S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Elle est plutôt tranquille. J'aime bien ça. De sa bouche entrouverte on voit le bout des dents, blanches, qu'un léger filet de bave fait briller. Sa joue gauche est presque complètement embrouillardisée de ses cheveux. On en devine la fossette. Je dois prendre garde à ce que je fais, au lieu de la contempler. Comme un idiot. Les femmes endormies me rendent idiot. J'y peux rien.
Ca cogne bizarrement au fond de mon crâne. Sourd. L'odeur est toujours là, plus forte à présent. A la limite du brûlé, mais pas désagréable. J'y suis. Je sais. Beurre noisette. Je revois et réentends les explications du prof. Cours de cuisines pour trentenaires esseulés. Bon moyen de drague qui évite la promiscuité des dancefloors et l'impersonnel speed dating. Le prof est plutôt très séduisant. Le beurre noisette, ou quelques secondes de plus et c'est cramé. Question de timing.
Elle remue un peu à présent. Mais c'est le moment le plus délicat. Glisser les morceaux de viande, ronds, luisants encore de graisse, dans le beurre. Juste poêlés. C'est ainsi qu'ils sont délicieux. Avec encore une goutte de sang à l'intérieur. Rosé. Exactement comme sa bouche. Très jolie bouche. Pas de rouge à lèvres là dessus. Pas besoin. Je suis sûr qu'elle le sait.
J'ai soif. J'ai du respirer la bouche ouverte, à cause du bandeau qui couvre en partie mon nez. Muqueuses sèches, c'est désagréable. L'odeur de beurre s'est enrichie d'une autre. Plus musquée. Peut être un gibier. Ou des abats. Quelqu'un cuisine pas loin. Quelque chose d'autre. Odeur de sueur. Surement un homme. Des pas lourds. Il doit être immense.
Je glisse ma main sous ses fesses, sa taille, la soulève. Elle me paraissait plus lègère tout à l'heure. Sa peau a bleui par endroit. C'est pas bon. J'aime pas quand les bêtes sont marquées. Pour ça que je n'utilise plus de balles. Avant, je tirais parfois dans la cuisse, pour les immobiliser. Mais ça abimait trop la marchandise. Alors maintenant je les drogue. C'est mieux. Le poison s'élimine dans l'organisme avant que...
Il me soulève. J'ai peur, mais je ne peux pas bouger. Comme si mes muscles étaient paralysés. Ca n'a aucun sens. Je me réveille quelque part, incapable d'esquisser un mouvement, aveuglée, on me transporte comme une carcasse de porc, et en même temps quelqu'un (d'autre?) cuisine? Panique. Je voudrais crier. Pas moyen. Je hurle à l'intérieur comme si mes poumons étaient remplis de flotte.
Je l'assois. Elle a de si jolies épaules. Dommage qu'elle se renfrogne comme ça. On dirait qu'elle veut se cacher. Trop tard, animal, je t'ai à ma portée. Trop tard, tu es ma captive.
Il dégage mon cou. Un tissu rêche essuie mes lèvres, je sens le contact du verre. Oh boire. Boire. Que m'importe ce qu'il me donne. Du vin. Impossible de déterminer la couleur. C'est comme ... C'est doux. Ca coule dans ma gorge, en y laissant un peu d'amertume.
Je lui souffle: Jurançon. Clos Uroulat. 1999
Je connais ce vin. Je me souviens. Cheminée. Hotel. Type charmant. Un rendez vous en retard, et ce type qui m'offre un verre.
J'essuie sa bouche, à nouveau. Sa gorge palpite, ses seins tressautent. Plus fort que moi, je glisse ma main sous sa jupe, frôle l'élastique de sa culotte... Non. Pas encore. Retiens toi.
A son contact, je me raidis. Le type était plutôt distant. Juste un petit signe de la main. J'avais trouvé ça classe, offrir un verre à une inconnue seule au bar sans vouloir la draguer. Elégant. Qu'il ôte sa main, vite... On dirait qu'il le sent. De nouveau, le verre. Cogne mes dents, un peu.
Il est temps de la faire dîner. La roquette croque un peu quand je découpe les morceaux encore tout caramélisés. Le beurre leur a donné une jolie croûte. Et à l'intérieur, ils seront si fondants. Je le sais.
Quelque chose contre ma bouche. L'odeur musquée de nouveau. D'urine même un peu. C'est de la viande. Sans doute des rognons. Je déteste ça. Mais on dirait que je n'ai pas le choix. Une douleur sans nom vrille soudain mon dos. Incapable de réfléchir. Oh mon dieu...
Elle remue trop. Sûrement que les analgésiques ne font plus effet. Vite. Son bras. La veine. Le shoot. Ca va aller mieux. On va pouvoir continuer, quand son souffle deviendra régulier, la dégustation.
Il m'a planté un truc dans le bras. C'est bizarre. Je me sens partir. Je n'ai plus mal. Je ne veux plus avoir si mal, s'il vous plait, faites que je n'aie plus jamais si mal...
Je voudrais goûter. Mais c'est ma règle. Les invitées d'abord. Attendre. Elle parait plus calme.
De nouveau, entre mes lèvres. La consistance est un peu caoutchouteuse, un grain de poivre noir sous la dent rehausse encore la saveur lansquine. Rognon. Plus de doute. De quel animal?
Elle grimace. Elle reste belle. Je peux enfin la déguster.
Je lui annonce: Rein. Droit.
J'avais tellement faim d'elle.
Ce n'est que la mise en bouche.

By Sand
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...