S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Les souvenirs se sont effacés lorsque je me suis garé à ma place réservée. Je me suis dirigé vers l'escalier qui menait à mon bureau, surplombant les espaces verts d'où émanait une odeur d'herbe fraîchement coupée. Le sourire toujours aux lèvres, je me suis rendu compte que l'unique raison de ma présence ici, aujourd'hui, tenait au fait que ma salle était le seul endroit où Léa accepterait, peut-être, de me voir à présent, sous les auspices d'un tutorat bien qu'elle ne fut pas mon apprentie, ni moi son formateur référent et qu'aucune raison ne pouvait désormais être invoquée pour une possible rencontre romantique.
Sur les marches du bâtiment A gainé de verre et d'acier, des apprentis soignaient leur gueule de bois dominicale au soleil. A l'exception de quelques gothiques assis sous le fronton, tous avaient l'air de sortir d'un catalogue des hautes coiffures de Paris et cela me faisait penser à quelque chose de moderne et d'insipide à la fois, aussi fade que les années révolues où je fumais de la marijuana avant de rentrer en cours de philosophie, espérant, vainement, que cela ouvrirait les portes de ma conscience. Tout ici me ramenait à ma vie d'avant. Au fond, peut-être que tous les profs choisissaient de faire ce métier pour prolonger le sentiment douillet d'être encore à l'école passé 30 ans.
« Bonjour monsieur, vous allez bien ? ». Les apprentis m'appelaient de toutes parts et mon sourire professoral était accueilli par des rires de remerciement. Un étudiant juif, dont je ne me souvenais pas le prénom, m'a salué de la tête et m'a gratifié d'un immense sourire béta. Je me suis souvenu qu'il avait dessiné une étoile de David sur une chaise quelques semaines auparavant et que je lui avais collé un avertissement de comportement pour cela. On pouvait dire ce que l'on voulait aux garçons, ils excusaient tout mais les filles n'excusaient rien. C'était tout le temps comme ça.
Sur mon bureau était épinglé le mot d'une apprentie dénommée Yama. Je n'avais jamais entendu parler d'elle. Tout ce que je savais c'est qu'elle annulait un rendez vous que je ne me souvenais pas avoir pris. J'ai vainement essayé de me rappeler mais rien n'est venu et cependant je me suis senti soulagé.
Je me suis assis à mon bureau et j'ai allumé mon ordinateur pour visionner mes emails mais j'ai finalement décidé de regarder des vidéos pornos sur Youporn.com. Celle où Sasha Grey se faisait sodomiser par un grand black dont on ne distinguait même pas le visage m'a plu et j'ai commencé à me masturber en pensant à la prof de français.
Lorsque j'ai levé les yeux, une étudiante est apparue dans l'encadrement de la porte et m'a regardé d'un air gêné. J'ai reconnu Marie Charlotte. Il n'y avait rien d'inhabituel chez elle, une beauté générique, des cheveux blonds bouclés, un visage fin, légèrement anguleux.
Cela faisait trois mois que j'entretenais une relation avec elle et j'étais persuadé que l'intégralité de mes collègues était au courant. C'était insupportable. Non pas parce que tout le monde le savait mais parce que je ne voulais plus être avec elle. Je ne voulais plus de ses œillades appuyées en cours. Je ne voulais plus qu'elle reste assise à sa place et attendent que tous les autres quittent, hâtivement, la salle lorsque la cloche sonnait.
Au fond, je me sentais coupable. C'était moi qui lui avais demandé ce qu'elle ressentait lorsque je l'avais rejoint à la fin du baptême de promotion. C'était moi qui avais effleuré délicatement sa joue un mardi soir après mon cours sur « Le parfum ». C'était moi qui lui avais proposé de me rejoindre dans les toilettes du bâtiment B, là où elle était finalement venue et où j'avais glissé ma main sous sa robe noire et senti l'anneau de son nombril au milieu de son ventre doux et bronzé, juste au dessus de son sexe parfaitement épilé...
Maintenant, je passais mes journées à penser à Léa. Pourtant lorsque je l'avais rencontrée elle m'avait semblé si quelconque. Comment en étais-je arrivé à ressentir ce fol étouffement du cœur chaque fois que je murmurais silencieusement son prénom entre mes lèvres où chaque fois que je la croisais au détour d'un couloir ? Je passais mes nuits à rêver d'elle : Parfois, nous roulions dans Paris tous les deux dans une voiture noire. Elle nichait son visage au creux de mon épaule et je posais mes lèvres sur sa tempe gauche. Parfois, nous étions allongés sur un lit épais et confortable dans un hôtel de Bangalore ou de Bombay. Les draps étaient légèrement humides et des goûtes de sueur coulaient le long de son dos. La fenêtre entrouverte laissait pénétrer la tiédeur enchantée du pays et les murmures de la nuit étoilée...
Marie Charlotte s'est appuyé contre mon bureau. Elle portait une petite robe d'été, légère et ravissante. Elle savait exactement ce qu'allait provoquer une ravissante robe d'été à la fin du mois de septembre : une promesse charnelle.
Je me suis approché d'elle tandis qu'elle se redressait pour s'asseoir sur le bureau et écarter les cuisses.
- Maricha, c'est ainsi que je l'appelais dans l'intimité, je ne peux plus te voir comme cela, ici. Elle tendait ses lèvres brillantes et parfumées à la framboise vers moi. Cela me transportait à l'époque du lycée et des filles avec lesquelles je sortais quand le gloss faisait fureur, quand je roulais des pelles sur une chaise longue au bord d'une piscine à fond bleuté, quand je portais un collier avec une flèche en argent vrai de vrai accrochée en médaillon et que l'on entendait With or without you absolument partout.
Marie Charlotte me dévisageait en tenant ma main dans la sienne. L'odeur délicieuse et légèrement fruitée de son chewing-gum envahissait mon bureau.
- Je viens de voir Léa.
J'ai soupiré. Je n'avais pas envie de parler de Léa. Je ne savais même pas qu'elle la connaissait.
- Et tu lui as parlé ?
Elle a soupiré à son tour. « Pourquoi est ce que vous perdez votre temps avec elle ? »
- Nom de Dieu, comment tu peux me demander ça ? Je ne veux plus de ça, tu comprends, je ne veux plus faire ça avec toi. Elle a effleuré ma cuisse gauche avec sa main.
- Est-ce que Léa sait au sujet de nous ?
Je me suis brusquement éloigné d'elle mais elle m'a retenu en glissant son pied derrière mon genou.
- Pourquoi me poses-tu cette question ? Pourquoi est ce que tu me la poses maintenant ?
- Elle me regardait d'un air bizarre hier soir. J'ai vraiment eu l'impression qu'elle m'observait.
- Ce n'est pas ce que je veux savoir, pourquoi me parles-tu d'elle, comme ça, là, maintenant ?
- Parce que je me dis que Léa est plus jeune que moi et donc, que vous ne pouvez plus invoquer le fait que je suis trop jeune pour vous ! Elle a ri très fort en penchant la tête en arrière. Non, ce n'est même pas ça, vous me dites que je suis une allumeuse et que je ne devrais pas avoir de relation avec vous et vous avez plein de raisons géniales à me donner mais je sais que vous pensez à elle et moi, moi je ne crois pas être capable de vivre sans vous. Je crois que je pourrais même en mourir.
- Je ne devrais pas avoir de relation avec toi parce que tu es mon apprentie !
- Moi, je pourrais vous tuer si vous me disiez que tout est terminé !
Elle est restée silencieuse, remettant délicatement le bouton du haut de sa robe de chez H&M. Puis elle a ajouté « je vous laisse, mon copain vient me chercher aujourd'hui. Vous savez qu'il vous ressemble... à vingt ans près ».
Nous sommes restés sans parler, comme si elle attendait que j'ajoute quelque chose. J'ai commencé à frissonner.
Lorsqu'elle a quitté la pièce, j'ai ouvert les portes battantes et me suis installé sur le balcon. Le soleil déclinait doucement et inondait la pelouse d'une douce tiédeur. J'ai allumé une cigarette. Marie charlotte est passée en dessous sans m'apercevoir. Le mur en face était si blanc qu'il me faisait penser à un cimetière tunisien. J'ai écrasé mon mégot puis, je suis parti en essayant de me donner une contenance paisible et réfléchie.
J'avais atteint la moitié de l'escalier lorsque, tout à coup, j'ai entendu un crissement de pneu puis un cri strident qui, de toute évidence, était poussé par une jeune fille.
J'ai couru jusqu'à l'entrée principale où des filles pleuraient et s'agitaient. Une Audi A4 noire barrait la route. Marie Charlotte se tenait sur le trottoir et fixait la scène, effrayée. Le garçon resté au volant la regardait l'air terrifié lui aussi. Je me suis dit qu'il ne ressemblait à rien, qu'il ne me ressemblait évidemment pas et surtout pas à cet instant. C'est alors que j'ai aperçu le corps de Léa. Elle était allongée sur le sol dans une position que je trouvais incongrue, presque avilissante. Une tâche rouge jaillissait de sa tempe gauche et coulait jusqu'au caniveau. On aurait dit le masque en pétales de coquelicot de quelqu'un, un morceau de soie rouge indienne qui n'aurait pas eu de couture, pas de côté, pas de début et pas de fin. J'entendais les hurlements, les appels, les filles, les voitures, les abeilles et les chiens qui aboyaient de l'autre côté. Les voitures commençaient à s'amonceler dans la rue adjacente. Les conducteurs entrouvraient leur portière. Des gens accouraient de toute part. J'aurais voulu presser ma main sur la tempe de Léa pour empêcher le sang de couler. J'aurais voulu la prendre dans mes bras et voir ses yeux s'ouvrir et plonger dans les miens. J'aurais voulu revenir en arrière, remonter le temps jusqu'au matin, jusqu'aux semaines passées. J'étais pétrifié et j'avais froid. Je ne sentais plus mes jambes ni mon corps. Je me suis mis à claquer des dents sans pouvoir me retenir.

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Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...
Vivre plus longtemps ?!? C'est pas s...
Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
j'avais pas de thème quand j'ai comm...
c'est bizarre parce que moi, le stage...
Mais ce n'est pas grave de partir plu...
n'est ce pas !?
pour l'instant tout se passe bien. :...