Au milieu de cette rue aux pavés inégaux, à l'odeur d'urine envahissante, à la crasse qui lui colle au train, c'est bien moi à quatre heures du matin, avec elle, à lui tenir les cheveux... Attendre qu'elle ait fini, sortir un mouchoir neuf de ma poche, essuyer le revers de sa bouche, facile.
Il faut maintenant la soutenir, elle vacille sur ses louboutins trop grands. Chaussures de pouffiasse. Je déteste. Son maquillage se délave, brouillé par les larmes qui lui échappent.
- J'recommencerais pas. J't'aime. Y a que toi...
Je connais ces retours d'affection par cœur.
Quand je l'aiderai à se déshabiller, tout à l'heure, elle se collera à moi, son corps tiède, son parfum mêlé d'acide.
- J'ai envie de toi. Tu... Tu comptes beaucoup tu sais, plus que tout.
Elle joindra le geste à la parole. Quelques minutes d'efforts. Défaire ma braguette, saisir presque brutalement ma bite. Je sentirai ses dents me heurter légèrement.
- Non, laisse, pas ce soir, t'es pas en forme
- Si, j'ai envie, je veux...
Son côté salope. Elle n'est pas toujours précise à jeun, alors dans cet état... Seulement le confort de sa bouche chaude, humide me fait oublier un moment. Qu'elle boit trop. Je ferme les yeux. Elle se lasse très vite, ses yeux tombent de sommeil, sa langue mollit, sa bouche s'entrouvre et je sens que c'est le moment. Je me retire, et plus pour moi que pour elle, je relève sa jupe jusqu'à ses seins, dénudant son ventre blanc, écarte sa culotte, et la pénètre.
- Salope
J'ai appris à la baiser en égoïste, depuis. Elle gémit à peine quand elle me sent en elle. Je crois qu'elle a perdu conscience. Alors, j'essaie de penser à comment elle aimait ça au début. Comment elle se tournait vers moi, je voyais dans son œil allumé le désir, je n'avais qu'à frôler ses hanches, l'attirer à moi pour la sentir raidie et molle à la fois, il suffisait que je passe une main entre ses cuisses pour avoir sur les doigts son parfum. Elle retenait parfois ma main, guidait mes doigts. Elle triomphait.
- Prends moi
Ses yeux fixés sur moi, elle scrutait le gonflement, jouissait presque de voir que mon envie d'elle crevait quasi mon jean. Elle était toujours ou presque en demande à ce moment là. Elle m'envoyait des textos enflammés, et dont je rougissais parfois. Elle avait l'air gourmand de la chatte en chaleur, un peu provocante, lascive, joueuse.
- Personne ne m'a jamais autant excitée.
Je crois que c'était vrai. Maintenant le sexe avec elle se résume à me vider les couilles dans une poupée inanimée, quand j'y arrive. Parce que parfois, simplement de savoir qu'elle ne ressent rien, qu'elle ne fait même pas ça par envie, qu'elle se laisse juste aller un peu par culpabilité, un peu par lassitude, ça me fait complètement débander. Alors, je laisse mon sexe glisser hors de son vagin même pas hostile, juste indifférent, je sors de la chambre, j'attrape quelques trucs à grignoter et je m'affale devant la télévision. Un truc débile quelconque ou bien Ruquier.
Ruquier, sa tête de premier communiant éternel qui fait des calembours me distrait. Je n'ai plus envie de lui filer des claques à elle, mais à lui. Je l'aime bien parce qu'il me permet de me décharger de mon agressivité, de cette boule noire et serrée au ventre, il m'empêche de cogner sur les murs ou de casser des choses. Je n'ai qu'à concentrer ma haine sur ce petit mec prétentieux, l'insulter mentalement, lui casser la figure à grands coup de lattes dans la gueule imaginaires pour que ça aille mieux.
- Connard. Petite ordure.
Un peu calmé, je m'abrutis, une heure ou deux. Puis quand je suis vidé, je me traine jusqu'à la chambre, où en travers des draps elle ronfle mollement. J'écarte une mèche collée en travers de sa bouche, essuie le filet gastéropode, puis me laisse absorber par le matelas trop mou. A côté de moi. Pas d'elle. Elle est partie depuis longtemps. Depuis les verres excédentaires, les hurlements silencieux, les crispations du ventre...
Je dessine aux plafond des formules confuses, des heures. Son odeur âcre, faussement sucrée à cause de ces martinis enquillés sans sourciller, des cosmo à la chaîne, des sex on the beach en rafale. Je repense à ces plages où nous n'allons plus, à ce qu'elle gâche, à ce qu'on perd. Sa peau est devenue blafarde, l'alcool lui file de petits boutons noirs sur les aretes du nez, ses cheveux sont filasses, comme un duvet de bébé de trente cinq ans. Elle garde des ecchymoses en permanence, sur les bras, les jambes. Ca lui fait de drôles de cartes de pays imaginaires violets ourlés de jaune, des bizarreries géométriques à reflets verts. Son ventre est un peu gonflé. Comme quand elle...
- Ne pleure pas mon ange, s'il te plaît.
Je ne devrais plus repenser à ça... Vaut mieux. On ne peut pas dire ce qui se serait passé, et puis, comme disent les gens plein de bon sens "Si c'est arrivé, c'est que ça devait arriver". Je les emmerde, les gens.
- On verra. On aura peut être une seconde chance.
Son souffle parfois se précipite, elle fait surement un cauchemar, sa bouche se crispe, ses doigts agrippent le drap, le tordent, ... Puis elle revient à une respiration normale, les turquoises et les outremers de son front s'évanouissent , et elle retrouve son apparence de quasi morte.
Quand son sommeil est profond, son teint aspirine et son inertie me font croire qu'elle l'est peut être. Morte. Alors comme les parents d'un nouveau-né inquiets, je me penche au dessus de sa bouche, pour sentir son souffle.
- Ouf. Tu respires.
Je ne sais plus si ça me rassure ou si ça m'embête qu'elle soit encore en vie. Parfois je pense (mais ça s'évanouit vite) qu'il vaudrait mieux qu'elle ne soit plus là. Peut être que ce serait mieux. Pour nous deux. C'est dégueulasse de penser ça. C'est dégueulasse, mais ça soulage. Un peu. Ça me laisse des bribes d'air. Après évidemment je culpabilise. Je voudrais la prendre dans mes bras.
- Je t'aime
Même si ce n'est plus vraiment elle. Des fois, je la retrouve. Certains matins, quand elle n'a pas trop abusé le soir, que ses idées sont presque claires, je la regarde manger avec appétit son bol de céréales.
- Je t'aime
Ça fait partie des rares fois où je la vois manger correctement. D'habitude elle grignote. Et ça me fait plaisir, je ne sais pas pourquoi mais quand une goutte de lait vient mourir au coin de sa lèvre, ça m'émeut presque... J'aime bien la regarder, quand les yeux dans le vague encore un peu, la marque de l'oreiller sur la joue, elle hoche la tête au rythme d'une musique idiote.
- Je t'aime
Je ne lui ai jamais dit à quel point je trouve ses goûts musicaux à chier, mais ces minutes là, elle pourrait bien se taper l'intégrale de Demis Roussos en japonais que ça me serait égal. Elle chante faux, elle dodeline, mais c'est bien elle. C'est elle. J'ai juste envie de poser ma tête contre ses seins, qu'on reste là, tous les deux...
Je l'aime.

By Sand
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
j'avais pas de thème quand j'ai comm...
c'est bizarre parce que moi, le stage...
Mais ce n'est pas grave de partir plu...
n'est ce pas !?
pour l'instant tout se passe bien. :...