Addiction
Mardi, 22 Septembre 2009 00:00
Sand
Elle. Elle souffle sur la mèche qu'elle a constamment devant les yeux. Comme pour ne pas voir, ou voir autrement. A travers un filtre. Grandie trop vite, trop mûre trop tôt. Les hanches pleines à craquer le jeans déjà troué, les seins dissimulés tant bien que mal sous un pull informe, une cigarette aux lèvres. La fumée exhalée en tordant un peu la bouche, la profonde inhalation qui la rassure, lui donne de l'assurance. Un truc à elle. Elle ne sourit pas. Ou juste en surface. Elle tempête, elle vocifère, elle brasse de l'air, toujours courant. Plus vite, plus loin. Ailleurs.
Lui. Son exact contraire. Anguleux, des bras à n'en plus finir, des silences apaisants, et puis, il sourit. D'un vrai sourire. Millénaire. Monolithe. Il observe tandis qu'elle s'agite, il est là, quelque part, jamais très loin. Statique quand elle ne tient pas en place une seconde.
Elle, qui ne se laisse pas approcher,qui donne le change en multipliant les contacts, pour n'être proche de personne, qui s'échappe toujours, ne se méfie pas de lui. En sa présence, elle arrive à se taire. A moins vouloir être loin, pour être plus près. Plus près de lui. Tout semble les opposer, ils se ressemblent bien plus qu'ils ne le croient. Timides, ils s'apprennent, ils se frôlent. Elle ne sait pas quoi penser de lui. Elle ne peut pas savoir ce qu'il y a vraiment derrière l'eau en apparence calme de ses yeux. Lui, troublé, feint l'indifférence, se rapproche pour mieux s'éloigner ensuite. De cigarettes en cigarettes, d'autres bras en autres bras, elle flotte. Un verre ou deux, puis trois, puis... Les décompter, fermer les yeux. Cinq, quatre, trois, deux, un...
Espérer. Attendre.
Sa bouche. Qui se pose sur la sienne,un jour, mi amusée mi perdue. Comme une audace évidente. Fermer les yeux. Vouloir toujours ses bras, de plus en plus fort. Être terrifiée. Elle ne veut avoir besoin de personne à ce point. Elle ne veut pas sentir le manque, la douleur quand leurs peaux ne se parlent pas.
Elle. Rêve d'espace et d'indépendance. Elle rit parfois très fort en disant: "Plus tard je serai écrivain" ironisant sur ses envies de grandiloquence, se reprenant bien vite. Lui ne se moque pas. Jamais. Elle pleure parfois. Pour rien. Quand il n'est pas là. D'être ainsi à lui. Elle qui se voudrait si forte sent qu'entre ses bras elle n'est qu'une esquisse fragile, un souffle à peine palpable, un fétu dont il pourrait faire ce qu'il veut. Ni avec lui, ni sans lui.
Il faut qu'elle défasse ce lien qui la ronge. En même temps, s'y résoudre est impossible. Son ventre a faim de lui, ses yeux cherchent les siens, sa main s'insinue dans la sienne. Et elle est bien. Perdue. Fragile. Mais bien. Heureuse. Complète.
Ils sont un tout. Évoluent ensemble. Pourtant, elle ne lui laisse pas l'accès à elle. Lui laisse croire. Donne tout ce qu'elle peut donner, sauf ce qu'elle devrait. Elle ne dit rien. Ne parle pas d'eux, trouve des échappatoires. Même, elle le fait souffrir, volontairement, consciemment, pour se salir face à lui, qu'il reprenne raison, qu'ils retombent sur terre.
Ce sont des adolescents. Pas encore des adultes. Elle n'est pas prête à ça. C'est trop. La reddition, le lâcher-prise, le bonheur, elle n'est pas faite pour ça. Elle va le quitter. Remettre de l'ordre dans sa vie. Carré, mathématique. Partir, comme elle l'a toujours voulu. Une semaine, une dernière semaine ensemble, encore un peu de sa peau, de ses mots, de lui. Elle en crèvera, lui ira mieux sans elle. C'est ce qu'elle pense. Ces sept jours sont un mélange de disputes fracassantes, et de sexe dingue. Une semaine pour tout revivre, et mettre un terme. Une semaine à l'aimer pour le reste de sa vie. Une semaine pour dire au revoir. Un aéroport. Un dernier baiser comme une gifle.
D'autres dans son lit. Une vie construite patiemment, studieusement. L'élève bravache, toujours prête à critiquer, sans discernement, juste pour le plaisir de faire différemment, est rentrée dans le rang. Mieux, elle est devenue première. Appliquée, cheveux lisses, l'œil un peu éteint, comme la cigarette à laquelle elle a renoncé. Définitivement. Des envies comme des lettres mortes. Des rêves remplacés par la sûreté du lendemain.
Elle. Jupes au genou, quelquefois des talons, pour faire femme. Elle a beaucoup changé. Elle pense à lui, ce qu'il penserait d'elle, maintenant. Ils auraient pu se croiser un jour, au détour d'un trottoir, yeux bleus contre prunelles marrons, un moment suspendu dans l'air. C'aurait été intense, leur rencontre. Probablement qu'autour d'eux, plus rien n'aurait eu d'importance, d'existence...Quelque part, elle attend ça. Elle écrit. C'est la seule chimère qu'elle poursuit encore. Des mots. Les mots entre eux qui n'ont pas été dits. Des pages et des pages, à se raconter, à le raconter, lui.
Hasard contemporain, c'est les mots qui les font se retrouver. Électroniques. Son cœur qui bat. Elle ne veut pas imaginer, ne veut pas y croire. Après tout ce temps, il pense encore à elle. Il ne l'a pas oubliée. Il lui a pardonné.
Rires. Plus de failles entre eux. Plus de temps. Plus d'espace. Se voir. Être sûrs que ce n'est pas un mirage. Elle sait dès qu'elle le voit ouvrir les bras.
Pas assez de mots pour se dire. Pas assez de lui. Le creux qu'elle a toujours ressenti en elle, qu'elle a tenté de combler en vain, ce qu'elle a cherché des années dans le noir, c'était lui. Ne plus le laisser s'envoler, jamais. Ils sont maintenant vraiment ensemble. La main dans la sienne, elle n'a plus peur. Complices à en perdre la raison. Riant comme des gosses. S'engueulant, se déchirant, se reprenant, s'épuisant, s'adorant, de toutes leurs forces.
Ils s'aiment.
Point final.
By Sand
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...