Toutes ces questions - je dois le préciser -, je ne me les suis jamais vraiment posées. Jusqu'à ce que je voie passer un tweet s'indignant du fait que les entreprises préfèrent embaucher des stagiaires plutôt que de créer des postes. Argument auquel je ne peux que souscrire, sans aucune limite. Seulement, les propos de cette personne sous-entendaient clairement que l'unique synonyme de "stage" était "exploitation", et que les étudiants acceptaient n'importe quoi, comme des moutons. Malaise.
Il m'est arrivé de faire des stages, qui ont parfois rimé avec "exploitation". Mais souvent, ils ont aussi rimé avec "expérience", "apprentissage" et "leçons". Expérience parce que j'y ai appris une méthodologie de travail et qu'ils m'ont permis de m'immerger dans des milieux professionnels particuliers. Leçons parce qu'ils m'ont appris à savoir ce que j'étais prêt à faire pour travailler, et à cibler ce que je voulais pour mon avenir. Parce qu'un stage peut permettre incontestablement de finaliser ou redéfinir un projet professionnel, d'admettre qu'on a fait une erreur ou de conforter un choix. J'ai bien conscience que ces stages et le cadre légal qui les régissent posent problème, voire soit légèrement scandaleux. Ce qui me dérange plus, c'est qu'on conçoive le stage comme un outil de perpétuation de l'hydre capitaliste-contre-lequel-il-faut-nécessairement-se-battre-sans-vraiment-comprendre-comment-il-fonctionne. Jamais il n'est question de considérer le stage comme une passerelle vers le travail ou vers l'entreprise pour ses détracteurs. Jamais il n'est question d'en repenser la réglementation. Il est question de l'enfermer dans un carcan argumentaire propre à des débats idéologiques épuisés.
Plusieurs choses.
Accuser les étudiants d'accepter le système tel qu'il est en acceptant n'importe quoi est absurde. Il est tout aussi absurde de penser que les étudiants ne trient pas les offres auxquelles ils candidatent. Personne n'est obligé d'accepter quoique ce soit. Nul n'est sans savoir qu'il faut intégrer le système pour pouvoir le changer. L'affrontement ne mènera à rien, les révolutions nous l'ont justement prouvé.
Ce qui est scandaleux, c'est que la loi permette à certaines entreprises de publier des annonces de stages qui ne sont ouvertes qu'à "des candidats ayant plus de deux ans d'expérience du métier pour 420 euros par mois", comme j'ai pu le voir pendant mes recherches. Le problème, ce n'est pas le stage - c'est la réglementation qui permet à des entreprises de perpétrer ce genre de pratiques.
D'autre part, on m'a opposé le sacro-saint mai 68. L'héritage. Dont on ne sait jamais vraiment de quoi il est constitué tant on n'est même pas certain de son existence. Qui suis-je, moi, étudiant en 2011 pour mettre un pied dans ce système alors que "je sais ce qui s'est passé en mai 68 ?" Qui suis-je pour oser un tel affront ? Ma seule réponse se décline en deux volets. Premièrement, envisager le stage sous l'angle de l'exploitation est idéologique, donc limité. Sans pour autant vouloir dire qu'il faut nécessairement accepter sans broncher les conditions dans lesquels certains d'entre eux sont parfois effectués.
Dernièrement, je pense qu'il est temps pour les nostalgiques de comprendre que la jeunesse a elle aussi le droit de refuser de supporter en bloc les héritages que l'on essaie de lui imposer à longueur de journée. Et d'y préférer une réflexion empirique et constructive.

Henri
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