VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

voldemag

Touches

Envoyer Imprimer PDF

Trio de sens... La talentueuse Laurence Guenoun trace de son regard les premières lignes de l'atmosphère. La playlist d'Erwan (à écouter à mesure de la lecture) épouse parfaitement les mots magiques de Sand... Ma synesthésie déborde, il n'en faut pas plus pour m'amouracher de ce billet multiple. So jazz...
Zan'
'''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''



Elle a mis le disque un peu au hasard. Parce que sortir un vinyle de son étui, le sentir glisser sous les doigts, la précaution qu'il lui faut prendre pour ne pas l'abimer - elle entend encore son père lui seriner "pose pas tes doigts dessus, prends le vers le milieu, comme ça, ça se respecte un disque, c'est fragile" - c'est déjà un bonheur en soi. Un de ces petits moments subtils, qui ne dure que quelques minutes, où le sourire pousse sans qu'on l'y force. De plus en plus rare. Alors platine, et disque. Tellement mieux qu'un cd. Ou qu'un MP3. La beauté des choses qui demandent même ne serait ce qu'un léger effort. Bien entendu, le son non plus n'est pas pareil. Et l'aiguille. L'amener juste à la bonne place, du bout des doigts, avec un petit frisson quand la musique démarre.

Elle emplit peu à peu la pièce. Des notes rondes, un peu timides. Enroulées, elles atteignent chaque coin. Douceur. Gommer. Les murs rendus doux, murmure de l'instrument. Elle pose les doigts sur le commutateur, règle l'intensité lumineuse. Regrette un peu de ne pas avoir de bougies. Pensée fugitive: on devrait toujours écouter le jazz sous des lumières vacillantes, comme si tout ne tenait qu'à un fil.

Un coin de l'atelier reste suffisamment éclairé: elle se met au travail.

Noodlin'

Sur le chevalet, la nudité de la toile attend. Crue. Lui donner vie, souffle et matière. Peindre comme nait une histoire d'amour en esquissant d'abord. Timide. Puis l'Autre se matérialise, un peu plus précis à chaque mouvement, un peu moins flou aux contours.

Elle trempe le pinceau dans l'acrylique, mêle les nuances. Un rouge orange qu'elle appose. Qui s'impose. Quelque chose la dérange.

Lame

Un rien, mais c'est là. Intuition du plus profond du ventre.
La musique si ronde devient plus incisive, plus nette. Goutte de citron sur la langue. Soif. Posant son pinceau, elle se dirige vers le petit frigo, attrape une bouteille d'eau, néglige le verre. Ses lèvres au contact direct du goulot. Trop vite, elle incline la bouteille. Le menton humide, quelques gouttes s'échappent vers sa gorge. Elle rit. Le son de la trompette la transperce, d'un coup. Aigu, insolent, provocant ...
Elle retourne à la toile, attache ses cheveux, puis envoie valser ses chaussures. Reprend le pinceau, et puis... Non.

Jam

Plus rien entre elle et le tissu tendu. D'une peau à une autre. Pieds nus, elle plonge un doigt, puis la main dans la peinture. Un peu maladroite sans la précision du pinceau, elle applique la couleur puis l'estompe. Peu à peu, elle sent les pulpes sensibles de son pouce, de son index jouer précisément. Le bon tempo. Texture riche et tiède imprégnant ses doigts, la toile. Autre couleur, autre forme.

Groovy

Elle ne peint plus. Elle est la toile. Elle est le mouvement, la lumière et l'ombre. Elle est cette note qui bulle, tranche et puis meurt, avant d'en être une autre, longue, fine et douce. Elle est toute entière comprise dans ces accords qui s'égrenent, dans ces couleurs qui s'épousent, ...
Plus moyen de penser, tout son corps participe et vibre.

Smockin'

Son souffle devient court, une mèche tombe devant ses yeux, une goutte de peinture s'échappe et tombe sur le sol. Sans y prendre garde, elle y pose le pied. Elle a juste la sensation du froid humide sur son orteil, comme venant de très loin...
Voyage immobile entourée de sons. Bercée. Bousculée. Urgente. Dans la satisfaction immédiate.

Wild

Créer comme un cri longtemps retenu, qui prendrait corps dans les couleurs assemblées, dans l'éclairage particulier.
C'est à peine si elle entend le chuintement et le petit clic caractéristique de la fin du disque: elle n'avait jamais réalisé à quel point Davis pouvait être magique.

 

 


mots Sand
photographie Laurence Guenoun
playlist Erwann Gaucher

 

Outre leurs comptes Twitter, retrouvez les ici :

Le blog de Sand.
Tout Laurence Guenoun, notamment son FlickR.
Le site d'Erwann Gaucher.

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher RSS
lio 03-11-2011 09:19:11

Une immersion totale, c'est envoûtant, doux et entraînant au réveil.
Zan 03-11-2011 20:48:09

magnifique. sand peint la scène de ses mots. la playlist et la photo comme toiles.

très joli trio !
Nom:
Email:
 
Titre:
Website:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
:angry::0:confused::cheer:B):evil::silly::dry::lol::kiss::D:pinch:
:(:shock::X:side::):P:unsure::woohoo::huh::whistle:;):s
Saisissez le code que vous voyez.

3.26 Copyright (C) 2008 Compojoom.com / Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved."

 

sand est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

> Voir les autres articles de cet auteur

Joomla SEF URLs by Artio

Commentaires