Vagabond
Vendredi, 28 Janvier 2011 00:00
sand
Il y aurait tant de choses à raconter, mais par quoi commencer ? Les heures passées dans ces trains, les jours qui filent intissés, les minutes ou trop courtes ou trop longues.
Tant de nuits.
Des nuits à déchirer l'encre. Ces heures à s'ouvrir le gosier en deux, à crever des entrailles, ...
Ca s'appelle le manque je crois. Toi, tu ne peux pas vraiment savoir ce que c'est. Le cheveu gras, les mains qui tremblent, ce n'est pas l'alcool, c'est la peau qui se dérobe, c'est les bouches qui ne se rencontrent pas. Manque. Delirium tremens. Besoin d'un fix. Besoin d'un verre. Le besoin absolu.
Toi, tu n'as jamais su. Tu m'oublies quelque part entre Berne et Ouagadagou, que sais-je où tu es maintenant.
Trente ans que je ne t'ai vue. Trente putain d'années.
J'aurai sûrement pu lutter, construire une vie. Tu disais : tu ne construis rien, tu te dérobes, tu files. A l'anglaise. Tu n'avais pas tort. Dans mon inconstance, j'ai été superbement buté. La superbe. L'orgueil à en crever de pas t'avoir pour moi tout seul. Tes bas qui claquent comme une gifle dans la chambre molle où tu me laisses. La dernière fois que j'ai explosé dans ta bouche, tu ne m'as pas avalé, comme tu en avais l'habitude. Je t'ai senti laisser mon jus couler entre tes lèvres, indifférente.
Ca s'appelle le manque je crois. Toi, tu ne sais pas. Les boyaux lessivés, l'amer vicieux au coin des lèvres, et cette pourriture triste qui enveloppe.
Ce n'est pas l'alcool. Je ne bois pas, je te tue à chaque verre.
Un peu de rhum, et c'est tes lèvres qui s'estompent, une gorgée de vodka, tes yeux s'étiolent.
Trente ans à foutre des coup de poing à mon estomac.
Bile qui remonte. Mon pancréas, mon foie, ça doit pas être beau à voir.
Je crois que je rêverais de tes les faire envoyer par la Poste, quand je serai enfin crevé. Mes organes délités, noircis, atrophiés ou au contraire gonflés ? Je ne sais foutrement pas à quoi ça pourrait ressembler, mais sûrement à quelque chose de dégueulasse. Je voudrais que tu gardes cette image de moi, fixée dans tes rétines. Je serai ta persistence. Quelque chose de mou, visqueux, glissant. Je veux être ton cauchemar récurrent, que tu me sentes glisser sur toi comme un caoutchouc collant.
Ce n'est pas l'alcool. Je ne délire pas. J'ai trop bu tant de fois pour ne pas être parfaitement lucide, à cette minute pile.
Je t'ai aimée autant que je te hais. Ce n'est pas l'alcool qui m'a conduit ici. C'est toi.
Parce que de nous deux, de toi probablement mariée, probablement heureuse, de nous deux, c'est toi le monstre. Toi, tes yeux de feuilles, ta bouche lichen, tes seins de pierre.
Je vais crever. Dans pas loin. J'espère. Je n'en ai plus rien à foutre de rien. J'ai passé mon temps à rouler. A te construire des mausolées partout où j'allais. A enterrrer ma carcasse aux fond des bars, à me calciner les os dans des endroits dont t'as même pas idée.
J'en ai baisé des salopes, des petites madames, des connasses, des filles de places publiques, des fleurs de métro, toutes embaumant, toutes me donnant le suc de leurs chattes pour étancher ma soif.
Ce n'est pas l'alcool. Je lampais leurs lèvres, grosses, pendantes, fermes, amorphes, asymétriques. Je les lampais comme un bon gros toutou. J'en ai jamais pris de plaisir. J'en ai mordu au sang, parfois. Je les fouillais de mes doigts, jusqu'à leur faire mal. Je forcais de mon poing leurs béances. Je voyais leurs semences couler sur mes doigts, teintées de rose. Je respirais leur fion, j'y glissais la langue, j'aspirais leurs puanteurs de femmes.
C'était dégueulasse.
Trente ans putain.
Trente années à monter des corps, trente années à les abandonner en cours de route. Je ne sais combien il y en a eu. Quelle importance. Partout où j'ai pu baguenauder, chaque fois que j'en ai levé une, elle a fini pareil.
Face contre terre, cul offert. Peau trop blanche. Zebrée de moi. De longues lignes sinueuses d'amour violet sur leurs peaux blafardes. J'aime pas trop les déshabiller. Sauf leurs fesses. Le cul d'une femme, c'est quelque chose. C'est rond, c'est plein, c'est doux. Le cul, c'est tout ce sur quoi une femme peut pas tricher. Ce dont elle n'est jamais sûre. Ton cul à toi, bordel, c'était quelque chose.
Sur ma route, j'ai semé les cadavres comme on sème les cailloux. Pas assez visibles pour qu'on les retrouve au premier coup d'oeil. Mais assez pour toi. Toi, je sais que si tu voulais, tu pourrais les retrouver. Me retrouver. Suffirait que tu repenses à nous. Suffirait que tu reprennes, que tu me reprennes dans ta bouche, fermant les yeux. Rappelle toi.
Trente ans, putain.
Ce n'est pas l'alcool.
Et puis tu sais, je m'en fous, je vais crever. Pas comme un chien. Pire.
J'ai trop de sang sur les mains pour avoir encore quelque chose à fiche de l'univers, des gens, du pardon, ...
T'aurais tellement pu éviter tout ça. J'ai envie de dégueuler, c'est tellement toi le monstre.
Je sais pas si tu vas me lire. Mais putain, j'espère.
Je vais mettre cette lettre bien en évidence, dans une enveloppe, ton nom de jeune fille dessus. Je me rappelle encore parfaitement, malgré l'ortographe compliquée, je suis sûr de pas me tromper. Si les flics sont pas trop cons, ils te chercheront.
Ils te trouveront. J'espère putain.
Mettre le point final à trente ans de foutre, de sang, et de bordel.
Ce n'est pas l'alcool, c'est toi.
Faut que je la place pas trop loin, mais pas trop près non plus, quand ma cervelle explosera sous l'impact de la balle, qu'elle n'en fiche partout.
Quoique... Ca te ferait un bout de moi.
Je t'aime. Je t'ai toujours aimée.

by sand
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...
moi, j'étais sur le nuage avec toi, ...
je l'aime pas tellement. mais du coup...
ah mais je crois que beaucoup d'abste...