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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Aude & Simon

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Note : Ceci est une fiction. Elle ne fait l'apologie de rien.

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Simon a toujours été mon modèle. Petite déjà, je buvais ses paroles, riais à ses blagues pas drôles, me pliais à ses directives lors de nos jeux dans le parc de la propriété, quitte à me retrouver attachée des heures au chêne pendant qu'il combattait les méchants imaginaires avant de pouvoir me délivrer.

Nous avons un an et demi d'écart avec Simon. Nos premières années d'école, nous les avons passées séparément, chacun dans sa classe. Moi chez les petits, lui chez les moyens, puis quand j'arrivais chez les moyens, il partait chez les grands... C'est peut-être ce qui m'a poussée à travailler comme une forcenée pour enfin sauter une classe, le CE2, et le rejoindre en CM1... ou peut-être que j'étais juste douée. Je ne sais pas. Mais le CM1 a été une année de rêve. Côte à côte du matin au soir, du petit déjeuner au moment de la lecture, dans le lit, à la lueur de la lampe de poche. Nous avions une grande chambre avec deux petits lits, chacun le sien. Mais une fois le bisou du soir donné par nos parents, Simon me rejoignait sous mes draps. Il me racontait des histoires qui font peur... Enfin, elles ne faisaient pas vraiment peur, mais j'aimais faire celle qui avait peur pour qu'ensuite, il me prenne dans ses bras et me berce doucement.

Souvent, nos parents ont essayé de nous séparer, surtout quand mes résultats ont commencé à baisser, au second trimestre de notre 4ème. Aude me laissait copier sur elle en classe, mais je pense que je n'ai jamais été aussi intelligent qu'elle. Rendez-vous compte, elle avait un an de moins que nous tous, mais elle était brillante. La meilleure. Et la plus jolie aussi. Au collège, pas une fille ne lui arrivait à la cheville. Le collège... quelle torture. Sans elle, je n'aurais jamais supporté cette période. Les conversations insipides des autres mecs, leurs histoires plus énormes qu'eux pour essayer de plaire aux filles.

Non vraiment, Aude les battait tous, filles et garçons, à plate couture. D'ailleurs, ni elle ni moi ne fréquentions nos camarades de classe. C'est aussi pour ça que nos parents nous ont fait suivre par un psychiatre, nous étions « asociaux » ! Alors, on m'a fait changer de place pour la fin de l'année scolaire, loin d'elle, à l'autre bout de la salle. Ils n'ont rien compris. Aude et moi, on communiquait par le regard. Il nous suffisait de nous regarder un centième de seconde pour rire de la même chose.

On m'a aussi octroyé la chambre voisine de la nôtre, parce que « arrivé à un certain âge, il n'est pas naturel de dormir avec sa soeur ».

 

La seule à s'être aperçu que nous nous rejoignions toujours la nuit, c'est la gouvernante. Mais avec Simon, on savait comment la prendre. La pauvre, elle n'avait jamais eu d'enfant, alors avec nos petits regards angéliques et nos moues innocentes on pouvait lui demander n'importe quoi. Y compris le silence.

 

C'est Aude qui m'a donné le goût de la lecture, La Princesse de Cleve, Le Rouge et Le Noir... Elle lisait, mettait le ton, me passionnait. Je tenais la lampe de poche pour l'éclairer. Et quand vraiment je n'accrochais pas, on modifiait l'histoire. On se faisait la nôtre. Nos nuits étaient courtes mais tellement douces. Souvent nous nous endormions avec la lampe allumée et Aude se réveillait le livre collé sur la bouche.

 

En troisième, ils nous ont vraiment séparés au collège. Cette période à été propice aux nouvelles rencontres, j'ai essayé de nouer des relations avec les filles de ma classe, ou en tout cas je les ai laissées m'approcher. Simon me manquait, mais j'ai passé de bons moments avec elles. Et puis Simon et moi, on se voyait le matin, et le soir...

C'est en juillet, que la vraie séparation a eu lieu, quand nous avons compris, lui et moi, qu'on nous envoyait dans deux centres de vacances différents.

 

Aude était plus docile que moi, elle a failli céder à leur pression. Elle a tenté de faire ami-ami avec les autres, ceux du collège. J'ai haï ses amies. Elles me volaient ses sourires, ses mots, ses mouvements de cheveux lorsqu'elle penchait délicatement la tête en signe d'incompréhension... Je me suis même battu en juin, pour elle ! Mais Aude n'en n'a jamais rien su. Ce garçon qui la reluquait depuis des semaines déjà, ce grand niais, je ne le supportais plus. Je lui ai mis une volée ! Du coup, nos parents m'ont inscrit, seul, à ce séjour à Londres, dans un collège privé. Ils faisaient d'une pierre deux coups. Je travaillais mon anglais et ils me séparaient d'elle.

Aude, elle, est partie en Italie, à Florence. Elle m'a écrit chaque jour pendant deux mois. J'ai lu toutes ses cartes des dizaines de fois. J'aimais son écriture ronde. Les petites queues à la fin de chaque dernière lettre de chaque mot était comme un fil d'Ariane que je suivais jusqu'au prochain mot. Je détestais les points dans ses phrases.

 

Quand j'ai revu Simon, le dernier week-end d'aout, j'ai été surprise, il avait changé, beaucoup. J'ai sauté dans ses bras que j'ai trouvés plus musclés d'un côté et tellement plus tendres de l'autre. Quand il m'a serrée contre lui, j'ai trouvé l'odeur de sa peau musquée, enivrante, il sentait bon. Les boucles blondes de ses cheveux trop longs dessinaient de jolies volutes dans sa nuque épaisse, plus puissante qu'en juin. C'était ça la puberté ? Je sentais des nuées de papillons dans le bas de mon ventre.

 

J'ai observé Aude descendre de la voiture de notre père à son retour de Florence. Comme dans un rêve, au ralenti, le vent a soulevé sa jupe pour découvrir ses longues jambes halées par le soleil d'Italie. Elle a délicatement repoussé une ses de mèches blondies par le soleil. J'ai remarqué les jolies montagnes que dessinaient ses petits seins, tout neufs. J'ai eu envie de sa bouche charnue et rose. Puis j'ai eu honte.

 

Simon semblait loin, très loin de moi toute la fin de l'après-midi. Il ne m'a pas beaucoup parlé. On est restés là, main dans la main sous la tonnelle, laissant nos parents faire les questions et les réponses quant à nos souvenirs de voyage, s'extasier devant nos mines reposées. J'étais tellement bien, tout contre lui malgré son silence. J'ai esquissé de petites caresses sur ses poignets. De celles qu'on voit parfois entre deux amoureux aux terrasses des cafés. Dans ma tête, je disais en boucle : « Simon je t'aime, Simon je t'aime »... et je suis sure que Simon m'entendait.


Je ne pensais qu'à sa peau, son odeur, ses petits seins, ses cheveux soyeux. Plus j'essayais de me résonner, plus c'était fort. J'ai prétexté un mal de tête pour aller m'allonger dans ma chambre. Aude, je le savais, me comprenait. Comme toujours. Ses mains qui effleuraient les miennes valaient tous les mots, tous les regards du monde.

 

J'ai grignoté quelques tomates cerise et suis montée pour défaire ma valise. Je me suis arrêtée quelques secondes devant la porte de Simon. Il le savait, il m'attendait. La porte s'est lentement ouverte, faisant grincer les gonds. Simon se tenait face à moi, torse nu, la lumière du soleil couchant dans le dos.

 

J'ai pris la main d'Aude pour l'attirer doucement vers moi. Sa bouche m'obsédait. Quand mes lèvres enfin ont gouté les siennes. Plus rien n'existait, plus rien ne bougeait. Nous avons fait l'amour sous les yeux du Fils, crucifié au dessus de mon lit.

 

La bouche de Simon, les mains de Simon, la peau de Simon, le sexe de Simon, l'odeur de Simon, le souffle court de Simon sur mes seins. Simon, Simon, Simon. Ce matin, nous n'avons pas besoin de parler. Simon emmène-moi. Emmène-moi loin des cris de maman quand elle a vu, loin du regard de papa quand il a compris.

 

Ce matin Aude de mes jours, Aude de mes nuits, j'ai compris que rien n'aurait jamais la saveur de notre nuit. Je veux mourir ainsi, dans tes bras, dans ton corps.

Je vais dans la salle de bain chercher les boites de somnifères de maman pendant que Simon installe un plaid sous le vieux chêne.

J'ai prévu un oreiller pour Aude, je veux qu'elle soit à l'aise.

J'ai réduit en poudre la moitié de la pharmacie et apporté le meilleur whisky de papa. Donne-moi un dernier baiser Simon.

Je t'aime Aude.
Je t'aime Simon

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Metacapuche

 

Commentaires
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sand 15-02-2011 12:43:45

ce texte est magnifiquement vénéneux. Véneneux parce que bien que ce soit amoral, on entre totalement en empathie avec les protagonistes. On veut qu'ils s'aiment.
Chapeau. Ca s'appelle faire entrer le lecteur dans sa sphère, tout le monde peut pas faire ça.
Capuche 15-02-2011 21:34:32

Sacré compliment venant de toi!
Catnatt 15-02-2011 20:43:22

C'est un texte tres compliqué à commenter.
La premiere fois que je l'ai lu, je me suis sentie tres mal à l'aise. Vraiment.
Et puis je me suis baladée sur internet. Vrai ou pas, il y avait des tas de filles et de garçons, même des adultes qui parlaient de leur relation incestueuse. C'était tres derangeant.

A mon sens, la caution qu'apporte la gouvernante par son silence. Même si elle ne se rend pas compte.
Le manque de dialogue apparemment aussi. Et probablement une certaine démission face à une relation trop fusionelle.
Apres il reste l'ineductable
Henri 15-02-2011 20:48:28

La première fois que je l'ai lu, je ne savais plus où me mettre. Du tout.
Je me suis même demandé si c'était publiable. Quel était le but ? L'intérêt ?
Et puis ça m'a fait penser à la balade de Lady & Bird, un des albums de Keren Ann, et à cette chanson pleine de distos, très peu arrangée, très brute. J'ai retrouvé ces deux êtres peaumés dans leurs mondes, en quête d'on-ne-sait-quoi, et l'idée m'a bien plu.
Capuche 15-02-2011 21:37:44

Catnatt, Henri, déranger c'est poser les questions, remettre en cause ... peut-être meme renforcer les idées qu'on a du bien et du mal. C'est ce qui m'a donné le courage de vous le proposer. Tranchement, il me perturbe aussi ce texte.
Capuche 15-02-2011 21:31:19

le sujet de la famille était très compliqué à traiter pour moi. J'ai farfouillé dans ma mémoire, mes ressentis, mon expérience. Il y a autant de familles que d'individus je pense. Cette fiction est inspiré d'un livre de Valérie Valere (Malika ou un jour comme tous les autres) qui m'a beaucoup plu et ouvert l'esprit à une période où je cherchais ma place au sein de ma famille. Je le conseille vivement.
labouseuse.fr
Zelda ici, la bouseuse là-bas 15-02-2011 21:43:11

J'aime beaucoup ces personnages. Je dois être tordue, mais ce qui me choque, dans ce texte, c'est qu'ils meurent, pas qu'ils s'aiment.

La fiction permet cela. L'empathie, le respect pour ce qui nous est totalement étranger. Pour ce qu'on condamnerait sans doute avec violence dans la réalité. Et pas forcément à tort, seulement je crois que notre humanité se nourrit de ce que déclenchent ces fictions-là.

(Par contre, c'est raisonner, non ? Pas résonner ?)
Capuche 15-02-2011 23:29:44

C'est ça oui, la fiction permet d'exorciser. (omaillegode ! L'énaurme faute ! Tu as raison)
  Thoracotomie 15-02-2011 23:47:02

Le texte est très malaisant, de par le sujet, son choix très sélectif dans le vaste thème de la famille, de par sa conclusion.
Mais je ne pense pas que l'auteur l'ait choisi pour horrifier ses lecteurs ou pour faire réagir sur un sujet tabou.
Ce texte pourrait tout à fait être censuré sur de nombreux sites, en effet il n'y a pas de but, pas "d'intérêt", mais je ne pense pas qu'en littérature il faille absolument que ce soit beau, moral ou que ça apporte quelque chose à la communauté.
Je crois que je n'aime pas ce texte, vraiment, mais je ne peux pas ne pas reconnaître le talent de son auteur.
capuche 16-02-2011 08:35:13

Merci pour ce compliment. Est-ce qu'un texte a besoin d'une raison d'être ?
Ma cocotte 16-02-2011 07:54:30

La première fois, je n'ai lu que quelques paragraphes. je souriais. Ca me rappelait trop la relation si privilégiée que j'avais avec mon grand frère. Puis j'ai compris le propos. J'ai arrêté de lire.
Je suis revenue dessus. j'ai dû faire abstraction. J'avais peur que ça me salisse les souvenirs d'enfance heureux et j'en ai pas eu tant que ça.
Après j'ai réfléchi. la morale je m'en tape, en fiction. En fiction, on peut tout aborder, même l'inabordable.
Donc, chapeau bas, metacapuche.
Une écriture juste et fine, pudique et retenue pour aborder l'inabordable.
Catnatt 16-02-2011 09:41:48

Ya cette émission dans arrêt sur images sur Céline.

Il y est clairement dit que la littérature est justement le terrain"parfait" pour exprimer l'inexprimable.

Je crois qu'on est en plein dedans là.

Evidemment, une hésitation à publier. Mais c'est un sujet comme un autre finalement.
laure 16-02-2011 10:46:41

Je trouve votre plume fraîche et légère et j'admire votre courage. A la lecture des commentaires, ça n'est toujours pas évident d'aborder certains thèmes. Mais votre talent le permet !
Capuche 16-02-2011 16:52:07

Le (double) sujet est sensible. La fiction permet au moins s'en parler merci
Tu touches là à un sujet très sensible
Anonyme 16-02-2011 10:49:34

Et je comprends tout à fait que ça choque. Mais pas moi. Peut-être parce que c'est quelque chose que j'ai vécu, plus jeune que ces deux personnages, sur une longue période, avec plus de honte, je trouve que ce texte très beau, c'est plonger dans les interdits les plus profonds et savoir déranger avec une douceur improbable.
Bravo
Lapriss 19-02-2011 17:31:36

Ca me rappelle (sur un tout autre theme) la compassion et l'horreur grandissante que j'avais ressenti en lisant le Demon d'Hubert Selby Jr, l'histoire d'un type "normal" qui devient peu a peu monstrueux, et auquel on ne peut s'empecher de s'attacher, grace au talent de l'auteur. Bravo Capuche.
Capuche 20-02-2011 11:11:47

Merci Priss ! je vais l'acheter je ne l'ai pas lu
lise 28-03-2011 15:52:19

beaucoup d'appréhension avant de lire ce texte, je l'avais vu par bribes, survolé.
Et puis j'ai enfin franchi le pas aujourd'hui (je suis longue à la détente). Et bien bizarrement je n'ai pas été choquée. Ai-je un problème ? Je trouve le texte très bien écrit, il décrit très bien les différentes étapes de l'éclosion d'un sentiment amoureux. Il n'y a que la fin brutale qui nous rappelle que cet amour est impossible. Loin de moi l'idée de cautionner l'inceste mais leurs sentiments apparaissent purs ce qui n'était pas du tout évident à retranscrire. Bravo ma capuche et continue à écrire, surtout.
Capuche 28-03-2011 18:46:05

Choquer n'était pas le but. Sommes-nous "normales" ? Merci Lise
CAVAILLE Olivier 29-03-2011 00:33:39

Je n'avais pas envie de lire ce soir, mais à l'issue d'un RT je me retrouve là devant ce texte, j'ai commencé à lire pensant ne pas aller jusqu'au bout, puis non j'ai tout lu.
J'ai rien vu venir au début, j'ai été retourné mais pas choqué.
C'était bô ma Capuchette en papier ! Comme cette amour .
impossible.
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