S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Extrait de la définition du mot « icône ».
J'ai déjeuné avec la réalisatrice du documentaire auquel j'ai participé. Au cours de notre conversation, elle me parle des icônes françaises, sujet qui l'interpelle. Quelles sont les icônes françaises aujourd'hui ? De celles qui frappent l'imaginaire collectif, de celles qui sont connues même au fin fond de la France, de celles qui font réagir ? La réponse n'est pas si évidente que cela.
Il semblerait que quand on pense icône française, on revienne 50 ans en arrière : Catherine Deneuve, Edith Piaf, Brigitte Bardot etc. Dès le départ, cet archétype est muet. Pas d'engagement. Ne vous y trompez pas, Brigitte Bardot ouvrira la bouche bien après. Elle se comportera de manière libre, représentant une révolution féminine en marche. Mais pas vraiment de verbalisation. Du temps de leur sacre, aucune cause à l'horizon. Par exemple, tournez-vous vers les Etats-Unis, vous tomberez nez à nez avec Jane Fonda, Audrey Hepburn. Plus près, c'est Angelina Jolie. Enragée, celle-ci force le respect à force d'engagement. Elle n'est pas qu'une carrosserie qui fait rêver ces messieurs, elle pose, pierre après pierre, enfant après enfant, une certaine vision du monde qui plaît ou ne plaît pas, ce n'est pas le fond du problème, le truc, c'est qu'il y a de la consistance
Revenons en France. Je lance un petit sondage rapide. Les réponses sont quasi d'outre-tombe. Et puis des noms tombent. Charlotte Gainsbourg. Vanessa Paradis. Marion Cotillard. Allez, à la limite Laetitia Casta.
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Photo trouvée ici
Prenons les deux premières. Charlotte, pour ma part, je suis au bord de ne plus supporter de la croiser. Après l'avoir adoré. Tu brûleras ce que tu as adoré, c'est bien cela ? Vanessa, j'aime toujours autant pour l'instant. Mais qu'ont-elles en commun, ces deux prénoms, en premier cités ? Elles ne chantent pas, elles murmurent. Elles flottent comme deux gentils fantômes, graciles et fragiles. Des petites choses. Si l'on dérive sur le terrain de l'icône comme archétype de la femme française incarnée, alors, vous serez ravies d'apprendre, mesdames, que nous sommes supposées être des jeunes femmes au bord du déséquilibre en permanence. Qui parlent, comme ça, doucement. Autant dire que je dois être d'un autre pays, née quelque part, ailleurs, puisque dans la vie, je fais tout, sauf murmurer. Autre chose, elles sont toutes les deux délicieusement minces. Vraiment minces. Entendons-nous bien, je serais sacrément gonflée de hurler avec les loups, étant donné que je suis de nature plutôt svelte. Mais ça me fait marrer quand même. Nous sommes dans le registre de la féminité sans attributs, sans reliefs, qui ne s'impose pas, quelque chose de vaguement androgyne.
Et surtout, surtout pas l'ombre d'un engagement fort à l'horizon. Je ne les soupçonne pas de ne rien faire. Je pose juste le problème de la médiatisation. Quand on représente quelque chose d'aussi fort et par pitié qu'on m'épargne le couplet de la fausse modestie, n'est-il pas de son devoir, à un moment donné, de crier « Voilà, ça, ça me révolte ». De faire corps avec une cause quelle qu'elle soit ? Je ne sais pas, je pose juste la question. Au lieu de chuchoter trois fois par an « Ha, ça c'est vraiment mal »... Autre facteur, ces dames sont fidèles et sont engagées auprès du même homme depuis des années. Je ne fais que constater. Ce n'est en aucun cas, un jugement de valeur. Nous avons d'un côté le syndrôme équipe avec Charlotte & Yvan. De l'autre, l'adoration dévôte de Vanessa envers Johnny Depp.

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Des icônes comme des fantômes. C'est ça la femme française ? Une certaine idée de la France ? Est-ce pour cela que Vanessa et Charlotte le sont devenues ? Précisément avec cette attitude de balbutiements, presque d'excuses. Je prends le moins de place possible, surtout ne faites pas attention à moi, voyez comme je suis discrète et douce ? Hum... J'imagine que c'est un genre de fantasme qui se heurte, qui se fracasse à la réalité chaque jour. Dommage messieurs. Dommage mesdames car, oui, nous les choisissons nous aussi.Ca doit correspondre à un rêve secret. Un jour, nous serions très calmes, comme ça, mesurées, de la grâce et du silence. Des demi-sourires comme notre plus célèbre réfugiée, la Joconde. De la tempérance...

Passons au cas de Marion Cotillard. Quand on m'a cité son nom, j'ai eu envie d'éclater de rire. Car cette jeune femme n'est pas tout à fait une icône française. Non. Elle est précisément une icône française qui nous a été vendue par les Américains. Désolée, ce n'est pas pareil. Le tour de passe passe a été phénoménal. En incarnant la Française la plus connue aux Etats-Unis, à travers le monde, Edith Piaf, mythe absolu de la gosse perdue, qui est morte d'avoir trop aimé, trop chanté, trop bu, trop "drogué" (Vous noterez que plus on en chie, plus c'est glamour à la sortie et surtout on paye toujours la note, haaaa notre sacrée culpabilité judéo-chrétienne, mais je m'égare), Marion Cotillard devint une icône à son tour. En ce qui me concerne, j'avais été beaucoup plus épatée par sa prestation dans « Les jolies choses ». Mais les faits sont là. Et Marion fut. Pour le coup, changement de programme, nous avons droit aux théories sur le 11 septembre à la barbe des américains. Pour les murmures, vous repasserez. Marion Cotillard est clairement engagée auprès de Greenpeace. Pour ça, je lui tire mon chapeau. Mais cela reste une escroquerie en termes d'icône française. Les Français ne l'auraient pas choisie. J'en mets ma main à couper. Girl next door. Of course. But that's all folks.
Et sur le territoire politique ? Encore les Etats-Unis. Michèle Obama. Forte tête, charisme incontestable, engagement avéré. Chapeau bas. Tournons-nous vers l'Elysée. Arf. Ça murmure. C'est gracile. Ça s'engage comme ça demande des préservatifs dans une pharmacie catholique. Du bout des lèvres. Carla Bruni. Étonnant, non comme la femme du président de la République fait terrain commun avec les deux premières, Charlotte & Vanessa.
Je ne sais pas pour vous, mais c'est vrai qu'après que Michèle, la réalisatrice, m'en ait parlé, ça a commencé à mouliner à ce sujet. Ça m'a presque dérangé. C'est ça l'image représentative forte, caractérisée, reconnaissable de la femme française ? Je crois, mesdames, qu'il va falloir faire tomber le mythe, abattre les idoles, achever les chuchotements. On ne murmure pas à l'oreille des chevaux. On se bat tous les jours pour concilier des vies de femmes impossibles.

Ou alors, c'est la faute du sens premier du mot « icône » : Je cite ce cher wikipédia à la section icône religieuse « En devenant objets de vénération pour les fidèles, les icônes ont été soumises, dès le VIIIe siècle, par l'Église orthodoxe, à de sévères contraintes artistiques (sources d'inspiration stéréotypées, rigueur du trait, jeux des couleurs). Jusqu'à nos jours, ces canons se sont perpétués, assurant l'étonnante continuité de cette peinture dédiée à la gloire de Dieu. »
Bon, ben voilà. La France a dû rester coincée au VIII siècle. On pense que nos icônes sont infiniment modernes. Je crois, bien au contraire, qu'elles sont la continuité d'une tradition invisible. Un mythe de plus en plus éloigné de la réalité. Et qui, du coup, n'en prend encore que plus de force.

By Belam
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Et du coup, tout à ton bonheur et ta...
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
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