Le tourne disque, il était dans la chambre de ma grande sœur. Elle, c’était Johnny, Claude François. Genre la cloison était très mince et j’ai appris à haïr en musique ma sœur et Johnny.
13 ans. Une liberté sur laquelle je ne m’étendrai pas. Des fréquentations de troquet depuis toujours. Les potes de mon dab, les copines aussi et puis « la » copine. L’alcool, le baby, le flipper et les menthe à l’eau…
La vieille Juva 4 camionnette du père… les portières qui s’ouvraient « à l’envers ».
Un jour, les potes du dab le chargent à l’arrière. Un d’eux se met au volant, mon frère et moi à côté sur la grande banquette sans ceinture de sécurité.
Il venait d’avoir son permis. Tout le monde l’appelait Mickey. Un teddy-boy quand moi je trainais avec la bande de punks de mon quartier.
Il vivait pas ici mais ailleurs, au bord de la mer. Contre-bassiste.
Un teddy-boy, pour celles et ceux qui savent pas, c’était des fans de rock. Mickey, de rockabilly.
Je savais même pas que j’étais raide dingue de lui.
À la Toussaint, on nous a mis au vert au bord de la mer, je sais plus pourquoi. Une semaine là-bas. On a retrouvé Mickey. Là aussi, une liberté quasi totale. Là aussi des troquets. Des concerts. Du rockabilly plein les oreilles. Il jouait avec sa contre-basse, la faisait virevolter, voltigeait.
La veille de mon départ, il m’a emmené chez le disquaire. Un mec tranquille spécialisé dans l’import.
Mickey voulait m’offrir un album. Déjà un caractère de cochon. J’ai sorti mes sous. J’en avais pas beaucoup et je dépensais quasi jamais rien.
Je sais pas pourquoi c’était si important pour moi de l’acheter ce disque. Pallier la différence d’âge ? Peut-être. J’étais la mascotte, la petite sœur… j’aurais bien aimé être autre chose.
Les Stray cats. Stray cats Strut… my first album.