
Parfaitement bien. Juste ça. C'est si confortable. Bien sûr, il a fallu tâtonner un peu. Trouver des terrains d'entente, des complicités. Avec elles sont venus les rires en cascade, les émerveillements, une petite musique qui commence à se faire entendre. Rythme sourd des battements de mon coeur. Des mots, glissés, murmurés. Le plus bas possible et pourtant tellement évidents, attendus. Des yeux qui brillent, des moments un peu suspendus, minutes filant comme du sucre. J'ai tenté. Je vous ai tenté. Les doigts en mouvements, l'esprit en éveil, des histoires à n'en plus finir. Vous. Vos mots, en retour. Ceux que j'attendais, sans trop y croire. Ceux que je n'espérais pas. Pas tant. Pas comme ça.
Sensation étrange que cette osmose entre vous et moi. Cette impression d'être entendue, écoutée. Comme un écho recréé de toutes pièces, se propageant, vibrant loin. Loin de moi. Cotonneuse. Je paresse entre ces lignes, étirant la moindre particule de ce plaisir fou , indicible. Comme au sortir d'un long sommeil. Je n'ai pas eu encore l'occasion de vous le confier. Oui, je peux bien le dire: ces mots cherchés, hors les brumes, choisis, posés, n'ont été que pour vous. Mais c'est surtout moi qui m'en suis repue.
Jouer.
J'ai joué avec vous, m'usant. Me révélant. Attirant sur moi la lumière. Toujours plus, un peu plus loin dans l'intime, un peu plus de chair, encore de la peau mise à nu, des sourires souvent, des larmes quelquefois. Mais à trop jouer, on finit par...
Mentir. Et si finalement ça ne se résumait qu'à ça ? Une subtile supercherie, qui tirerait toute sa force de son énormité, tout son pouvoir de persuasion de l'invraisemblable. On n'est jamais plus enclin à croire que lorsqu'on ne comprend pas tout à fait, quand ça nous semble impossible. Je le savais. Je l'ai toujours su. J'ai joué de ces codes, de vos codes. J'ai dit ce que vous attendiez que je dise. J'ai fait ce que vous attendiez que je fasse. C'était presque trop facile.
Écoeurant, vous m'écœurez. Pire. Je crois que je vous méprise. De n'avoir pas su déceler, sentir mes manœuvres. A quel point je vous ai tenu dans mes mains, à quel point vous m'apparteniez. Vous avez été mes marionnettes, je vous ai tenus par un fil. A vous balancer ces vérités que vous croyiez à vous destinées, en offrant en pâture des états d'âmes fabriqués de toutes pièces, des mots durs et tranchants pour vous troubler, vous hanter. Ou au contraire des phrases caressantes, plumes légères, étoffes soyeuses, à lover tout contre votre peau, à vous tatouer le cœur et le corps. Des brises de douceur. Des souffles chauds dans votre cou. Des rêves obsédants à blanchir vos nuits.
Rien de ce que j'ai montré n'est la vérité. Tout ceci est un jeu, de prismes déformants, où selon les angles je vous oriente vers un moi différent à chaque fois. Selon mes désirs, mes humeurs. Mon sadisme. Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais me donner ainsi, sans retenue, sans fards, corps et âme, au plus offrant ?
J'aime savoir que vous l'ignoriez. Mieux, j'imagine vos yeux ronds quand vous lirez ces mots, ne sachant où est la part de vrai, ce qui est tangible, ce qui ne l'est pas. Qui parle ? Moi, et pas moi. Je ne suis pas celle que vous connaissez, et pourtant si. Je vous ai suspendu à mes lèvres, où vous vous abreuviez d'histoires et de sentiments que vous croyiez les miens, j'aurai été votre conteuse des mille et une nuits, vous tenant en haleine pour mieux détourner votre attention. J'aurai joué de vos ambiguïtés, des miennes, jusqu'au bout. Je me serai liquéfiée cent fois, je me serai immolée sur l'autel de votre curiosité, jouissant par avance de vos craintes, de vos esquives, de votre courage minuscule. J'aurai été votre esquif, vous emmenant bien plus loin que vous n'auriez envisagé. Je vous aurai soûlé de rhum, de miel, de vins et de mots. Je vous aurai fait basculer dans des précipices sans fin, preneuse d'otage de vos émotions.
Tout ceci est trop simple. Il m'aura juste suffi de forcer sur certains traits, d'appuyer un peu là où ça fait mal, de trouver en vous une faille, et d'y plonger les ongles. De fouiller la chair, d'écarter les lèvres de cette blessure, d'en rogner la putréfaction. A l'acide. De sentir à quel point vous êtes devenu dépendants, avilis, soumis. Car finalement, c'est bien ce que vous étiez, même si vous aviez l'impression de dominer le jeu, de maîtriser les atouts. L'as caché dans votre manche n'aura pas suffi.
Pour la première fois depuis longtemps, j'esquisse un vrai sourire. Il aura été trop simple de vous posséder. J'ai cette habileté des grands prestidigitateurs, à vous faire voir ce qui n'est pas, et à vous dissimuler ce qui est vraiment. Et plus le tour parait énorme, plus il réussit. Plus il me réussit. Vous posséder. Vous tromper. Vous mépriser.
De n'avoir pas su déceler, derrière mes prétendues vérités, la Vérité. A quel point je suis loin d'être ce que je promets. A quel point mes charmes et mes poisons sont inopérants, en réalité. A quel point je vous aurais maintenu sous un joug factice, jouant de vos peurs plus que des miennes, de vos remises en question, de vos fantasmes. Je me suis faite épique, tentatrice, travestie. Victime. Offerte. Il m'aura suffi d'allumer un projecteur, de régler un détail de poursuite, et de me lancer sur la scène, toute honte bue, toute fierté ravalée, consciente que de ma nudité vous ne verriez que le moins important. Plus je me suis dévoilée, moins vous m'avez eu.
Qui croire maintenant... Que penser de mes mots... Qu'envisager... Ces mots, même que vous lisez, ... Êtes vous certains qu'ils signifient bien ce que vous croyiez? Ou est ce moi qui joue encore, avec vos nerfs, avec vous, vous attirant, tapie comme une chatte guette sa proie, et jouissant par avance de la délectation du moment où elle se trouvera entre ses pattes, à sa merci? Si c'était moi le bourreau? Le saurez vous un jour, vraiment? Savoir que quel que soit le choix que vous ferez, quels que soient vos sentiments, la route que vous prendrez ne mènera jamais à moi. Vous n'avez pas les bonnes cartes, je les ai trop bien brouillées.
Vous êtes perdus. Tous seuls. Le silence se fait.
Rideau.
Lumière.

By Sand
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...