S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Florian n'apprécie pas les poncifs, les idées toutes faites ou reçues. Il n'a jamais voulu croire ceux qui lui serinaient qu'au travail il n'y a aucune place pour l'amitié. Le monde du travail est une arène de combats de coqs où les poules ne sont pas les dernières à lacérer l'amitié. Les trahisons se suivent et ne se ressemblent pas.
Sans être un saint ni un ami exemplaire, Florian est plutôt un homme généreux. Tout le paradoxe est là : il n'est pas le meilleur dans l'amitié au quotidien mais en cas de coup dur, il répond toujours présent. Toujours. Ses amis sont loin pourtant car ici, dans sa ville, il en a si peu. Enfin, jusqu'à aujourd'hui, il pensait vraiment que Marielle était son amie. Là aussi il se souvient des phrases assénées ici ou là : l'amitié entre un homme et une femme, ça n'existe pas. Alors en plus au travail...
Florian remonte vers son bureau, marche après marche, le corps lourd et le cœur serré. Un homme, ça ne pleure pas. Une amie de perdue, dix de retrouvées. Tant va la cruche à l'eau...
« M'en fous d'abord... Allez, mon gars, c'est rien... Avance. »
Son bureau de « chef », comme ils disent, l'ennuie. « Si j'avais pas été chef... » Tu parles, comme si le statut devait importer en amitié. Il se souvient l'autre jour, quand elle lui a dit doucement : « Évite de me parler perso devant l'équipe, après ils me traitent de chouchoute, tu comprends... Vaut mieux pas qu'ils sachent qu'on se voit en dehors... »
Sur le coup, il avait acquiescé mais aujourd'hui, debout devant la fenêtre qui lui offre une vue imprenable sur l'horizon, il se demande si avoir honte d'un ami est un signe d'amitié.
Il cherche. Il cherche une situation équivalente. Il cherche et il trouve. Lui aussi a un ami plus haut placé que lui dans la hiérarchie, chez qui il va manger régulièrement, avec qui il va boire une mousse au pub de temps en temps. Ils se tutoient sans problème au travail, devant tout le monde. Ils ne cherchent pas à cacher cette amitié. Ce serait du dernier ridicule de se vouvoyer. Ce serait... Oui, soit de l'hypocrisie, soit alors... Florian se dit que s'il ne voulait pas que toute l'entreprise sache qu'il est ami avec André, c'est qu'en fait, ce ne serait pas un ami, juste un investissement relationnel en vue d'y gagner bénéfice.
Serait-il cela pour Marielle ? Juste un investissement relationnel pour gagner bénéfice ? Il revoie son visage tout à l'heure. Oui, tout le visage de Marielle lui criait en silence à quel point il s'était trompé. Pourtant, il était allé la voir tout heureux. Il savait qu'elle avait passé un bon week-end, obligé, il faisait si beau. Alors, avant d'entamer la journée, il était passé lui dire un petit bonjour, comme il l'avait fait des dizaines de fois, voire bien plus. Elle n'avait pas répondu. Elle n'avait pas souri.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Je t'ai vendu un truc pas cuit ? Ça ne va pas ? Tu as des soucis ?
- Non. »
Non. Trois petites lettres, un tout petit mot et un océan de glace au fond des yeux.
Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Il cherche. Florian n'est surtout pas du genre à dire : « Après tout ce que j'ai fait pour elle. » Non, ce qu'il a donné, d'un point de vue professionnel ou privé, l'aide qu'il lui a apportée, ce fut de bon cœur, de bon cœur et gratuit. L'amitié, c'est donner sans espoir de retour. C'est à celui qui reçoit de décider s'il a envie de renvoyer l'ascenseur ou non. Les généreux le font. Les ingrats s'abstiennent.
Serait-elle manipulatrice à ce point ? Florian décide de stopper là ses réflexions. Il se sent au bord d'un gouffre sans fond où son amitié pour Marielle risque de sombrer d'un moment à l'autre. Faut dire que depuis quelques temps, Marielle semble faire la tête. Elle a tout le temps mal quelque part. Quand ce n'est pas le dos, ce sont les migraines. De l'extérieur, pourtant, tout semble aller. Les problèmes matériels que leur couple a rencontrés récemment, tous leurs amis les ont aidés. Ils ont tous répondu présent. Florian et sa compagne aussi. En revanche, Florian se dit que ces dernières semaines, il en a eu des soucis à cause de son fils, à l'école. Est-ce qu'elle a été là pour lui ? Non. Il réfléchit tout en s'y refusant. Il perd son temps. Ne devrait-il pas mieux aller la voir ? A quoi bon ? Pour contempler un mur de silence ? Il se plonge alors dans son travail, espérant que la journée s'effacera le plus vite possible afin de retrouver sa compagne et d'en parler avec elle.
« Crois-tu que je me fasse des idées, que j'ai mauvais esprit, que je la condamne trop vite ? Peut-être qu'elle va mal.
-Tu en fais trop, chéri. Tu confonds tout. Je te l'ai déjà dit. Marielle roule pour elle. Elle gère, elle décide. Tout ce qu'elle n'a pas sous contrôle lui déplaît. Regarde l'autre jour quand on a débarqué à l'improviste. Quand tu m'as raconté ce qu'elle t'avait dit. Si tu étais son ami, elle ne demanderait pas qu'on prévienne à l'avance. Moi je crois qu'elle a honte de toi. Et puis cette histoire, là... comme quoi tu n'aurais pas frappé avant d'entrer. Attends, tu sais que son mari est seul à la maison, avec un soi-disant ami mais qui ne serait pas tant son ami que ça et puis les enfants et on se prend des reproches parce que « tu n'aurais pas frappé avant d'entrer dans la cuisine ? » Dis, chéri, tu lui as dit d'installer une sonnette ? Parce que ça, c'est trop fort, y a pas de sonnette, nulle part et en gros, tu te fais traiter de mal poli. Et en plus faudrait envoyer une demande en trois exemplaires avec accusé de réception parce que ça la défrise qu'on passe à l'improviste ??? Non mais oh... Elle veut tout contrôler ? Ben c'est sans moi, chéri. Elle t'a bien utilisé. Elle a obtenu tout ce que tu pouvais lui permettre d'obtenir et maintenant, elle n'a plus besoin de toi alors basta. Elle a honte de cette relation, tu ne vois donc pas ??? C'est tout sauf de l'amitié. Je me demande vraiment comment tu peux être aussi naïf, parfois... Mais je t'aime pour ça, sûr.
-C'est triste, tout de même... je me serais trompé à ce point ?
-Écoute ton instinct. Quand elle t'a dit « Non » avec autant de froideur, qu'as-tu pensé ?
-Qu'elle portait sur elle le masque de l'erreur, le reflet de ce que je pensais à ce moment : que j'avais commis une énorme erreur en lui faisant confiance. Au final, elle n'a pas tort, elle était en quelque sorte ma « chouchoute ». Je pensais qu'elle était différente.
-Pourtant, ce n'est pas la première fois que ça arrive.
-Je sais, la seconde fois. Pourtant, là, ça me blesse. L'autre, ça ne m'a pas surpris autant. J'ai toujours eu l'impression qu'elle surjouait outrageusement sa vie, tu sais, comme ces actrices amateur qui articulent exagérément de peur qu'on ne les entende pas au fond de la salle. Mais Marielle... Jamais je n'aurais crû.
-Fais ton deuil, chéri. On n'a pas besoin d'elle pour être heureux, tu ne crois pas ? »
Florian sourit, enlace tendrement sa compagne qui lui chuchote :
« Les amis, les vrais de vrais, c'est bien mais on ne vit pas pour ses amis, chéri, crois-moi et pour une fois, accepte le poncif : pas d'amitié au travail, surtout quand on est chef... Ok ? Je t'assure que c'est une erreur. »
Au mot « erreur », le visage de Marielle s'inscrit sur les rétines de Florian. L'erreur a maintenant un visage et Florian n'est pas prêt de l'oublier.

By Ma Cocotte
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...