Entre 5h du matin, et 17 h, il se passe un phénomène inexpliqué et inexplicable, qui envahit nos petits écrans. Ce phénomène est assez effrayant pour qui n'est pas rompu aux techniques de survie en milieu hostile, et n'a pas au moins quelques mois de pratique. On appelle ça communément trou noir télévisuel. Une sorte de faille spatio-temporelle où TOUT est POSSIBLE. Je dis bien TOUT. Je l'ai vécu.
Je vous parle d'un temps ou ma principale préoccupation était de comprendre les vagissements d'un minimonstre et accessoirement d'y répondre. Activité prenante qui ne laissait à mon cerveau que peu de temps disponible. Et très peu de connexions neuronales non occupées. Je regardais la télévision en journée. Oui je sais, activité dangereuse s'il en est. Et pourtant.
Installée confortablement devant mon petit écran, (ou mollement avachie, le degré d'intégration au milieu définitivement aquis après environ trois semaines) la zapette bien calée.
Le danger tapinait mais j'etais une aventuriere cathodique! Je me riais des pièges hypnotiques sonores (le brâme du cerf de très chasse) ou visuels (les yeux exorbités de Dora l'exploratrice-qui-te-les-brise) j'étais bien au dessus de ça. Quoique chantonner c'est la carte c'est la carte chaque fois qu'on me demandait un chemin n'est peut être pas la preuve de la plus grande santé mentale.
J'en ai soupé de la télénovela. Qui n'est pas comme on pourrait le croire une sorte de télé primeur comme le beaujolais (même si la rapidité ingestion, digestion, défécation, oubli est sensiblement la même) mais un soap en pire. Un savon sans savon. Comme un coca sans bulles. Le mauvais doublage, la qualité absente des costumes en acrylique, les brushings démentiels-tellement-qu'on-dirait-du-plastic, tout cela finirait par précipiter les plus sains d'esprits d'entre nous (quoique je vous soupçonne de ne pas l'être tout à fait si vous persistez à me lire...) dans des états proche de l'Ohio.
C'est comme une drogue. On y prend goût et très vite on sait que ridge a couché avec tracy qui est en fait la demi sœur de Cole lequel a épousé en secret Liz qui est la mère de l'enfant de Shirley et John,enfant que John a volé a la maternité en faisant croire qu'il était adopté à Shirley qui ne peut pas avoir d'enfants tout ça parce qu'il croit que c'est lui le père alors qu'en fait non c'est Jack.
Vous en voulez plus pour vous exciter les papilles, lecteurs suspendus a mes mots, futurs aventuriers numériques émoustilles par cet allèchant programme ? Vous n'avez pas encore frémi ? Tout votre petit corps tendu réclame l'adrénaline de la vraie peur qui vous scotche au skai.
J'embrayais... Des chiffres et des lettres, avec l'éternel ado Romesjko (mais qui étrangement commence à vieillir tout en gardant sa babyface... scary). Petit joueur, non? Je le sais. Tout juste votre mâchoire se décroche-t-elle en donnant la réponse 345 +18 = 567, le compte est bon merci. ( mater la télé a hyper développé mon coté matheux, c'est indéniable)
Mi-journée, je me suis délectée des codes de la coulitude journalistique treizeheurienne : tomber la cravate, tenir ses fiches parce que le prompteur c'est out, et surtout, ne pas s'asseoir n 'importe où. Le derrière journalistique treizeheurien a ses exigences et ses petites manies. Il ne s'embarrasse pas de chaises coincées derrière un bureau mais fond pour une table en verre, sur laquelle les jumeaux capitonnés (ou #moncul... cassedédi Pull marin ) trouveront un équilibre jouissif quoique précaire. Moi le journaliste trop coule de la fiche qui s'assied sur la table pour me parler de glissements de terrains et de maladies nosocomiales, ça m'a fait un peu flipper quand même. (Manquerait plus que le même annonce des trucs vraiment importants comme la mort de Patrick Topaloff...). Las !
Cest la que je commencais en général à palpiter / baver selon le nombre d'heures de sommeil arrachées à mon petit tortionnaire Les réclames se succédaient à un rythme effréné: des problèmes d'érection, de constipation, de ballonements (vers 14 h, le gastrique c'est chic), de fuites urinaires, de maux d'estomac, de diabète et de cancers à dépister, tout ceci joué avec une ferveur et une justesse non feintes, et dans des effets visuels et sonores que n'aurait pas renié un Horst Tapper au sommet de sa gloire (je suis hyper underground, je cite l'acteur pas la série, si vous savez ce dont il s'agit, vous êtes extrêmement cultivés, ou alors coincé dans la faille spatio-temporelle en ce moment. Dieu vous garde).
Tournent, virevoltent, et s'envolaient les poétiques réclames. Avant de m'achever subrepticement par un petit coup de massue, propre et discret, juste à l'arrière de la nuque. On appelle cette prise: le film de l'après midi.
Trois grands genres recensés.
L'américain : le plus commun. Une héroïne qui boit des verres de merlot seule chez elle le soir quand elle rentre du boulot (immanquablement jolie mais pas fûte fûte) tombe amoureuse d'un mec qui se révèle un parfait salopard. Heureusement y a toujours un jardinier/ancien repris de justice/pompiste qui finira par l'épouser (et lui faire une tripotée de gosses sauf qu'on voit pas parce que les scènes sexuelles sont toujours coupées à la première langue qui dépasse. C'est comme ça. BITE VERBOTEN. ) ( vanne qui se serait mieux comprise trois lignes plus tard, donc lecteur cale-toi-la sur l'oreille et puis dans trois lignes tu la ressors mentalement et tu t'esclaffes. Normalement. )
L'italien : pareil sauf qu'on y ajoute l'Adriatique, des jolies villas des costumes en lin infroissables et du vin italien.
L'allemand: pareil, mais on ajoute de la bière et de la pluie. Et les héros doivent toujours se rendre Freiheit Strasse. (tu t'esclaffes )
Voilà ce par quoi je suis passée dans ces contrées sauvages de la télévision en journée. J'ai failli y laisser ma peau. Mes neurones annihilés, glisser doucement dans un coma doucereux, où seule une goutte de salive à la commissure des lèvres rappelle peut être épisodiquement la condition d'être vivant.
Mais j'ai résisté.
J'ai éteint la télé.
Et juré que plus jamais on ne m'y reprendrait.
Parce que je suis une femme forte, libre et indépendante.
...
Quelqu'un sait où en sont Jim et Shannon ?

By Sand
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