 2003 (je vous l'avais dit, un siècle à l'échelle techno-blogosphérique), j'avais l'impression de pouvoir rattraper par un blog tous ces mots que j'avais maladroitement écris dix ans auparavant, que j'avais tenté d'écrire, quinze ans plus tôt, que je n'imaginais pas encore, vingt ans, bien avant.
Finalement, j'étais toujours aussi maladroit. Je me suis investi dans cette aventure épatante de liaisons par les mots. J'avais aussi un peu de temps.
Aujourd'hui, j'ai moins de temps, je ne le prends pas aussi lorsqu'il est là. D'une vague à l'autre, j'en éprouve moins le besoin. Ou trop. En fait, cette interlude de co-rédac'chef m'a fait repenser à tout ce que je voulais faire voilà quelques années. Je m'aperçois que j'ai toujours envie de trouver des écrits qui me ressemblent, des gens derrières ces phrases, des personnes que je ne rencontrerais sans doute pas, simplement pour conserver l'image de leurs mots.
Lorsque je démarrais mon troisième blog, l'actuel, inassouvi thérapeutiquement de ce traitement faussement littéraire, j'ai voulu trouver ces perles sur le net. Je me suis épuisé dans l'immensité des blogs, observant les méfiantes attitudes générales, tout en considérant que ce que je cherchais était caché, en dehors du buzz, n'était pas hype, et tout ça. J'avais aussi oublié que tout se construisait dans le temps, dans la fidélité, dans l'attention portée aux autres.
Une note écrite sur un carnet, tout virtuel soit-il, n'est qu'un cliché à un instant t, d'une humeur, d'un air de chanson, et ne dénote pas la photo tout entière des auteurs. Et si, par ces partages de blogoconnaissances, je pouvais avancer dans ma quête.
Sonia et moi-même sommes heureux de ces quelques jours. Un peu frustrante car il y a tant de choses à partager et si peu de jours dans une semaine.
Mercis.

By Sapiens
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