VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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C'est fini

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Sa grande sœur le lui avait dit mais elle ne l'avait pas cru.

Elodie avait fait semblant d'y croire pour qu'elle la laisse en paix mais au fond elle avait pensé que déjà sa sœur était devenue une vieille harpie pessimiste.

Elle sent la fatigue la gagner. Elle éprouve une soif immense mais il lui est impossible de se désaltérer. Sa bouche est ouverte toute grande mais seul un peu d'air arrive à passer. La peur l'a totalement gagnée maintenant. Mue par une force indépendante de sa volonté, elle pourtant continue sa balade en quête de l'endroit idéal où elle pourra se reposer. Une jolie grève tranquille à côté du lac où elle est née. Sa vue se trouble un peu, la chaleur est intense et floute le paysage aux alentours.

Là-bas à 200 mètres à vol d'oiseau elle repère une petite crique ombragée avec une végétation accueillante. C'est là qu'elle ira se poser. Elle se revoit il n'y a pas si longtemps en naïade. A l'époque, si proche et si lointaine déjà, elle flottait agréablement entre deux eaux et pouvait à sa guise s'alimenter quand elle avait faim, boire quand elle avait soif. Une vie simple en somme, une vie facile, douillette, sans soucis, sans échéance. La vie.

Elle continue son avance avec difficulté et arrive enfin à l'endroit qu'elle a élu, tout au bord de la rivière, dans une espèce d'alcôve de verdure là où le courant est dompté et l'eau quasi immobile. Elle se pose un instant. Suffoque, hoquette, cherche désespérément sa respiration. Son souffle est court déjà et puis il y a cette soif irréductible qui l'accable.

Elle se souvient. Était-ce tout à l'heure ou hier ? Il lui semble que c'était déjà il y a un siècle. Les pans de sa robe de résille verte moirée se déployaient au vent lui donnant d'un coup un vertige de liberté. Elle se sentait légère, l'air semblait la porter parfois sans qu'elle ne fasse aucun effort. Fini l'immobilisme des années passées. Trois ans pour le moins qu'elle sommeillait, qu'elle attendait que la nature fasse son œuvre. Trois longues années pour enfin être dotée de toutes les grâces. Elle était femme maintenant. Totalement.

Et puis, en passant près d'elle, l'aînée et son pauvre visage déjà épuisé, l'avait interpellée. Elodie devait déjà avoir atteint l'âge de raison quand son aînée l'avait prévenue. L'âge de raison qui était venu et passé en un battement d'aile. Était-ce il y a sept minutes, sept heures, sept ans ? Elle ne saurait le dire. "Tu es jeune, ma chérie, mais tu n'es plus une enfant maintenant. Il faut que je te le dise. Tu sais ce qui va se passer prochainement ?" Elodie n'avait pas soufflé mot. Elle pressentait que c'était quelque chose de sérieux qui allait être dit. Son aînée regardait vers le ciel, comme si ses pensées fusionnaient avec l'éther si clair. Elodie l'observait, silencieuse, attendant la révélation.

"Tu vas rencontrer l'homme de ta vie. Tu vas sans doute l'aimer. Ce sera fort mais éphémère. Il te fera des enfants. Tu leur donneras la vie, et déjà ce sera fini !" La prédiction de sa sœur lui avait déplu et elle l'avait chassée à tire-d'aile, en rigolant. Quelle pessimiste celle-là ! Rien ne saurait ternir cette merveilleuse journée.

Surtout qu'il y avait tous ces beaux gars autour d'elle, qui la courtisaient. Ah, quel succès ! Une véritable sarabande autour d'elle comme une guirlande d'amoureux. Elle n'avait qu'à ouvrir grand les yeux pour bien les évaluer et choisir le plus méritant. Quelle ivresse de se sentir la plus belle. Quelle ivresse de se sentir à ce point convoiter.

Et puis, subitement, sorti de la masse comme pointé par un projecteur imaginaire, il était devant elle à papillonner. Il lui faisait des mines et des effets d'ailes. Elle avait dit oui instantanément. Il s'était approché et l'avait prise sans façon, droit au but comme un jeune sans expérience. Elle l'avait senti la pénétrée furtivement et ils étaient restés soudés ainsi des minutes entières. Elle repensait à son aînée, c'est vrai que cela avait été éphémère. Rapidement il l'avait abandonnée. Sans un mot. Elle ne savait pas où il avait disparu. Elle repensait à la prophétie de sa sœur. N'avait-elle pas eu raison ? Hélas, maintenant l'aînée n'était plus là et Elodie regrettait ce temps si court où elle avait été à ses côtés. Elle aurait aimé partager avec elle ses ultimes frayeurs.

La peur l'étreint de plus en plus fort alors que la nature demande son dû. Son ventre soudain se tord et se crispe. Ça y est, se dit-elle, ça commence. Le corps de la pauvre Elodie, malmené par sa nature, inéluctablement entre en travail, se contracte et expulse par dizaines les œufs qui lentement sombrent dans l'eau douce et calme. Elodie convulse maintenant. Elle suffoque pour de bon et sent ses forces vitales s'épuiser. Elle a soif, si soif. C'est donc ainsi la vie d'une éphémère, se dit-elle, intense et brève ?

Quelques battements d'ailes et c'est fini ?

Ndlr : Quand Baci de Voldemag me commande une histoire sur le thème "c'est fini !", voilà que je me fais poète. Ça change !

ephemeride

 

00-signature-2011
Gicerilla

 

Commentaires
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lio 27-06-2011 10:06:42

Joli. C'est au fur et à mesure du texte que l'on comprend, c'est très bien ficelé.
Alecto 27-06-2011 10:31:12

Terriblement bien ficelé! Je ne m'attendais pas à ça
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Auteur de cette article : Gicerilla

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