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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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La proie

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L'homme entra dans la taverne bondée, encombrée de bancs et de tables. Une fumée âcre et noire flottait dans l'air saturé.
A part le barman, personne ne leva les yeux à son arrivée. Comme d'habitude, songea-t-il en souriant intérieurement.
Certains parlaient des dernières nouvelles, notamment le meurtre de cette jeune fille, avant-hier. Aline, 19 ans à peine. Juste assez jolie pour ne pas être quelconque. Une gentille fille, sans histoire, d'après la rumeur.
Un crime horrible, amoral, commis par un dérangé visiblement en quête de sensations fortes.
Pas pour l'argent, elle n'en avait pas. Peut-être un acte pervers...

Il s'assit à une petite table miraculeusement inoccupée, la même que d'habitude.
Sûrement parce qu'elle n'est pas asez grande pour être prise par un groupe.
Ou bien les autres habitués ont-ils décidés de la lui laisser. Cela faisait déjà plusieurs mois qu'il venait dans cet endroit, toujours à la même heure.
Le boulot à peine terminé, comme un rituel, ses pas le menaient vers cet endroit. Comme pour ne pas rentrer tout de suite. Retarder le plus possible le moment de l'arrivée au domicile. Ne pas se retrouver seul.

Car plus rien n'était pareil depuis qu'Elle était partie. Au début, il n'avait pas compris pourquoi. Pourquoi, depuis quelques temps déjà, elle restait immobile, insensible à ses avances, à ses marques d'attention. Puis il en avait pris son parti. Elle ne valait pas le coup. Ellle ne le méritait pas et s'en était rendue compte. Alors, empli d'amertume, il s'en était débarassé, d'Elle, et de tous les souvenirs qui s'y rattachaient. Le seul moyen de passer à autre chose. Continuer à avancer.

Depuis lors, les rencontres et les conquêtes s'étaient succédées. Mais sans jamais aboutir à quelque chose de concret.
C'est un prédateur. Le goût de la chasse, la saveur de la traque. Choisir sa cible, l'observer pendant quelques minutes. Ou quelques heures. Puis se lever de son siège, se diriger vers elle, nonchalament, son verre à la main. Une boisson soft, toujours, pour rester maître de ses émotions. Ne pas effaroucher la demoiselle.
Un sourire. Demander ce qu'elle prend. La complimenter, un peu. Et jubiler en lui-même quand son charme l'a prise au piège.
Lui proposer de sortir, peut-être même aller manger un morceau dans un endroit tranquille. La faire rire. La complimenter, encore, la séduire de plus en plus. Et puis, proposer qu'elle vienne chez lui. Car jamais il n'ira chez elle. Non, il préfère être à l'aise. Et cela n'est possible qu'en milieu connu, comme un terrain de chasse sur lequel on s'entraine toute l'année. On en connait les moindres recoins, détails, issues, caches...

Une fois la proposition acceptée, ne pas se presser. Faire durer l'attente, la faire patienter, s'impatienter peut-être, pour les plus entreprenantes.
Il n'aime pas tellement celles-la d'ailleurs. Il les préfère douces, calmes, soumises. Pour que ca se passe mieux après. Quand elle comprend exactement ce qu'il attend d'elle, ce qu'il compte lui faire...
Car, dès ce moment, plus moyen de faire marche arrière. On n'arrète pas un train en marche.

Celle de ce soir est parfaite. Jolie, sans l'être trop, quelques rondeurs, des yeux de biche. Des cheveux au carré, chatains clairs. Des manières de jeune fille de bonne famille, des gestes déliés de danseuse ou de gymnaste. Et un sourire chaleureux. Comme Elle. Et ça il ne veut pas y penser.
Pourquoi ont-elles toujours toutes l'un ou l'autre air de ressemblance avec Elle? Ca le met en rogne, mais il est passé maître dans l'art de le cacher. Elle ne conviendra malheureusement pas. Il espère juste éviter les cris, les larmes, les supplications, les regards implorant quand elle apprendra l'inévitable.

En attendant, elle est la, assise bien droite dans le canapé, ne sachant trop comment se tenir. Un petit tressaillement lorsqu'il referme brusquement le bar. Les glaçons tintent au fond du verre, comme le cristal de la carafe contre le récipient. Fraise des bois. C'est passe-partout.
Il lui rapporte la boisson, nouveau sourire, ses yeux s'agrandissent. Elle le remercie, tremble un peu lorsqu'elle porte l'alcool à ses lèvres. Réprime une grimace, elle n'a sûrement pas l'habitude de boire de l'alcool. Ce n'est pas grave, cela ne durera pas.
Il passe un bras autour de ses épaules, l'attirant gentiment vers lui. Elle se laisse faire, un peu tendue, un peu curieuse.
Leurs bouches se rencontrent, un léger baiser, comme une prise de contact. Elle lui sourit encore, ses dents dévoilées, leur blancheur réfléchissant la lumière de l'halogène. Il lui sourit aussi, mais différement cette fois. Un sourire carnassier pendant que sa main se crispe sur son épaule, la serrant.
Elle sursaute, se raidit d'avantage, son regard passant presqu'instantanément de la confiance à la panique. Ses yeux demandent ce qu'il se passe, ne comprennent pas.
Lui sait. Elle est comme les autres, il devra y aller plus doucement.
Se penchant vers elle, glissant une main dans sa nuque, il lui murmure à l'oreille
"N'aies pas peur petite, plus maintenant, c'est inutile. Ce soir, tu es ma proie"

Comme Elle
Comme les autres
Comme Aline


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By Ivanhoé
Commentaires
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sand 19-11-2009 10:14:35

Brrrrr.
Rappelle moi de t'eviter soigneusement ds les ruelles sombres toi !

C'est plutot pas mal. Ouais. Pas mal.
Zan 19-11-2009 13:23:58

ouais pas mal
je suis vouée à faire des cauchemars pendant une semaine ! aaaargh
Rolanda Bibine 19-11-2009 14:52:08

Voilà.... comme ça les filles n'oseront plus se faire draguer dans les bars !! Des tas de célibataires ne te remercient pas Ivanhoé !
Zan 19-11-2009 19:31:11

bon. je me dois de faire un commentaire moins niais qu'à mon habitude et plus construit.

j'aime ce texte. très cinématographique.
je hais ce texte aussi. parce qu'il m'a fait peur (je suis une trouillarde).

on se fait témoin. avec l'envie de dire aux autres : "c'est lui !"
comme quand devant la télé on crie "attention !" à la blondasse derrière laquelle se dresse l'ombre de l'assassin.

j'ai eu la nausée. parce que j'étais dedans. donc "pas mal" est peu dire. ce texte est bien foutu. salaud.

* s'en retourne cauchemarder *
Ivanhoé 19-11-2009 19:42:28

Merci bien pr ces commentaires, pas trop mal pour une première, hein?
@zan et rolanda : desole pr les cauchemards, c'est pas mon genre en général, ms vaut mieux se méfier par les temps qui courent, héhé
@sand : je parcours pas les ruelles sombres...enfin, pas souvent!
  gicerilla 19-11-2009 20:47:41

Bien ficelé...
sand 19-11-2009 21:10:36

Bon en fait j'adore carrément ce texte.
Mais j'aime pas jouer les groupies.
L'ambiance que tu installes ( qu'on sent très nourrie de fantasy) le rythme. Ca merite que tu te secoues un peu le gras et que tu écrives encore.
C'est un bon truc pour chopper les filles de les faire frisonner. Enfin on n'est pas sur adopte un mec hein.
Et sil faut encore te filer des coups de pieds au cul je serais présente.
  sapiens 20-11-2009 20:08:44

Texte envahissant dont on ne veut pas connaitre la fin, comme une appréhension, mauvaise.
Mais on continue parce que l'homme aime se repaître.

Très bien mené.
avec du retard
milllie 23-11-2009 14:15:56

comme les autres j'ai aimé, beaucoup aimé même. merci.
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