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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Addiction

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Elle. Elle souffle sur la mèche qu'elle a constamment devant les yeux. Comme pour ne pas voir, ou voir autrement. A travers un filtre. Grandie trop vite, trop mûre trop tôt. Les hanches pleines à craquer le jeans déjà troué, les seins dissimulés tant bien que mal sous un pull informe, une cigarette aux lèvres. La fumée exhalée en tordant un peu la bouche, la profonde inhalation qui la rassure, lui donne de l'assurance. Un truc à elle. Elle ne sourit pas. Ou juste en surface. Elle tempête, elle vocifère, elle brasse de l'air, toujours courant. Plus vite, plus loin. Ailleurs.

Lui. Son exact contraire. Anguleux, des bras à n'en plus finir, des silences apaisants, et puis, il sourit. D'un vrai sourire. Millénaire. Monolithe. Il observe tandis qu'elle s'agite, il est là, quelque part, jamais très loin. Statique quand elle ne tient pas en place une seconde.

Elle, qui ne se laisse pas approcher,qui donne le change en multipliant les contacts, pour n'être proche de personne, qui s'échappe toujours, ne se méfie pas de lui. En sa présence, elle arrive à se taire. A moins vouloir être loin, pour être plus près. Plus près de lui. Tout semble les opposer, ils se ressemblent bien plus qu'ils ne le croient. Timides, ils s'apprennent, ils se frôlent. Elle ne sait pas quoi penser de lui. Elle ne peut pas savoir ce qu'il y a vraiment derrière l'eau en apparence calme de ses yeux. Lui, troublé, feint l'indifférence, se rapproche pour mieux s'éloigner ensuite. De cigarettes en cigarettes, d'autres bras en autres bras, elle flotte. Un verre ou deux, puis trois, puis... Les décompter, fermer les yeux. Cinq, quatre, trois, deux, un...
Espérer. Attendre.

Sa bouche. Qui se pose sur la sienne,un jour, mi amusée mi perdue. Comme une audace évidente. Fermer les yeux. Vouloir toujours ses bras, de plus en plus fort. Être terrifiée. Elle ne veut avoir besoin de personne à ce point. Elle ne veut pas sentir le manque, la douleur quand leurs peaux ne se parlent pas.

Elle. Rêve d'espace et d'indépendance. Elle rit parfois très fort en disant: "Plus tard je serai écrivain" ironisant sur ses envies de grandiloquence, se reprenant bien vite. Lui ne se moque pas. Jamais. Elle pleure parfois. Pour rien. Quand il n'est pas là. D'être ainsi à lui. Elle qui se voudrait si forte sent qu'entre ses bras elle n'est qu'une esquisse fragile, un souffle à peine palpable, un fétu dont il pourrait faire ce qu'il veut. Ni avec lui, ni sans lui.

Il faut qu'elle défasse ce lien qui la ronge. En même temps, s'y résoudre est impossible. Son ventre a faim de lui, ses yeux cherchent les siens, sa main s'insinue dans la sienne. Et elle est bien. Perdue. Fragile. Mais bien. Heureuse. Complète.

Ils sont un tout. Évoluent ensemble. Pourtant, elle ne lui laisse pas l'accès à elle. Lui laisse croire. Donne tout ce qu'elle peut donner, sauf ce qu'elle devrait. Elle ne dit rien. Ne parle pas d'eux, trouve des échappatoires. Même, elle le fait souffrir, volontairement, consciemment, pour se salir face à lui, qu'il reprenne raison, qu'ils retombent sur terre.

Ce sont des adolescents. Pas encore des adultes. Elle n'est pas prête à ça. C'est trop. La reddition, le lâcher-prise, le bonheur, elle n'est pas faite pour ça. Elle va le quitter. Remettre de l'ordre dans sa vie. Carré, mathématique. Partir, comme elle l'a toujours voulu. Une semaine, une dernière semaine ensemble, encore un peu de sa peau, de ses mots, de lui. Elle en crèvera, lui ira mieux sans elle. C'est ce qu'elle pense. Ces sept jours sont un mélange de disputes fracassantes, et de sexe dingue. Une semaine pour tout revivre, et mettre un terme. Une semaine à l'aimer pour le reste de sa vie. Une semaine pour dire au revoir. Un aéroport. Un dernier baiser comme une gifle.

D'autres dans son lit. Une vie construite patiemment, studieusement. L'élève bravache, toujours prête à critiquer, sans discernement, juste pour le plaisir de faire différemment, est rentrée dans le rang. Mieux, elle est devenue première. Appliquée, cheveux lisses, l'œil un peu éteint, comme la cigarette à laquelle elle a renoncé. Définitivement. Des envies comme des lettres mortes. Des rêves remplacés par la sûreté du lendemain.

Elle. Jupes au genou, quelquefois des talons, pour faire femme. Elle a beaucoup changé. Elle pense à lui, ce qu'il penserait d'elle, maintenant. Ils auraient pu se croiser un jour, au détour d'un trottoir, yeux bleus contre prunelles marrons, un moment suspendu dans l'air. C'aurait été intense, leur rencontre. Probablement qu'autour d'eux, plus rien n'aurait eu d'importance, d'existence...Quelque part, elle attend ça. Elle écrit. C'est la seule chimère qu'elle poursuit encore. Des mots. Les mots entre eux qui n'ont pas été dits. Des pages et des pages, à se raconter, à le raconter, lui.

Hasard contemporain, c'est les mots qui les font se retrouver. Électroniques. Son cœur qui bat. Elle ne veut pas imaginer, ne veut pas y croire. Après tout ce temps, il pense encore à elle. Il ne l'a pas oubliée. Il lui a pardonné.
Rires. Plus de failles entre eux. Plus de temps. Plus d'espace. Se voir. Être sûrs que ce n'est pas un mirage. Elle sait dès qu'elle le voit ouvrir les bras.
Pas assez de mots pour se dire. Pas assez de lui. Le creux qu'elle a toujours ressenti en elle, qu'elle a tenté de combler en vain, ce qu'elle a cherché des années dans le noir, c'était lui. Ne plus le laisser s'envoler, jamais. Ils sont maintenant vraiment ensemble. La main dans la sienne, elle n'a plus peur. Complices à en perdre la raison. Riant comme des gosses. S'engueulant, se déchirant, se reprenant, s'épuisant, s'adorant, de toutes leurs forces.
Ils s'aiment.
Point final.
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By Sand
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Commentaires
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Zan 22-09-2009 02:00:31

chérie...
elle & lui.
avec une jolie esperluette comme liaison.
ce n'est pas un point final mais des pointillés par milliers qu'on leur souhaite.
dur
Belam 22-09-2009 09:52:03

de commenter après Zan...

mais des pointillés par milliers qu'on leur souhaite.

magnifique !
Zan 22-09-2009 22:40:23

>< merci
Sonia 22-09-2009 09:58:04

Ah l'amour ! Quand il vous prend, faudrait presque partir en courant !
C'est beau...
Rolanda Bibine 22-09-2009 12:14:41

Parfois certaines histoires ont besoin de maturité ! Et puis le temps passant, on est moins impulsif, on réfléchit peut être d'avantage
(bouououou je parle comme une vieille !!!)
on vit cette histoire...
Anne-So 22-09-2009 13:41:47

c'est si joliment écrit, et ces détails minutieusement imagés, oui c'est vrai un sourire pointe sur mon visage. Merci
sand 22-09-2009 14:07:43

@Zan: Rho, arrête on va croire qu'on est copines... (cette histoire de pointillés est fabuleuse)

@Bellâm: bah oui, Zan, elle a de ces fulgurances

@Sonia: non, surtout on ne court pas. On ferme juste les yeux si on a trop peur, et on laisse venir

@rolanda: exact. Comme en cuisine, y a un timing pour l'amour. Les deux doivent être prêt, et surtout avoir reglé leurs histoires persos avant... C'est pour ça que les premiers amours restent souvent des histoires inachevées....

@Anne-So: c'est le plus joli compliment qu'on puisse faire, vivre l'histoire... C'est pour ça que j'aime bien raconter moi...
Zan 22-09-2009 22:40:42

je te nem
De l'amour retrouvé...
Ivanhoé 22-09-2009 18:02:34

L'amour perdu ne l'est pas toujours, et quand il ne l'est pas et redemarre sur de bonnes bases, c'est encore plus beau.
Ce texte fait rever les malchanceux et revivre de bons souvenirs a ceux qui on connu ce genre de situation...
un sourire
Millie 24-09-2009 09:35:56

Merci Sand, ton texte ce matin me fait sortir de mon silence.
Quelques mots de toi et l'envie qui se crée de savoir si l'histoire est vrai, l'envie de savoir et l'envie d'y croire en souvenir. Magie de tes mots.
Merci Sand...
sand 24-09-2009 14:29:54

@Ivanhoé : Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! (cri de fan hystérique )

@Millie: de toutes les histoires que l'on (se) raconte, il y toujours une part de vérité...
Sûrement qu'elle et lui existent quelque part. En tous cas, c'est bien mieux d'y croire
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Auteur de cette article : Sand

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