Quatrième épisode des marre-dis de Sophie. A deux poils Silkepil de la trentaine. A trois aspirines du grand amour. Voudrait vivre de macaron pistache-citron vert et de jolies choses. Un peu gaffeuse, un chouïa rêveuse. Relations humaines compliquées-rapport aux choses problématique. Attachiante. Mais pas que.

Ahem.
Je ne me rappelais pas que les rideaux étaient de cette couleur, c'est étrange. Mais heu... J'ai pas de rideaux moi (non, Sof, t'as des stores, tu détestes les rideaux). Fermer les yeux. Les rideaux sont toujours là. Ok. Il y a donc en face de moi une paire de rideaux vert d'eau, et on sent du café couler. J'imagine en fait. Ou alors, c'est que je suis chez le seul être au monde qui possède un parfum d'intérieur "torréfaction et amertume grillée". Récoltés un à un an sur les hauts plateaux andins par de jeunes vierges, les grains de café transportés ensuite en mousselines compartimentées sont doucement chauffés et pressés, afin d'offrir à votre intérieur toute les senteurs d'un vrai bon café maison, comme si vous y étiez (secoue toi, Sof', faut que tu fasses un truc, tu peux pas rester là).
C'est vrai qu'il était mignon, hier, à la lueur de rien. D'habitude, c'est pas mon genre, un type comme ça. Mais hier, je ne sais pas... Il avait l'air gentil. Et puis d'après ma copine (parce que t'en as une, quand même, c'est un exploit, on te félicite tous, BRAVO SOPHIE... pourvu que ça dure), faudrait que j'écoute moins mon coeur, et un peu plus ma raison (Ouh la menteuse, c'est pas exactement ça qu'elle a dit, la cop'. Elle a dit "écoute un peu ton cul, avec un peu de chance, tu trouveras d'abord un bon amant, et puis qui sait après... Peut-être les gnangnantises dont tu rêves").
Et puis mes hormones sont des putes. Les yeux noisettes, c'est l'arme fatale des Sof's en mal de câlin. Il est plutôt grand. Pas assez à mon goût. Mais il a un joli sourire.
Résultat, le type gentil a fini, après deux mojitos et trois vannes auxquelles j'ai fait semblant de rire, par me mettre dans son lit.
Autant que je m'en souvienne (le matin, toi et tes neurones vous avez de sérieux problémes de connection, hein, ma vieille Sof'), c'était plutôt bien. Les cuisses fatiguées, et la peau un peu bleuie, mine de rien, ça défoule. Sauf que c'est pas vraiment ce que je veux. Enfin... Je sais plus (réveille toi, ma Sof'... Plus tu vas vieillir, plus tu vas avoir de chances de te trouver dans des plans comme ça... Si tu t'en trouves encore).
Ce n'est pas qu'il ne me plaise pas, il y a eu une vraie étincelle de désir, sauf que le voir arriver, content de lui, avec du café, ça m'éteint totalement.Il sifflote, il a une mèche qui lui tombe devant les yeux. En temps normal, j'aurai fondu. Il travaille dans un truc obscur, j'ai pas trop compris (ça ne t'a pas intéressée des masses non plus faut dire) à base de calculs de je sais pas quoi et de statistiques de machins. Mais il a l'air gentil. Et plus il a l'air gentil, plus je me carapate. C'est très con. Je ne peux pas évoquer l'excuse de la boisson. J'avais pas assez bu pour... Et puis je peux pas juste lui dire : "pardon, je me sentais seule, faut que j'aille chez moi là, tout de suite, le chat m'attend et le poisson rouge va déprimer".
J'ai pas de poisson rouge.
Le pire, c'est qu'il a tout pour plaire celui là. Intelligent, pas moche, un certain charme même, drôle quand il veut, trentenaire, ouvert. Pas à moi. Il est peut être trop disponible. Mes fantasmes sont toujours un peu inaccessibles. Ou je ne leur plais pas. Ou les deux. (meilleur exemple, Rich'. Marié, fidèle, ton psy... Tu cumules Sof'...Manquerait plus que Rich' parte travailler 6 mois pour médecin du monde en Ouzbekhistan, et tu rajouterais la longue distance, ce serait le Jackpot).
Je devrais presque lever une option dessus, tellement sur le papier il a l'air parfait. Soyons réalistes, je suis dans le no man's land du sexe et de l'amour quasi.
J'ai presque trente ans. Fini les vingtenaires plein de projets, enthousiastes et sexy. Au risque de passer pour une cougar avant l'âge et je ne me sens pas tellement l'âme d'une bête carnassière. Les quadras sont occupés à se rassurer les poignées d'amour avec des filles qui étaient moi il y a cinq ans. Restent les trentenaires. La tranche d'âge où l'on trouve le plus de mecs mariés, papas, en pleine construction sentimentale. Autant dire que tirer le bon numéro parait compromis. Ce n'est pas que je veuille à tout prix me caser, mais ça me manque moi un homme. On ne peut pas le dire, sinon, on se fait taxer de Bridget Jones, on croit que notre vie ne tourne qu'autour de ça.... Quand bien même, en quoi ce serait mal ? (Comme dirait ta cop', t'as un coeur qui fait de la génération spontanée d'amour à un rythme affolant, faut bien que tu l'occupes).
Je voudrais bien des bras le soir, pour me consoler. Ou pas. Je voudrais bien une main dans la mienne (rajoute un soleil couchant, deux poney violets, et une chanson de Joe Dassin, et je vomis. T'es une caricature Sof'). En lieu et place de quoi, j'ai un café d'un type gentil et à qui j'ai l'air de plaire (sinon les mecs prennent pas le temps de faire du café, c'est ce que tu veux dire, c'est pas tous des crevards hein ? Si quand même un peu ?) et une grosse envie de pleurer.
Séduire, c'est pas dur. Tout le monde peut le faire. Se faire aimer, c'est plus casse gueule. Se laisser aimer, c'est mission presque impossible. Parce qu'il faut s'empêcher de partir en courant et laisser leurs chances à des types gentils.
Ca je sais pas faire. Pas encore. Peut être je peux apprendre ?
Voilà. On devrait créer une école de répérage de grand amour. Cursus sur trois ans. On n'est pas pressés, de toutes façons mon horloge biologique est cassée.
Premier cycle: Le fantasme inutile et ses conséquences/ apprendre à repérer le connard.
Deuxième cycle: La Vérité sur l'Homme de Base/potentialités à développer
Troisième cycle: Séduire et garder l'objet de son affection/ maitrise de compétences essentielles : cuisine et lap dance (ça c'est bien toi, idiote va, faut toujours que tu vannes dans les moments sérieux).
Sûrement que je m'y prends mal. Peut être que je devrais être plus. Ou moins. Faire moins de blagues ? Être plus mignonne ? Qu'est ce qui peut bien faire craquer les hommes au point qu'ils aient envie de partager plus qu'un petit déjeuner ? (L'ami Ricoré ? ).
Trève de métaphysique. Je bois mon café et puis je me barre... Est ce que je lui griffonne mon numéro ?

By Sand
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Entre les jambes
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