S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Tout a réellement commencé quelques jours avant le 15 août.
La veilleuse s'est éteinte, faute d'entretien. La flamme à jauni, vacillé et s'est éteinte. Il est resté un moment à la regarder, la brosse à dent dépassant de sa bouche, le menton couvert de dentifrice. Une goutte tombée sur sa chemise l'a tiré de sa torpeur. Merde ! Remonter, prendre une autre chemise, faire tomber le cintre, l'enfiler, la boutonner d'une main en avalant un café, penché au-dessus de l'évier pour éviter un nouvel accident.
"Je ne l'aime plus".
Quand la flamme a disparu avec un léger bruissement indigné, cette pensée à traversé son esprit. Un instant il a cru l'avoir dit à voix haute. Depuis, cette idée ne le quitte plus. Mais pour repartir à zéro, il faut des mesures radicales.
Au début sa présence l'a juste ennuyé, comme une mouche qu'on aimerait chasser du revers de la main. La place prise sur le bord de l'évier, les vêtements, la tache de maquillage sur le miroir où son pinceau à blush vient s'appuyer en retombant à côté de la brosse à cheveux. Ses yaourts bios qui remplissent le frigo, cet appareil de fitness rouge coquelicot au milieu du salon, où il aurait aimé garder un peu de sobriété boisée et masculine. Ce collant en boule dans la boite à gants de la voiture, au cas où.
Il n'a pas déserté le lit conjugal, il s'est simplement endormi dans le fauteuil, un verre à la main, de plus en plus souvent. Obtenir quelques médicaments en prétextant des soucis professionnels a été un jeu d'enfant. Les médicaments, pas grand-chose, juste un coup de pouce pour en finir avec l'espoir qui se tord de douleur en attendant de crever dans son ventre. Repartir à zéro.
Toute sa vie, il a pris la pose. Fais ce qu'il fallait, été l'homme de la situation. Payé chaque facture sans sourciller. Le joug posé sur ses épaules lui semble insupportable, il va s'ébrouer et se libérer, il le sait. Pourtant, il cache sa froide détermination sous un masque impassible. Se lever, s'habiller, travailler dur, rentrer et compter les jours. Faire des sacrifices.
Vérifier que tout est en ordre, s'assurer de ne pas avoir de problèmes. Prévoir chaque minute, penser chaque geste.
Chaque jour, un peu d'alcool, pas trop, quelques médicaments, la dose prescrite pas plus. Rouler, en voiture en respectant les limitations de vitesse. Personne ne doit pouvoir se douter.
1er septembre, tout est prêt. Pas d'alcool, juste les médicaments, la dose prescrite. Faire le plein et se glisser dans le trafic, trouver le rythme de cette journée, lui téléphoner, ne rien laisser paraître.
Dans la ligne droite, donner un coup d'accélérateur sec et un coup de volant brutal vers la gauche. Croire un instant que la voiture part en crabe et imaginer rater sa cible. Voir le rail de sécurité entrer entre l'aile avant de la voiture et la portière. Entendre l'airbag exploser et sentir l'odeur âcre de la poudre noire mélangée à l'odeur de l'huile chaude et du métal.
Il est penché en avant, la bouche entrouverte, le visage étrangement serein. Une goutte de sang quitte son menton et tombe sur sa chemise. Mais aucune pensée ne le traverse. La maison est payée, l'assurance-vie va effacera les dettes.
Pour repartir à zéro, il faut des mesures radicales, parfois des sacrifices.
| Commentaires |
|
|
|
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...