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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Train

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Par la vitre du train, il aimerait voir défiler un paysage blanc. A la place, une herbe jaunie disséminée sur des terres inégales et détrempées. Fonte des neiges. Soleil métallique. Quand les flocons tombent en plumetis, ça lui fait comme des musiques douces. Le froid mord sa peau. Il aime. Là c'est juste moche, sali... même pas triste, défait. Mastique un sandwiche mou. Sans faim.

Tout à l'heure, quai de gare. Il entend l'appel de la préposée criarde. Ça doit être un critère d'embauche. Être crispante suffisamment pour maintenir cet état de stress maximal qui règne dans les gares. Les gens stressés ont l'impression qu'ils vont plus vite. Il voudrait bien la retenir, là, sur ce quai. Attraper sa longue écharpe de laine, sentir les mailles un peu rugueuses sous ses doigts, remonter petit à petit jusqu'à son cou. Poser la main sur sa nuque, puis l'embrasser. Le connaissant, ça aurait fini en étranglement voire il l'aurait déséquilibrée. Il n'a rien fait. Il l'a juste vue flotter un peu, cette longue écharpe incongrue, multicolore, cette écharpe de gamine, à son cou à elle. Sûrement qu'il n'y a qu'elle qui puisse porter ce genre de choses, avec grâce. Enfin, grâce, c'est un peu bateau, un peu cliché. Mais c'est vrai. Elle est gracieuse.

-Puis je m'asseoir?

En se renfrognant, il replie un peu ses jambes, se tasse au fond de la banquette, pose le front sur la vitre. Buée sur la vitre, son souffle rapide. Il n'a même pas jeté un regard vers cette forme qui vient d'entrer. Ce n'est pas elle. Ce n'est pas sa voix, ni son parfum. Ça n'a pas d'importance.
Devant ses yeux, il n'y a plus que des lignes vaguement jaunâtres, des fantômes de paysages. Il aime le train pour ça. A une certaine vitesse, tout se fond et se mélange. Comme leurs mains mêlées tout à l'heure. Elle a hésité avant de lui céder du terrain. Un bout d'index, un frôlement de pouce, puis la chaleur de sa paume. Son cœur battant à tout rompre, il aurait bien aimé la basculer sur la table, là, prendre sa bouche, dénuder ses seins, et lui faire l'amour. Ou la baiser. Il ne sait pas.

-Monsieur, vous auriez l'heure?

Il se retourne, un peu agacé. Qu'a t'on besoin de savoir l'heure, dans un train? De toutes façons, le temps est suspendu. Il ne distingue que ses yeux. Le bas de son visage est dissimulé par une grosse écharpe. Des yeux curieux, verts dorés, un peu comme hors sujet. Ses mains sont croisées sur ses genoux. Et il remarque une montre à son poignet.
Ça devrait l'amuser.
Ça ne l'amuse pas tant.

-Un problème avec votre montre peut être?

Il est plus agressif qu'il n'aurait voulu, mais qu'est ce donc que cette fille (femme?) dont il ne distingue que les yeux de chats qui se plissent.

-Non, du tout, je voulais juste... engager la conversation.

-C'est fait. Bonjour. Bon voyage.

Les mots ont sifflé, serrés entre les dents. Il pourrait être sympathique, il n'en a pas envie.
Il tente de retrouver le confort mou visuel des paysages qui s'écrasent. Rien. elle l'a énervé. Piqué. Il serre les poings à présent.

-Pourquoi êtes vous si... désagréable? C'est Noël demain, vous pourriez au moins être... gentil?

Sa bouche se tord, ses ongles s'enfoncent dans sa chair. Il voulait juste se laisser porter, bercer par le roulis du train. Il voulait juste penser à elle. Fermer les yeux, voir leurs deux corps nus, enlacés. Son cul offert, sa peau tendue. Les petites étoiles roses qui naissent sur sa gorge quand elle a du plaisir. C'est ça qu'il voulait imaginer.
Faut pas le déranger.

-Répondez moi. Merde quoi.

Une goutte de sang perle à sa paume. Il ne s'en rend même pas compte. L'odeur ferreuse qui lui remplit les narines, aspire sa gorge comme de l'intérieur. D'un bond, il se lève, est sur elle. Il tient les pans de son écharpe, ses genoux de part et d'autres de ses jambes à elle, qu'il serre de toutes ses forces, puis il tire. Fort. Longtemps. Il n'entend pas les bruits de craquements. Il ne perçoit pas les secousses qui l'agitent quand elle manque d'air définitivement. Comprimée, maintenue, prisonnière. Elle ne rend pas son dernier souffle, c'est lui qui le vole. Sans même en avoir conscience.

Demain, il la revoit. Il est heureux. Il est content qu'on soit en décembre. Et qu'elle porte son improbable écharpe.

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By Sand

Commentaires
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baci 15-12-2010 01:50:46

pinaise j'ai rien vu venir !
Rolanda Bibine 15-12-2010 12:52:45

Dangereux les écharpes !! Sand : reine des récit à chute !
Manu 15-12-2010 14:53:24

Glups,
Beau récit, plutôt flippant, c'est le moins que l'on puisse dire
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sand est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

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