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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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À propos de l'héritage.

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Je suis étudiant. Il me reste encore un an avant de recevoir mon diplôme de master. La formation dans laquelle je me suis engagé m'incite tous les jours (comme la plupart des formations) à "aller sur le terrain", "apprendre le métier" et "engranger de l'expérience". Donc à faire des stages. Le concept même de "stage" est aujourd'hui au centre de bien des préoccupations. Qu'est-ce qui peut bien pousser les étudiants à offrir leur force de travail à une entreprise qui la rémunèra pour un peu plus d'un tiers du SMIC ? Qu'est-ce qui peut bien pousser les étudiants à accepter de payer ce prix d'entrée sur le marché du travail ? Qu'est-ce qui peut bien pousser les étudiants à accepter ce système ?

Toutes ces questions - je dois le préciser -, je ne me les suis jamais vraiment posées. Jusqu'à ce que je voie passer un tweet s'indignant du fait que les entreprises préfèrent embaucher des stagiaires plutôt que de créer des postes. Argument auquel je ne peux que souscrire, sans aucune limite. Seulement, les propos de cette personne sous-entendaient clairement que l'unique synonyme de "stage" était "exploitation", et que les étudiants acceptaient n'importe quoi, comme des moutons. Malaise.

Il m'est arrivé de faire des stages, qui ont parfois rimé avec "exploitation". Mais souvent, ils ont aussi rimé avec "expérience", "apprentissage" et "leçons". Expérience parce que j'y ai appris une méthodologie de travail et qu'ils m'ont permis de m'immerger dans des milieux professionnels particuliers. Leçons parce qu'ils m'ont appris à savoir ce que j'étais prêt à faire pour travailler, et à cibler ce que je voulais pour mon avenir. Parce qu'un stage peut permettre incontestablement de finaliser ou redéfinir un projet professionnel, d'admettre qu'on a fait une erreur ou de conforter un choix. J'ai bien conscience que ces stages et le cadre légal qui les régissent posent problème, voire soit légèrement scandaleux. Ce qui me dérange plus, c'est qu'on conçoive le stage comme un outil de perpétuation de l'hydre capitaliste-contre-lequel-il-faut-nécessairement-se-battre-sans-vraiment-comprendre-comment-il-fonctionne. Jamais il n'est question de considérer le stage comme une passerelle vers le travail ou vers l'entreprise pour ses détracteurs. Jamais il n'est question d'en repenser la réglementation. Il est question de l'enfermer dans un carcan argumentaire propre à des débats idéologiques épuisés.

Plusieurs choses.

Accuser les étudiants d'accepter le système tel qu'il est en acceptant n'importe quoi est absurde. Il est tout aussi absurde de penser que les étudiants ne trient pas les offres auxquelles ils candidatent. Personne n'est obligé d'accepter quoique ce soit. Nul n'est sans savoir qu'il faut intégrer le système pour pouvoir le changer. L'affrontement ne mènera à rien, les révolutions nous l'ont justement prouvé.

Ce qui est scandaleux, c'est que la loi permette à certaines entreprises de publier des annonces de stages qui ne sont ouvertes qu'à "des candidats ayant plus de deux ans d'expérience du métier pour 420 euros par mois", comme j'ai pu le voir pendant mes recherches. Le problème, ce n'est pas le stage - c'est la réglementation qui permet à des entreprises de perpétrer ce genre de pratiques.

D'autre part, on m'a opposé le sacro-saint mai 68. L'héritage. Dont on ne sait jamais vraiment de quoi il est constitué tant on n'est même pas certain de son existence. Qui suis-je, moi, étudiant en 2011 pour mettre un pied dans ce système alors que "je sais ce qui s'est passé en mai 68 ?" Qui suis-je pour oser un tel affront ? Ma seule réponse se décline en deux volets. Premièrement, envisager le stage sous l'angle de l'exploitation est idéologique, donc limité. Sans pour autant vouloir dire qu'il faut nécessairement accepter sans broncher les conditions dans lesquels certains d'entre eux sont parfois effectués.

Dernièrement, je pense qu'il est temps pour les nostalgiques de comprendre que la jeunesse a elle aussi le droit de refuser de supporter en bloc les héritages que l'on essaie de lui imposer à longueur de journée. Et d'y préférer une réflexion empirique et constructive.

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Henri

Commentaires
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milllie 06-06-2011 09:58:26

je plussoie henry "Nul n'est sans savoir qu'il faut intégrer le système pour pouvoir le changer." Merci pour ce coup de gueule.
  Violette R.O.L.L. 06-06-2011 11:38:55

Ca me rappelle la volée de bois vert que j'avais pris en défendant que :
- Oui le stagiaire est important dans une entreprise
- Oui être stagiaire est formateur et non synonyme d'exploitation
- Oui les dérives du systèmes peuvent être contrées (en refusant des postes de stagiaires une fois qu'on est diplômé par exemple, l'argument "j'ai pas le choix c'est la société qui veut ça" me hérisse le poil).

Et même plus tard, ils nous cassent les c*** (dont je ne suis pas pourvue au sens littéral) avec leurs héritages, il y a 2 mois maintenant j'ai quitté mon travail pour... rien. Pour moi, ma santé, ma vie, mes projets. Et je n'ai jamais été aussi heureuse, stressée un peu, inquiète certes, mais je retrouve mes poumons et mon cerveau.
Pour une fois, les vieux, ils pourraient la fermer...
Ahem, pardon, j'arrête là
  lio 06-06-2011 11:44:52

Je te rejoins Henry pour dire qu'un stage , fait partie du parcours de vie de l'étudiant.

Par contre quand l'annonce précise qu'il faut deux ans d'expérience derrière , le stage se fait forcément hors du cursus universitaire et c'est là où l'on peut s'indigner puisque dans ces cas là, il s'agit d'un emploi sous qualifié et sous payé.

D'expériences personnelles, la formation par apprentissage devrait être valorisée et mis en avant, même à l'université, à partir du master.
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Auteur de cette article : Henri

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