S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Elle emplit peu à peu la pièce. Des notes rondes, un peu timides. Enroulées, elles atteignent chaque coin. Douceur. Gommer. Les murs rendus doux, murmure de l'instrument. Elle pose les doigts sur le commutateur, règle l'intensité lumineuse. Regrette un peu de ne pas avoir de bougies. Pensée fugitive: on devrait toujours écouter le jazz sous des lumières vacillantes, comme si tout ne tenait qu'à un fil.
Un coin de l'atelier reste suffisamment éclairé: elle se met au travail.
Noodlin'
Sur le chevalet, la nudité de la toile attend. Crue. Lui donner vie, souffle et matière. Peindre comme nait une histoire d'amour en esquissant d'abord. Timide. Puis l'Autre se matérialise, un peu plus précis à chaque mouvement, un peu moins flou aux contours.
Elle trempe le pinceau dans l'acrylique, mêle les nuances. Un rouge orange qu'elle appose. Qui s'impose. Quelque chose la dérange.
Lame
Un rien, mais c'est là. Intuition du plus profond du ventre.
La musique si ronde devient plus incisive, plus nette. Goutte de citron sur la langue. Soif. Posant son pinceau, elle se dirige vers le petit frigo, attrape une bouteille d'eau, néglige le verre. Ses lèvres au contact direct du goulot. Trop vite, elle incline la bouteille. Le menton humide, quelques gouttes s'échappent vers sa gorge. Elle rit. Le son de la trompette la transperce, d'un coup. Aigu, insolent, provocant ...
Elle retourne à la toile, attache ses cheveux, puis envoie valser ses chaussures. Reprend le pinceau, et puis... Non.
Jam
Plus rien entre elle et le tissu tendu. D'une peau à une autre. Pieds nus, elle plonge un doigt, puis la main dans la peinture. Un peu maladroite sans la précision du pinceau, elle applique la couleur puis l'estompe. Peu à peu, elle sent les pulpes sensibles de son pouce, de son index jouer précisément. Le bon tempo. Texture riche et tiède imprégnant ses doigts, la toile. Autre couleur, autre forme.
Groovy
Elle ne peint plus. Elle est la toile. Elle est le mouvement, la lumière et l'ombre. Elle est cette note qui bulle, tranche et puis meurt, avant d'en être une autre, longue, fine et douce. Elle est toute entière comprise dans ces accords qui s'égrenent, dans ces couleurs qui s'épousent, ...
Plus moyen de penser, tout son corps participe et vibre.
Smockin'
Son souffle devient court, une mèche tombe devant ses yeux, une goutte de peinture s'échappe et tombe sur le sol. Sans y prendre garde, elle y pose le pied. Elle a juste la sensation du froid humide sur son orteil, comme venant de très loin...
Voyage immobile entourée de sons. Bercée. Bousculée. Urgente. Dans la satisfaction immédiate.
Wild
Créer comme un cri longtemps retenu, qui prendrait corps dans les couleurs assemblées, dans l'éclairage particulier.
C'est à peine si elle entend le chuintement et le petit clic caractéristique de la fin du disque: elle n'avait jamais réalisé à quel point Davis pouvait être magique.

mots Sand
photographie Laurence Guenoun
playlist Erwann Gaucher
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Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...