
03h35. Je ne dors pas. Je ne dors plus beaucoup en ce moment. Mais ça ne me dérange pas, ça me laisse du temps. Beaucoup de temps. Alors je dessine. Je joue, je modèle. Dans le petit cahier à spirale qui est cloné d'année en année. Depuis si longtemps. Je le choisis toujours de la même couleur. Le même format, la même marque. Et ainsi, j'ai une multitude de carnets, tous identiques, mais tous différents, noircis de mes personnages. Ceux qui me traversent la nuit, ceux que j'aimerais retenir mais qui s'enfuient, immatériels, ceux qui me hantent, ceux que j'envie. Je passe des heures à esquisser, à reprendre un trait, à accentuer ou flouter. Une galerie de portraits tous dissemblables et pourtant formés d'un seul visage.
Le mien, polymorphe à l'infini. En posant mon crayon sur la feuille, en grossissant un trait, en maquillant un détail, en affinant un tracé, j'essaie de créer, d'inventer... autre chose, des rythmes différents, une respiration originale. C'est sans espoir. J'aurai beau le vouloir de toutes mes forces, tenter l'aventure du vide, je sais qu'il n'y a que moi derrière. Toujours.
Rageusement, j'efface, recommence. Essaie de me vider la tête, de trouver l'inspiration à l'extérieur de moi. Mais c'est impossible. Mes larmes deviennent des mots, mes sourires se transforment en phrases. Trop de choses restent enfouies, trop de sentiments me bouffent. Alors, c'est mon exutoire. Egocentrée à l'excès. Me créer et recréer à l'infini. En mieux ou en pire. Mais différente.
Les Autres. Les Autres qui me voient d'une façon tronquée, biaisée. Forcément. Parce que j'en joue, je manipule. Prestidigitatrice. Ceux à qui je n'offre que certains traits, certains angles, ou certaines rondeurs. Ceux qui croient savoir tout de moi. Ceux qui se trompent. Ceux que je dessine, liés à moi. Ceux dont je me nourris, comme un vautour. Ceux dont je mets les tripes à nu, carnassière. Ceux que je déshabille, sans pudeur. Ceux que je dissèque. Ceux que j'aime. Ceux que je hais.
Mon appétit est grand, et ma faim reste toujours inassouvie. Jamais en repos, mes doigts tentent de se calmer, de donner de la matière à mes angoisses, de rendre malléables mes incertitudes. Mais je reste là, bouche béante d'envie, de désir. Je voudrais pouvoir contrôler. Pouvoir régenter. Pouvoir me taire.
Pouvoir se taire.
C'est au delà de moi. De mes mots. De mes rêves. De mes ébauches. De mes débauches. La nuit, je suis autre. Elle apparait. La vacuité de son existence, la peur de l'inconsistance, le sentiment d'imposture constant, le manque, la peine, la peur, tout s'efface. Elle se transfigure, se déguise.
L'assurance qui lui manque, elle l'obtient de sa main décidée, en traçant une ligne pure, droite, ... Elle se dédouble. Elle devient sa propre créature.
Insensible. Intouchable. Immortelle.

By Sand
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
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ah mais je crois que beaucoup d'abste...