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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Pour ceux qui freinent le jazz

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Pour ceux qui aiment le jazz.



Figure 1 : Fats Waller (1904-1943)

Dans les années 40, Fats Waller nommait un morceau « All That Meat And No Potatoes » pour évoquer une grosse femme aux petits seins. Aujourd'hui, le mot jazz est pour la plupart synonyme de soliloques aussi palpitants que les interviews de Jacques Lacan les plus sombres de l'histoire, et où la décontraction ressemble à ça :



Figure 2 : Franck Gergaud et son Orchestre,
le bonheur de jouer, la joie de donner

Que s'est-il passé ?

Les gamins désœuvrés ont aujourd'hui leurs statues. Ce sont des institutions. Le problème des institutions, c'est qu'elles tombent plus facilement en ruine que les sourires de ceux qui les inspirent.


Figure 3 : La preuve par a+b que le sourire dure plus longtemps que la pierre

Ce doit être terrible d'être une institution. On vous visite, on vous revisite, on vous admire, mais qui pense à sourire aux institutions ? Les fous et les enfants, seulement.
Ils ne voulaient pas être des symboles, bon sang, ils voulaient simplement jouer de la musique ! S'amuser ! Prendre du plaisir ! Et voilà qu'on en parle l'air grave, sans aucune allégresse, mais avec Sérieux.


Figure 4: Le sérieux tient son nom du médecin Paul Sérieux qui l'incarnait plutôt bien.
Ici, Paul imite son grand ami Jean-Michel Grave.


Figure 5 : Attention, le Jazz ne tient pas son nom de Michel Jazy.


Figure 6: Ici, le petit garçon me rappelle que le Jazz, c'est sérieux,

et que je digresse vachement.

Bref. La musique de liberté est devenue engoncée. Il ne s'agit plus tant d'aimer le jazz, que de le connaître.

« Hey, gus, tu connais Charlie Mingus ? » est la première chose dite à Jonasz, à l'entrée de la boîte de jazz.

Il ne faut pas montrer patte blanche, non, surtout pas ! Oh non, monsieur, le jazz, c'est un truc de noir, toi le blanc, tu ne peux comprendre, tu ne peux ressentir. Et sinon....prouve-le !

Et pour prouver qu'on comprend, il faut montrer que l'on connait déjà. L'élitisme a des logiques mathématiques qui oublient de prendre en compte l'essentiel lorsqu'il s'agit de musique: l'émotion.

Moi, par exemple, tout "noir" que je suis, je ne connais pas Charlie Mingus. Et je me moque royalement de le connaître. Peut-être que j'aime sa musique, qui sait ? Peut-être l'ai-je entendue à mon insu, peut-être même l'ai-je aimée. Peut-être même l'ai-je vécue, qui sait ? Peu importe, non ? Ma peau a peut-être frissonné en entendant ses notes, comme lorsque l'on croise certaines inconnues.

Je crois, j'espère du moins, que les artistes tiennent autant, sinon plus, au fait qu'on leur soit reconnaissant qu'au fait qu'on les connaisse. Alors, de la joie, que diable ! Des sourires, des rires, plutôt que des analyses !


Figure 7 : Ici, Jean-Pascal Déconne, attentif à mon discours, se met en action.


Imaginez le cauchemar, si tout devenait sérieux ainsi. Si tout devenait prétexte à prétention. Si ce qui venait du cœur était voué à devenir ascenseur d'ego. Peut-être qu'un jour on lira Calvin & Hobbes avec un air très grave, et très sérieux. Qu'on jettera des regards méprisants à celui qui serait incapable de nommer l'auteur des mots « Va jouer dans le mixer ».

Peut-être qu'on jouera à Angry Birds avec un air hautain ? On regardera des lol cat en se posant de mauvaises questions (Les mauvaises langues diront que se poser des questions devant un lolcat est toujours mauvais. De toute façon, regarder un lolcat est toujours mauvais.)

Enfin bref.

J'écris tout ça, et, au final, iTunes décide de me jouer ça.

Comme s'il voulait me prouver que je raconte n'importe quoi depuis le début. Pfff. Je n'ai rien d'un troll, sale logiciel Apple, tu es pire que le nazisme.

 

 


Minorité

Commentaires
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Marie Tromel 04-11-2011 08:50:21

Quel rythme dans ce billet et quel humour aussi !
@Minorite_ 04-11-2011 14:03:37

On fait ce qu'on peut, ma bonne dame.
Rolanda Bibine 04-11-2011 23:13:04

C'est une mine d'or ton article Minorité !! tu as du bien t'éclater en le préparant et franchement c'est un bonheur de découvrir tout ce qu'il contient.
Falajy 05-11-2011 00:08:36

Les torts, si il y en a, sont un peu partagés. L'intellectualisation du jazz vient aussi des musiciens eux-mêmes dans l'évolution de cette musique.

Mais il est vrai que ce n'était certainement pas dans le but d'être écouté et regardé 40 ans après avec un air aussi triste et pompeux que celui qu'affichent les amateurs de musique classique.
Zan 06-11-2011 21:55:35

ce mec est un peu barré, quand même...
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