J’ai tout essayé pour remplir ma mission (24 heures dans la vie de Mamansophie, http://mamansophie.canalblog.com).
Malheureusement, il faut l’avouer…Ne le prends pas mal, Sophie, mais toi et moi ne vivons pas du même côté du miroir.
Moi aussi, j’ai fêté Noël avec mes enfants. Mais mon PapaFranck à moi s’est fait bouter hors de ma vie il y a 3 ans, et près de moi à table et sous la couette, c’était mon Jules, 13 ans de moins que moi. Il ne risquait pas de mettre des guirlandes lumineuses tout autour de la maison, d’ailleurs, j’ai horreur de çà. Un sapin suffit largement à assouvir mon besoin vital de kitscheries. Le-dit sapin a été acheté in extremis, seulement vendredi 21 après-midi (après 1h de tractations et discussions sans fin sur le modèle, la taille, bon, allez celui-la est très bien, non, regarde, celui-ci est plus beau, plus gros, on s’en fout qu’il ne tienne pas dans la bagnole, je veux celui-là, je m’en moque qu’il coûte 43 euros, je veux celui-là et pas un autre…). Bien sûr, il est trop grand ce fucking sapin, et ma boite « déco de Noël » fait pauvrette… d’autant qu’évidemment, je n’ai pas vérifié avant, mais la guirlande lumineuse ne fonctionne plus qu’à moitié…
Chez moi, le 24 au soir, sans crèche ni messe de minuit (évidemment !) les enfants ont ouvert leurs cadeaux, après s’être sifflé une coupette (oui, j’ai laissé faire) et avoir bafré 7 tranches de foie gras (oui, j’ai laissé faire)… comme ça, j’ai eu la paix et j’ai pu ronfler jusqu’à midi le 25, le temps nécessaire pour faire passer mes huîtres, pendant que les garçons ouvraient les bouteilles survivantes pour « rhabiller la gosse » sans traîner.
Chez moi, à treize ans, « fifille chérie » écoute de la tektonik et se maquille les yeux, offre à son beaup’ comme cadeau des places pour le concert de Sinik, le frigo est vide (sauf l’essentiel, un foie gras et 1 bouteille de champ…) la baraque n’est ni rouge ni verte ni enguirlandée mais pleine de poils de chien, crapoteuse et bordélique, comme le reste de l’année.
Hier soir à 1h passée, sitôt rentrés dans nos pénates, mon jules s’entraînait à l’hélico télécommandé dans le salon comme un gosse (qu’il est), le chien pétait un câble devant ce moustique géant, et moi, après avoir libéré mes pulsions naturelles (j’avais acheté sur l’autoroute une peluche de bébé rotweiller scandaleusement inutile, histoire de pulvériser mon dépassement carte bleue), je gobais mollement, d’un œil, un film idiot de Bernie Bonvoisin en attaquant mon 2e litre de thé à la menthe et un plan tartines fortement nutellisées, totalement anti-diététique voire pré-diabétique, afin de plomber une bonne fois pour toutes mes triglycérides, gamma GT et ma glycémie (un tiercé dans l’ordre).
Avant de clore ces agapes réveillonnesques par une partie de jambes en l’air en totale contradiction avec la morale judéo-chrétienne, de fumer ma dernière clope post-baise au lit et de m’écrouler enfin, repue, tous mes pores (et pas qu’eux) suintant de satisfaction hormonale.Je goûtais pleinement ce moment, je le savourais en goutte à goutte en me disant que oui, j’étais bêtement drôlement jouasse, finalement… et assez happy de ce que ma vie peut avoir de politiquement incorrect et de totalement, délibérément hors de ta norme.
Car, tout çà pour te dire que, quand je lis ton blog, je ne me retrouve pas dans ta vie, pour moi aseptisée, qui sent la desperate à plein pif (je te laisse deviner laquelle) et me semble plus éloignée que Pluton de ma réalité quotidienne… Non, je ne retrouve rien de moi en toi, ni de toi en moi, je ne peux pas concevoir de vivre ta vie rien qu’une journée, j’aurais la sensation d’être déjà Six feet under. Ton quotidien me fait flipper grave, pardonne-moi mais c’est comme çà. Attention, je ne te dis pas que j’ai raison et toi tort, je ne le pense même pas une seconde car je suis certaine que tu es heureuse dans ton rôle - et c’est d’ailleurs ce que je te souhaite - , mais il est si rare de me sentir si peu de points communs avec une autre fille, que je trouve cela fascinant : rien ne me parle !
Il manque pour moi cruellement, dans ta vie ou en tous cas ce que tu en racontes, ce côté “brindezingue” qui m’est aussi indispensable que l’oxygène, les Kool, le champagne, les fous rires avec mes potes et la musique à fond dès le saut du lit. Ces petits riens qui font que, pour mes enfants, je ne suis certainement pas la mère parfaite mais une nana un peu déjantée et toujours partante pour un brin de fantaisie avant toute chose. Et qui paye cher le prix de son indépendance d’esprit, mais tant pis. Oui, je me sens joyeuse d’avoir encore 20 ans dans ma tête alors que j’en affiche le double au compteur, que je ris et pleure dans la même journée, embrasse et mords, gronde et câline, et que ce qui me fait me sentir vivante avant tout, c’est cette folie douce que j’aime ne pas toujours canaliser, ces moments de doux délire et de pétages de plombs…
Non, je ne veux pas être « grande », j’ai refusé très jeune, sans le savoir, sans même en prendre pleinement conscience, cette vie plate, bourgeoise et insipide (selon moi) qui semble ton paysage, qui m’était pourtant toute tracée comme une autoroute vers le cimetière et pour laquelle j’avais été formatée : bonne mère, bonne épouse, bien mariée, sérieuse et raisonnable, prête à tous les sacrifices. Je sais que le jour de passer l’arme à gauche, j’aurai vécu une vraie vie de « non mamansophie », cahin-caha. Bien remplie, débordante, c’est sûr. Dans laquelle le rôle de mère n’aura pas été qu’un détail… mais n’aura pas pour autant suffi à me définir.Voilà.
Ceci explique que, même en essayant bien fort de me concentrer, je ne réussis pas à vivre ta vie de non-épidemik. Pas plus, je pense, que tu ne pourrais supporter la mienne.Parce que moi aussi, ma famille est formidable, mais sans aucun doute pétée du casque. Mission accomplie, je peux donc quitter ton blog et partir tranquille, l’esprit (de fête) en paix, je leur ai donné le goût du bonheur et de la « liberté de penser » (merci au philosophe Florent.P).