
Illustration sur le blog "A lot of tralala" par Marlène
Une île au soleil, une île de carte postale avec des vagues translucides qui la bercent doucement. Elle écoute le clapotis des vagues, ressent la chaleur lourde mais quelque chose entoure doucement son corps et la soulève avec précaution. Une voix s'insinue en elle, accompagnée d'un bruissement de froid.
«Bonjour ma dormeuse... il est l'heure... » Un baiser se pose sur ses lèvres. Elle y répond, toute enchiffonnée de sommeil et de rêve. « ... j'ai un secret à te dire mais ne le répète à personne. »
Le doux éveil quotidien qui lui donne chaque matin un sourire prometteur. Sa voix encore rauque d'avoir si bien dormi, au chaud près de lui, au chaud dans ses rêves, lui demande : « C'est quoi le secret, je veux savoir. »
Leurs bras s'entrelacent, quelques baisers se partagent encore puis il s'approche tout contre elle et lui murmure : « Il neige. »
Un frisson lui parcourt le dos. Elle se recule et scrute son visage pour y dénicher quelque signe de moquerie.
« Vrai ? Vrai de vrai ?
- Vrai de vrai de vrai. »
Elle se redresse comme un diable sautant hors de la boîte. Il reste assis là, à rire, à voir sa frileuse matinale courir vers la fenêtre, actionner le volet électrique, pousser le rideau et s'approcher au plus près des vitres. Il la rejoint. Ensemble, ils se délectent du silence étendu par la neige à tout leur univers. Quelques rares voitures, encore moins d'oiseaux. Le jardin est d'une blancheur étale, ponctuée de collines sans qu'on ait idée de ce qui pourrait se cacher dessous. L'éclairage public a le souffle court. On ne voit rien à cinquante mètres tant les flocons sont drus.
Ils sourient tout deux comme des enfants. La magie de la première neige, un dimanche matin d'hiver, avant les premières contrariétés, les difficultés pour aller travailler, la pollution qui bientôt souillera les trottoirs et transformera la pureté de la neige en une glace grisâtre et dangereuse.
« Je vais te chercher ton café et un pull, bouge pas. »
Elle sourit à la vitre. Son corps se transit mais elle ne quitterait son observatoire pour rien au monde. Seuls deux phénomènes peuvent capter son attention au point de la fasciner, de l'hypnotiser : le feu et la neige. Elle tente de suivre un flocon du plus haut qu'elle puisse le voir jusqu'au moment où il touche la terre mais ils sont trop serrés. Elle cherche des repères pour voir à quelle vitesse la neige s'amoncelle. L'homme revient, deux tasses de café à la main.
« Ça me donne trop envie de faire un bonhomme de neige... mais bon, les enfants sont trop grands maintenant...
- Ouais... je te vois bien en faire un mais bon, on a peut-être passé l'âge, non ?
- J'sais pas, j'crois pas. Y a pas d'âge pour rêver et s'amuser. J'aime toujours autant sauter pieds joints dans la boue.
- Mmm... Un igloo ? On leur propose de construire un igloo ?
- Tu saurais faire ????
- Oui, sans souci.
- D'accord !!! Ca c'est une idée de génie. »
Un sourire explose dans ses yeux et il adore ça. Il adore cette façon qu'elle a de l'aimer, un peu naïve, un peu admirative. Il aime qu'elle s'emballe pour de tous petits riens. Il le savait qu'elle resterait là, un long moment, à savourer l'instant, la magie du tableau qui s'offre à leurs yeux. Cette magie-là ne vaut qu'à la première neige, après elle s'envole...
« Faudra penser à donner à manger aux oiseaux.
- Oui et puis je vais sortir le chien côté rue, pour garder le jardin intact, tu veux ?
- Oh oui... »
Elle répond dans un souffle. Elle entend mais elle n'est plus là, elle rêve encore. Elle se tourne vers lui subitement.
« Tu disais ? »
Il rit et répète : « Je vais sortir le chien côté rue, pour pas abîmer la neige.
- Ah oui, oui, oui parce que sinon comment je vais faire pour lire les traces des animaux hein ? Je vais les photographier et on va essayer de trouver à qui sont les empreintes comme ça on saura quels animaux vivent dans notre jardin. Tu veux ?
- Si tu veux, oui, quand les enfants seront levés.
- D'accord. De toutes façons, là, il fait trop nuit. On pourrait pas. »
L'un à côté de l'autre, devant la fenêtre, elle légèrement appuyée contre lui, ils boivent leur café bien chaud, savourant le calme, la sérénité et le silence de ce dimanche matin prometteur. Ils prennent leur temps.
Elle porte son regard souriant vers lui :
« T'as vu ? On dirait qu'il neige des lucioles... »

By Ma Cocotte
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